Note de la rédaction:
- La Première Dame du Rwanda SE Jeannette Kagame partage sa réflexion sur l’importance de bâtir des familles solides, épanouies et harmonieuses.
- La Une en propose ici une traduction fidèle du texte original, publié en anglais sur le site d’Imbuto Foundation.
« Une bonne épouse donne tout et demande peu. La soumission est sa couronne. »
«La seule responsabilité d’un mari digne est de pourvoir aux besoins;
Il domine, il règne sans être contesté. »
«Un mariage n’a de sens que pour engendrer des enfants… l’amour et la joie ne sont qu’un bonus accidentel. »
Ce sont là des paroles, espérons-le, d’un autre temps.
«Dans un mariage, tout est du 50/50, sortez votre calculatrice ! »
«Choisis-toi toujours en premier, tu pourras toujours trouver mieux.»
«Si ton choix de partenaire n’impressionne pas les autres, ce partenaire est-il vraiment digne de toi ?»
Voilà, semble-t-il, les pensées de notre époque.
Parlons, comme nous avions l’habitude de le faire.
De nous, dans notre contexte. Sans condamnation, ni aspiration à une approbation lointaine. Avec l’accueil de nos différences générationnelles, car elles élargissent et approfondissent notre réflexion. Engageons-nous librement, et en sécurité. J’écris, mais j’espère aussi écouter.
Peut-être est-ce mon affection pour la jeunesse… peut-être est-ce simplement parce que j’aime l’amour. Mais le bien-être de la famille rwandaise – cocon de notre jeunesse – tant dans la santé que dans l’épanouissement personnel, sera toujours ma motivation profonde.
Je l’ai déjà exprimé, mais je suis fière de le répéter: nous devons viser à ce que les familles rwandaises soient entières pour que le Rwanda, pays qui guérit des blessures physiques et de l’âme, puisse lui aussi être entier.
Un panel enrichissant d’un événement auquel j’ai récemment participé – centré sur cette même quête, avec un accent particulier sur l’épanouissement des jeunes couples – a offert matière à réflexion que je souhaite partager à cette table.
Y a-t-il de quoi s’inquiéter?
Vous l’avez vu aussi; à travers le monde, la solitude devient une préoccupation publique, qualifiée, dans certains pays, « d’épidémie ».
Pendant ce temps, le foyer, dans les conversations modernes, est presque présenté comme un purgatoire… où les couples n’arrivent plus à s’entendre, où les enfants se sentent incompris, et où les rêves et espoirs individuels s’éteignent peu à peu.
Je refuse de croire que la modernité soit entièrement responsable… mais j’ai tout de même quelques observations.
Les foyers autrefois ancrés dans un but commun se fracturent désormais par l’isolement volontaire de leurs habitants; par des croyances secrètes selon lesquelles sa propre contribution – ou pire, sa propre valeur – surpasse celle de l’autre. Des croyances qui sont, bien souvent, égoïstes, et assez fausses.
L’individualisme est en hausse, et l’institution familiale, partout dans le monde, semble ébranlée.
Les taux de natalité déclinent dans de nombreux pays vieillissants. Les sociétés se laissent de plus en plus convaincre que l’autonomie absolue serait la liberté.
J’entends parler de « nouvelles pratiques », et j’écoute, à la fois amusée et perplexe. Comment peut-on externaliser des fondamentaux relationnels comme la communication efficace, ou encore notre présence et notre attention, à des processeurs et des logiciels? Comment peut-on s’en remettre à des algorithmes de réseaux sociaux pour dire quel « partenaire » nous devrions choisir, en remplaçant des conversations sincères et engagées par des messages abrégés, des « likes » et des « émojis », transformant la cour en une démarche virtuelle, tiède et sans effort?
Peut-être que vous, jeunes, vous avez vraiment la vie dure!
Mais d’un autre côté, vous avez à votre disposition des atouts incroyables pour construire et maintenir des relations saines et épanouies. Entre vos mains, vous avez un accès immédiat à ceux qui comptent pour vous, au-delà du temps et de l’espace: une salutation affectueuse, une parole d’encouragement, une réflexion opportune, ou une blague complice, reçues en quelques secondes. Grâce à la technologie moderne, la communication efficace et l’organisation n’ont jamais été aussi simples.
Pour nous, pour qui les rares appels téléphoniques fixes étaient un luxe, nous qui attendions patiemment à la poste des lettres manuscrites toujours trop courtes (quel que soit leur nombre de pages), nous qui passions des mois, voire des années, sans voir les visages de ceux que nous aimions, ce que vous avez aujourd’hui… aurait été inestimable, un cadeau sans prix. A moitié bénédiction, à moitié magie. Et combien nous l’aurions chéri!
Je peine parfois à comprendre ce monde moderne, hybride entre le numérique et le physique. Il se tient à la frontière d’un traditionnel qu’il rejette impulsivement, et d’un âge futuriste de mondialisation totale, qui montre aussi ses illusions.
Quand avons-nous appris à vénérer le « moi »? A applaudir le minimum d’effort dans le soin apporté au cœur de l’autre?
L’être humain est par nature un être social.
Nous sommes faits pour rechercher la compagnie, pour partager expériences et aspirations, pour vieillir ensemble, renforcés par le soin et le soutien de l’autre.
Peut-être y a-t-il une liberté à reconnaître ce besoin profondément humain: marcher dans cette vie accompagné, vu, entendu, soutenu quand nous sommes faibles, célébré quand nous sommes forts.
Nous savons que des unions stables offrent de réels bénéfices psychologiques et sociaux: anxiété réduite, réseaux sociaux renforcés, meilleure régulation émotionnelle, résilience accrue face au stress. Elles sont ce que la nature a prévu: un havre que les partenaires décorent de souvenirs, et qu’ils gardent lumineux et chaleureux par des objectifs et des rêves partagés. Un foyer aimant est l’endroit où les couples peuvent véritablement s’épanouir personnellement, socialement et professionnellement.
Les enfants élevés dans des foyers bienveillants et nourrissants ont généralement un avantage pour développer empathie, autodiscipline et capacité à construire des relations saines. Ce ne sont pas des idéaux abstraits; ce sont des réalités observables dont nous devons tenir compte, même dans ce monde progressiste et en mutation rapide.
Un rôle? Un fardeau? Qui sait?
J’ai appris récemment le terme « guerre des genres», et l’idée que le yin combatte son yang, ou l’inverse (Dieu seul sait à qui cela profite) m’a profondément troublée. Pourquoi vouloir toujours prendre le dessus dans un partenariat mutuellement bénéfique? Cela est antithétique à l’amour, et aux unions stables. Pourquoi ne pas travailler en équipe?
Oui, l’égalité est non négociable. Pourtant, dans ce climat autrement porteur, les couples risquent de perdre la structure qui leur permet de soutenir un mariage sain.
Les rôles respectifs sont souvent remis en cause ou rejetés, à cause de leur caractère «genré»… sans considérer la possibilité d’une adaptation réfléchie de ces rôles aux forces individuelles, aux inclinations naturelles, et bien sûr, aux exigences de notre époque.
Il ne s’agit pas ici d’un appel au retour aux hiérarchies dépassées. C’est un rappel que des rôles, convenus mutuellement, adaptés à leurs porteurs, et respectés par l’autre, renforceront toujours le couple.
Se marier paraît merveilleux, mais où trouver le guide?
Le discours public semble de moins en moins indulgent.
La masculinité est disséquée durement, avec des attentes contradictoires et parfois écrasantes placées sur les épaules des jeunes hommes dès leur entrée dans l’âge adulte.
D’un autre côté, les contributions domestiques et sociales des femmes restent sous-évaluées, et les défis intimidants de la féminité – physiques et émotionnels – sont encore régulièrement balayés.
Nous l’avons tous constaté, certains choisissent de naviguer ce chemin rocailleux en se lançant des pierres, chaque discussion devenant une bataille de pouvoir, un besoin obsessionnel d’attribuer toute la faute et de dominer l’autre.
Savoir retenir sa langue, l’arrêter avant qu’elle ne cause des dégâts irréparables, semble un art oublié. Pourtant, la pensée claire doit toujours précéder la parole, et le respect doit toujours en tracer les limites. Choisir le silence obstiné n’est pas mieux; c’est une punition immature, tandis qu’élever la voix revient à intimider délibérément, ou à rabaisser.
Un juste milieu, empreint de compassion, est à votre portée, dans l’intimité du nid que vous avez bâti et que vous devez protéger… brindille après brindille.
A nous, pour nous, par nous
Au Rwanda, le retour au foyer va bien au-delà de la restauration démographique. Après des décennies de séparation forcée, reconstruire la nation a, pour beaucoup, nécessité un retour physique; mais cela a aussi exigé un retour des relations, de la confiance, de la présence, de l’espoir, du service, de la cohabitation pacifique, d’objectifs et d’idéaux partagés. Cela a impliqué de réapprendre à honorer le foyer, à prendre soin de ses membres, et à accepter en retour leurs soins.
Pour nous, respect, engagement et service au sein des foyers ont des répercussions considérables: ils façonnent le comportement civique et renforcent les liens qui maintiennent la nation unie.
Pour les innombrables d’entre nous qui ont appris à aimer le Rwanda loin du Rwanda, mais dans des foyers fièrement rwandais, la légalité et le patriotisme se cultivent d’abord à la maison, où la discipline tranquille de prendre soin des autres devient le socle de la responsabilité sociale.
Après tout, cette connexion, cette cohabitation enrichissante, voilà pourquoi nous faisons tout cela. L’amour est la raison pour laquelle nous reconstruisons, que nous aspirons au succès, que nous osons rêver grand.
Après tout, «la force d’une nation découle de l’intégrité du foyer».
Peut-être serez-vous tentés par le soulagement éphémère qu’offre l’abandon lorsque les choses se compliquent.
Mais on ne peut construire sur ce que l’on a, en amour comme ailleurs, sans apprendre à sauver ce qui mérite de l’être.
Souvent, cela signifiera choisir de rentrer à la maison; traverser les tempêtes passagères, refuser de quitter le navire, car ce que nous avons de plus précieux reste à bord.
Et si ce choix était en réalité le plus radical?
En effet… aimer et être aimé. Un concept simple, certes. Mais un investissement audacieux, et, je crois, le plus grand des retours!
Que nos foyers soient des lieux où la joie est volontaire, partagée et durable, un témoignage de la puissance de rester, de nourrir, et de marcher côte à côte à travers toutes les saisons de la vie.
Pour ceux qui ont lutté mais dont les différences se sont révélées vraiment irréconciliables, que la communauté soit une source de réconfort dans la reconstruction, et dans une séparation digne.
Mais dans chaque jour d’union accordé par les cieux, qu’il soit splendide ou éprouvant, puissions-nous ne jamais perdre de vue ce qu’il y a à gagner en travaillant pour un jour de plus ensemble: un héritage d’amour et de paix durable.
J’espère toujours pour vous, sincèrement.
Signé,
Une fille, une sœur, une épouse, une mère et une grand-mère.