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  • Et le vainqueur de la finale UEFA Ligue des Champions c’est… le Rwanda

    Par Martin Semukanya

    Avant même le coup d’envoi de la finale UEFA Ligue des Champions qui se joue au Puskás Aréna de Budapest, la capitale hongroise, à 16h00 TU, entre le Paris Saint-Germain (PSG) et Arsenal, la plupart d’une audience estimée entre 450 et 500 millions de téléspectateurs savaient –  ou auront déjà découvert – un vainqueur qui n’est pourtant pas protagoniste sur le terrain.

    Il s’agit du Rwanda, petit pays ambitieux d’Afrique de l’Est qui, coïncidence savamment exploitée ou chef-d’œuvre stratégique, est partenaire des deux équipes finalistes à travers sa célèbre campagne touristique “Visit Rwanda”.

    Pendant que les analystes débattent des schémas tactiques, des blessures de dernière minute et de la bataille psychologique entre entraîneurs, Kigali, elle, peut tranquillement savourer une victoire déjà acquise: celle de la visibilité mondiale.

    Car quoi qu’il arrive ce soir du 30 Mai 2026, à Budapest, le Rwanda soulèvé symboliquement le trophée du marketing sportif international.

    Depuis plusieurs années, le slogan Visit Rwanda  apparaît discrètement – ou plutôt très visiblement- sur les manches d’Arsenal et dans l’univers commercial du PSG. Au départ, beaucoup avaient ri. Certains avaient même posé cette question avec un sourire sarcastique: “Pourquoi un pays africain investirait-il des millions dans des clubs européens alors qu’il y a tant de problèmes locaux?”

    Aujourd’hui, la question semble avoir changé.

    “Comment le Rwanda a-t-il compris avant tant d’autres que le football européen était devenu l’une des plateformes publicitaires les plus puissantes au monde?”

    Parce qu’au fond, ce partenariat ne concerne pas seulement le football. Il s’agit de diplomatie moderne, de soft power, d’influence psychologique et de repositionnement d’image à l’échelle mondiale.

    Autrefois, les nations se faisaient connaître par les guerres, les conquêtes ou les grandes puissances industrielles. Aujourd’hui, certaines choisissent les réseaux sociaux, les festivals culturels… et les soirées de Ligue des Champions.

    Le Rwanda a, pour commencer, choisi le football.

    Et pas n’importe lequel: le football européen, ce gigantesque empire émotionnel capable d’arrêter des villes entières de Lagos à Nairobi, de Kigali à Accra.

    Car oui, il faut le dire franchement: peu de régions au monde vivent le football européen avec autant d’intensité que l’Afrique subsaharienne. Ici, Arsenal, Bayern de Munich, Atletico ou le PSG ne sont pas seulement des clubs. Ce sont presque des appartenances familiales, politiques et parfois spirituelles.

    Dans certains quartiers africains, perdre une finale européenne peut ruiner un week-end entier, casser des amitiés ou provoquer des débats plus animés qu’une élection présidentielle. Les Européens eux-mêmes regardent parfois cette passion africaine avec étonnement.

    Mais Kigali, au lieu de critiquer ce phénomène, a décidé de le transformer en opportunité nationale.

    Le génie du Rwanda a été de comprendre une chose simple: si des centaines de millions d’Africains regardent religieusement le football européen chaque semaine, alors pourquoi ne pas utiliser cette passion comme vitrine touristique mondiale?

    Résultat: au soir du Samedi 30 Mai, que les caméras filment Ødegaard levant le trophée pour Arsenal ou Marquinhos célébrant pour le PSG, “Visit Rwanda” aura gagné dans tous les cas.

    C’est presque cruel dans sa simplicité.

    Pendant que les supporters souffrent émotionnellement pendant 90 minutes, les experts en communication à Kigali comptent probablement déjà les impressions médiatiques, les tendances sur les réseaux sociaux et la visibilité mondiale générée de manière importante.

    Et le plus fascinant, c’est que cette visibilité dépasse largement le football.

    Grâce à ces partenariats, le Rwanda s’est progressivement imposé dans l’imaginaire mondial comme:

    • une destination touristique premium,
    • un pays stable et moderne,
    • un hub de conférences internationales,
    • et une nation africaine ambitieuse qui veut jouer dans la cour des grands.

    Bien sûr, les critiques existent. Elles existent même fortement.

    Des ONG, des responsables politiques étrangers et certains groupes de supporters ont régulièrement remis en question ces partenariats, notamment dans le contexte des tensions régionales dans l’est de la République démocratique du Congo. D’autres estiment qu’un pays africain devrait prioritairement investir cet argent dans des besoins internes.

    Mais justement, c’est là toute la complexité du marketing international moderne: dans un monde saturé d’informations, la visibilité devient une forme de puissance.

    Et sur ce terrain-là, le Rwanda joue désormais en Ligue des Champions.

    Il faut également reconnaître que le choix des clubs n’a rien d’un hasard.

    Arsenal offre au Rwanda l’accès à l’immense machine médiatique de la Premier League, probablement le championnat le plus suivi en Afrique. Le club londonien possède une base de supporters gigantesque sur le continent, particulièrement en Afrique de l’Est.

    Le PSG, lui, apporte autre chose: le glamour parisien, l’univers du luxe, la culture pop, les célébrités et une portée mondiale qui dépasse largement le sport.

    Autrement dit: Arsenal connecte le Rwanda au cœur émotionnel des supporters africains.
    Le PSG connecte le Rwanda au prestige international et à la modernité globale.

    Associer les deux relève presque d’un cours magistral de marketing géopolitique.

    Et voilà que les deux clubs se retrouvent en finale de la plus prestigieuse compétition de clubs au monde.

    Même Hollywood aurait hésité à écrire un scénario aussi parfait.

    Et comme si cette démonstration de puissance marketing ne suffisait pas, un détail presque irréel mérite d’être rappelé: les deux autres demi-finalistes éliminés étaient eux aussi liés à la campagne “Visit Rwanda”.

    L’Atlético de Madrid, partenaire du Rwanda depuis 2024, et le Bayern Munich, autre géant européen associé à la marque touristique rwandaise, complètent un tableau qui ferait sourire n’importe quel stratège du marketing sportif. Autrement dit, les quatre derniers clubs encore debout dans la compétition entretenaient tous, à différents niveaux, une relation commerciale avec Kigali.

    Rarement un pays africain – et même un pays tout court – aura occupé une place aussi omniprésente dans le carré final du football européen sans toucher le moindre ballon sur la pelouse.

    Imaginez un instant: pendant plusieurs heures, des centaines de millions de téléspectateurs voyant:

    • les logos,
    • les panneaux publicitaires,
    • les interviews,
    • les réseaux sociaux,
    • les analyses,
    • les contenus dérivés…

    …avec, en arrière-plan constant, cette petite phrase devenue mondialement reconnaissable: “Visit Rwanda”.

    Un pays de 14 millions d’habitants, enclavé au cœur de l’Afrique, réussit ainsi à s’inviter dans le plus grand spectacle sportif annuel du football européen.

    • Sans posséder de club.
    • Sans organiser la finale.
    • Sans jouer le match.
    • Simplement grâce à une stratégie.

    Et c’est peut-être cela la vraie révolution du XXIe siècle: les nations ne cherchent plus seulement à être puissantes militairement ou économiquement. Elles veulent être visibles, désirables, mémorables.

    Dans ce domaine, le Rwanda vient peut-être de donner une leçon à bien plus grands que lui.

    Alors le soir du Samedi, quand l’arbitre siffle la fin du match au Puskás Aréna de Budapest et que l’Europe célébre son nouveau champion, Kigali pourra discrètement sourire.

    Parce qu’au-delà des buts, des trophées et des médailles, une autre victoire se sera jouée sous les yeux du monde entier.

    Et celle-là, sauf catastrophe diplomatique de dernière minute, le Rwanda l’aura déjà remportée préstigisieusement.

  • ÉDITORIAL | À Budapest, Arsenal et le PSG jouent la finale de l’Europe… Visit Rwanda a déjà gagné

    Le 30 mai 2026, le regard du monde du football sera tourné vers la Puskás Aréna, à Budapest, en Hongrie, où Arsenal FC et Paris Saint-Germain disputeront la finale de l’UEFA Champions League à partir de 20h00, heure de Kigali. Une affiche prestigieuse entre deux géants européens… mais surtout entre deux partenaires majeurs de “Visit Rwanda.”

    Pour le Rwanda, cette finale dépasse largement le cadre sportif. Elle représente l’aboutissement d’une vision stratégique portée depuis plusieurs années par le pays, à travers l’Office Rwandais Développement (RDB), qui a très tôt compris que le football mondial était devenu l’une des vitrines les plus puissantes de l’image d’une nation.

    Il faut saluer cette clairvoyance.

    Quand Kigali a décidé d’associer la marque “Visit Rwanda” à de grands clubs européens, certains observateurs y voyaient un pari audacieux. Huit ans plus tard, les faits parlent d’eux-mêmes. Le Rwanda s’est imposé dans l’univers du sport mondial comme une marque visible, identifiable et désormais incontournable.

    Aujourd’hui, les deux finalistes de la plus prestigieuse compétition européenne de clubs portent l’empreinte de “Visit Rwanda.”

    Arsenal arrive en finale après un parcours exceptionnel, sans la moindre défaite en Ligue des champions cette saison. Le PSG, champion d’Europe en titre, a quant à lui éliminé le Bayern Munich au terme d’une demi-finale spectaculaire.

    Fait remarquable: sur les quatre clubs engagés dans le dernier carré: Arsenal, l’Atlético de Madrid et le PSG, trois étaient partenaires de Visit Rwanda. Le Bayern Munich, lui, entretient un autre partenariat stratégique avec le Rwanda à travers le développement du football et son académie implantée dans le pays.

    Ce n’est pas un hasard. C’est le résultat d’une stratégie cohérente, ambitieuse et méthodique.

    Grâce à ces partenariats, le Rwanda bénéficie d’une visibilité mondiale permanente: logos sur les maillots, panneaux publicitaires dans les stades européens, campagnes numériques internationales, contenus promotionnels, tourisme sportif et programmes de développement des jeunes talents.

    Le Rwanda ne vend plus seulement une destination touristique. Il vend une image moderne, stable, ambitieuse et ouverte sur le monde.

    À travers “Visit Rwanda”, le pays des mille collines a réussi à transformer le football en outil diplomatique, économique et touristique.

    Les partenariats conclus par le Rwanda à travers le RDB avec Arsenal FC, Paris Saint-Germain, Atlético de Madrid ou encore FC Bayern Munich ont donné au pays une visibilité exceptionnelle sur les marchés européens et internationaux.

    Au-delà des chiffres et des audiences télévisées, ces partenariats créent surtout de la confiance. Ils attirent des investisseurs, des entrepreneurs, des touristes et des célébrités venant des quatre coins du monde.

    Le Rwanda est désormais identifié comme une destination premium, capable d’accueillir des événements internationaux et des visiteurs de haut niveau.

    L’exemple le plus éclatant reste sans doute Kwita Izina, organisé chaque mois de septembre. Cet événement est devenu une véritable vitrine internationale du Rwanda, attirant stars du sport, célébrités, investisseurs, philanthropes et personnalités influentes du monde entier autour de la conservation des gorilles de montagne et du tourisme durable.

    Désormais, le Rwanda ne se contente plus d’être vu. Il est recherché.

    Le Président Paul Kagame lui-même suit de près cette dynamique sportive. Il a assisté à plusieurs rencontres des clubs partenaires et n’a cessé de féliciter les équipes qualifiées tout au long de la compétition.

    Après la qualification du PSG, il écrivait: “Félicitations au partenaire de Visit Rwanda, le PSG, pour sa qualification en finale de l’UEFA Champions League après un parcours impressionnant”

    Quelques peu auparavant, après la victoire d’Arsenal contre l’Atlético de Madrid, le chef de l’État déclarait: “Que la meilleure équipe partenaire de Visit Rwanda l’emporte !”

    Ces messages traduisent une réalité nouvelle: le Rwanda fait désormais partie des conversations du football mondial.

    Même si le partenariat historique entre le Rwanda et Arsenal, entamé il y a huit ans, doit arriver à son terme à la fin de cette saison, son impact restera immense. Il aura contribué à repositionner l’image du Rwanda sur la scène internationale et à démontrer qu’un pays africain peut utiliser intelligemment le sport comme levier de développement, d’attractivité et de rayonnement.

    Le 30 mai prochain à Budapest, un trophée sera soulevé.

    Mais quelle que soit l’équipe victorieuse, une certitude demeure déjà: “Visit Rwanda” a remporté sa finale.

  • Rwanda, 3 mai 2026: célébrer la liberté de la presse, façonner un avenir de paix

    En ce 3 mai, Journée mondiale de la liberté de la presse, notre rédaction adresse ses vœux les plus chaleureux à toute la fraternité médiatique rwandaise. Bonne fête aux journalistes, mais aussi aux lecteurs, auditeurs et téléspectateurs. Sans eux, les médias n’auraient ni raison d’être, ni mission à accomplir.

    Nous célébrons cette journée dans un contexte profondément transformé par le numérique. Internet a ouvert la voie au journalisme citoyen, tandis que les réseaux sociaux occupent désormais une place centrale dans la circulation de l’information. À cela s’ajoute l’émergence de l’intelligence artificielle, qui redéfinit les pratiques journalistiques, entre opportunités inédites et nouveaux défis en matière de vérification et d’éthique.

    Mais cette célébration intervient aussi dans un climat régional marqué par le retour préoccupant du discours de haine et de la désinformation. Ces dérives rappellent douloureusement les années 1991–1994 au Rwanda, lorsque certains médias, sous couvert de pluralisme, sont devenus des instruments de haine. Ils ont contribué à préparer et à faciliter le génocide perpétré contre les Tutsis en 1994. Cette page sombre de notre histoire reste un rappel constant: l’information peut construire, mais elle peut aussi détruire.

    Aujourd’hui plus que jamais, il est essentiel que les journalistes prennent pleinement conscience de leur responsabilité. Informer ne consiste pas seulement à relayer des faits, mais à le faire avec rigueur, discernement et sens de l’intérêt général. Le journalisme doit rester un pilier de la paix, un rempart contre la manipulation et les divisions.

    Le thème retenu cette année par l’UNESCO, “Façonner un avenir de paix”, met en lumière le rôle crucial des médias libres et indépendants dans la consolidation de la démocratie, des droits humains et du développement. Promouvoir la liberté de la presse, c’est aussi garantir un espace d’expression responsable, au service du vivre-ensemble.

    Comme le souligne Albert Baudouin Twizeyimana, coordinateur de PAX PRESS, une organisation rwandaise engagée pour un journalisme de paix: “La liberté de la presse est une expression pacifique et pacifiante. Exprimer ses opinions sans nuire à autrui est un droit fondamental.” Cette vision rappelle que la liberté ne peut être dissociée de la responsabilité.

    Instituée en 1993 par l’Assemblée générale des Nations unies, à la suite d’une recommandation de l’UNESCO inspirée par la Déclaration de Windhoek de 1991, la Journée mondiale de la liberté de la presse trouve ses racines dans un appel africain en faveur d’une presse indépendante et pluraliste. Plus de trois décennies plus tard, cet idéal reste d’actualité.

    Selon les données de Reporters sans frontières publiées le 30 avril 2026, le Rwanda se classe à la 139e place sur 180 pays en matière de liberté de la presse, soit une progression de sept places par rapport à l’année précédente. Une avancée encourageante, même si des efforts restent nécessaires pour améliorer davantage l’environnement médiatique.

    Pour l’heure, le Rwanda dispose d’outils importants, comme la loi sur l’accès à l’information, la loi régissant les médias, ainsi qu’un code d’éthique encadré par Rwanda Media Commission (RMC). Des organisations professionnelles, telles que l’Association des journalistes du Rwanda (ARJ), poursuivent également leurs efforts pour renforcer les capacités des journalistes et améliorer la qualité de l’information.

    Cette journée est également célébrée dans l’attente d’une nouvelle politique des médias, actuellement en discussion. Celle en vigueur, adoptée en 2011, apparaît aujourd’hui dépassée face aux réalités d’un paysage médiatique en pleine mutation.

    Au Rwanda, plusieurs associations de médias marquent cette journée par des échanges et des débats, notamment à travers des émissions spéciales à la radio et à la télévision. Autant d’initiatives qui témoignent d’une volonté collective de faire progresser le secteur.

    En ce 3 mai, l’enjeu dépasse la simple célébration. Il s’agit d’un moment de réflexion et d’engagement. Car une presse libre, responsable et professionnelle demeure l’un des fondements essentiels d’une société apaisée.

    Aux journalistes de continuer à informer avec vérité. Et au public de rester vigilant, critique et engagé.

    Bonne Journée mondiale de la liberté de la presse à toutes et à tous.

  • Éditorial – Fête du travail: au-delà du repos, le défi de la résilience et du savoir

    Ce 1er mai 2026, les rues de Kigali et des provinces observent un calme inhabituel. Pas de défilés massifs ni de festivités officielles. Pourtant, derrière ce silence de jour férié, le monde du travail rwandais bouillonne d’une urgence silencieuse mais déterminée. Entre la célébration de Saint Joseph le Travailleur et le message sobre des autorités, le Rwanda est à l’heure des choix stratégiques.

    Dans son message officiel, le Ministère du Travail et de la Fonction Publique a rappelé l’ambition nationale: «Aujourd’hui, 1er mai 2026, le Rwanda se joint au reste du monde pour marquer la Journée internationale du travail sous le thème: “Partenariat pour les compétences, dynamisation de la création d’emplois, promotion de la résilience économique locale”». Ce thème souligne le rôle vital de la collaboration pour faire progresser le développement des compétences et bâtir des économies locales résilientes.

    Face à la crise: Le nouveau modèle de transport à Kigali

    Nous ne vivons pas en autarcie: la flambée des prix pétroliers, exacerbée par la situation en Iran, pèse lourdement sur les coûts de transport. Pour protéger les travailleurs et l’économie, le Rwanda accélère sa transition vers un nouveau modèle de mobilité urbaine, particulièrement à Kigali.

    La stratégie est claire: réduire notre dépendance au carburant coûteux. La priorité est désormais donnée aux bus de grande capacité pour fluidifier le trafic, couplée à une transition rapide vers les véhicules électriques.

    Parallèlement, une nouvelle culture du travail émerge, encourageant la réduction des déplacements non essentiels grâce à la numérisation. Moins de temps perdu dans les bouchons et moins de devises dépensées en pétrole: c’est aussi cela, la résilience économique locale.

    La Vision 2050 et la NST2: Vers l’économie du savoir

    Cette mutation du transport n’est qu’un aspect de la Stratégie Nationale pour la Transformation (NST2). Pour atteindre les sommets de la Vision 2050, le Rwanda doit impérativement réussir sa mutation vers une économie basée sur la connaissance (Knowledge-based economy).

    Avec une population jeune, la création d’emplois ne suffit plus; il faut créer des opportunités à haute valeur ajoutée. La formation technique et numérique est le moteur même de notre survie économique.

    On notera l’absence de message de la Centrale des Syndicats des Travailleurs du Rwanda (CESTRAR) en cette journée. Ce silence syndical contraste avec l’énergie des jeunes Rwandais qui “bossent” sans relâche.

    Ces travailleurs, qui jonglent avec la hausse du coût de la vie et s’adaptent aux nouvelles technologies, sont les véritables piliers de notre nation. Leur capacité à innover face aux crises mondiales est le socle de notre ambition commune.

    En regardant vers 2050, nous comprenons que le travail de demain sera intellectuel, technologique et surtout collaboratif. Le chemin est exigeant, mais la détermination de notre peuple reste notre meilleur atout.

    La Une souhaite une agréable fête du travail à toutes les Rwandaises et à tous les Rwandais. Que cette journée soit pour chacun un moment de réflexion et de fierté pour le travail accompli, et de motivation pour bâtir ensemble un avenir durable.

    Bonne fête à tous!

  • Avril, entre cendres et lumière: pensée d’une Rwandaise née en avril

    Par Liliane Iradukunda

     Avril,

    Avril me tue.
    Avril me ronge, lentement, insidieusement… et tout commence déjà le 29 mars.

    Je le sens venir. Et je n’ai nulle part où fuir lorsque le 1er avril arrive.
    Alors, heure après heure, je revis tout… comme si l’on me ramenait en 2016.
    La peur m’envahit, avec tout ce qu’elle porte en elle.

    Je commence à prier dès le début du mois de mars, comme pour m’y préparer… mais l’inévitable finit toujours par s’imposer.

    Je ne sais plus comment me tenir devant mon mari et mes enfants, car je sais qu’ils souffrent autant que moi.
    Seigneur… ce sont les moments les plus difficiles que nous vivons à la maison.

    Même dix ans plus tard, nous n’arrivons toujours pas à en parler, malgré tous les efforts.
    Cette année encore, nous avons essayé de nous retrouver seuls, tous les cinq, pour traverser cela ensemble… mais aucun mot ne sort.

    Nous souffrons en silence.
    Un silence assourdissant.

    Puis arrive le 7 avril…
    Et avec lui, les cent jours les plus sombres, les plus lourds, les plus déchirants: ceux du génocide perpétré contre les Tutsi du Rwanda en 1994.

    Quelle lourdeur…
    Et pourtant, le simple fait que nous soyons encore debout témoigne que Dieu est grand.
    Mbega agahinda (Quelle tristesse !)…

    Chacun porte sa douleur, mais nous nous unissons pour puiser de la force et du courage, afin de traverser cette période si éprouvante.
    Nous nous répétons: soyons forts pour les plus jeunes.
    Soyons forts pour honorer les nôtres.
    Soyons forts pour vivre pour ceux qui ne le peuvent plus.

    Mais tout cela reste comme de fragiles pansements sur une blessure profonde, une douleur que nous portons au quotidien.

    Avril reste Avril.
    Avril n’a pas de pitié.

    Les nouvelles de décès continuent de nous atteindre dans la communauté, au pays, ailleurs dans le monde.
    Cet avril, en particulier, m’a profondément bouleversée… notamment avec le drame de la famille Kabano à Houston. Une jeune mère de 45 ans et son fils de 18 ans qui décèdent en même temps… I HATE YOU DEATH !!! (Mort, je te déteste !)

    Seigneur… quand cesserons-nous de souffrir ainsi?

    Les témoignages des survivants ravivent sans cesse la douleur.
    Et mille questions m’habitent:
    Une souffrance aussi intense et profonde peut-elle ne pas laisser de traces ?
    Ne sommes-nous pas, malgré nous, en train d’accumuler en nous des blessures prêtes à exploser un jour ?

    Et avant même d’entrevoir des réponses… les réseaux sociaux se remplissent de négationnisme.
    Comme si cela ne suffisait pas.

    À peine tentons-nous de survivre… que certains viennent raviver nos plaies, frapper là où il n’y a déjà plus de force, remuer des blessures encore ouvertes.

    Alors, on finit par exister… sans vraiment vivre.
    Franchement, Avril, que nous appelons Mata en kinyarwanda, ne nous a pas donné de lait, sûrement.

    Et pourtant…
    Au cœur même de ce mois si lourd, une vérité demeure.
    Avril porte aussi la vie.
    Il y a des naissances.
    Il y a des anniversaires.
    Il y a ces jours où, malgré les larmes, la vie insiste pour éclore.

    Comme le 29 avril… mon anniversaire.
    Et peut-être que c’est là que réside notre réponse la plus profonde.
    Peut-être que c’est là notre plus grande forme de résistance:

    Continuer à vivre.
    Continuer à aimer.
    Continuer à célébrer, même avec un cœur meurtri.

    Car célébrer la vie, ce n’est pas oublier.
    C’est refuser que la mort ait le dernier mot.

    Alors oui… Avril reste Avril.
    Mais au milieu de ses cendres,
    nous choisissons, malgré tout,
    de faire naître la lumière.

  • Commémoration du Rwanda: l’audace d’exister d’un peuple, 32 ans après

    «Nous ne disons pas “Plus jamais” parce que nous croyons que le mal a disparu, ni que le combat est terminé; nous disons “Plus jamais” parce que nous avons intégré la réalité d’une résistance permanente contre le retour du mal qui a tenté de nous briser, de nous effacer.»

    Trente-deux ans après, j’écris à nouveau, en pensant à notre jeunesse.

    Comme nous aurions voulu pouvoir vous assurer, chers enfants, que le combat derrière “Plus jamais” s’achèverait de notre vivant. Que vos épaules seraient libérées du poids d’une histoire inachevée, vos esprits préservés du retour de discours issus de ses chapitres les plus sombres — divisifs, rétrogrades, haineux et violents.

    Hélas.

    Qu’il est douloureux, pour ceux qui ont la responsabilité de protéger la vie des jeunes générations, de savoir que le combat le plus exigeant de notre existence pourrait bien être transmis à ceux que nous cherchons à protéger.

    Je crois que vous le voyez aussi.

    Trente-deux ans plus tard, une vérité amère s’impose : les forces malveillantes qui ont cherché à détruire notre nation — et ont presque réussi — n’ont pas disparu. Elles ont perduré, se sont réorganisées, nourries et encouragées, notamment dans notre voisinage.

    Qui aurait imaginé que des membres de cette même communauté internationale, restée indifférente alors que nous perdions nos vies, notre pays, notre dignité, pointeraient aujourd’hui un doigt accusateur vers nous pour avoir simplement osé exister?

    Qui aurait pensé que les héros désintéressés qui ont mis fin à la folie meurtrière, qui ont redonné vie à un État alors défaillant, se retrouveraient aujourd’hui sur le banc des accusés?

    Accusés, chers enfants, parce qu’ils travaillent chaque jour à protéger votre génération et celles à venir du sort qui a frappé celles qui vous ont précédés.

    Accusés parce qu’ils s’efforcent de tenir la promesse solennelle que les Rwandais ne mourront pas deux fois.

    Que ces accusations sont trompeuses.

    Quelle inversion des faits, d’une honte absolue, que de prétendre que ceux qui nous ont ramenés dans un pays où chaque enfant pouvait appartenir en tant que Nd’Umunyarwanda seraient aujourd’hui ceux qui sèment la haine et la division. Que ceux qui ont risqué leur vie pour toutes les nôtres seraient désormais ceux qui tuent et violent, comme si c’était un “passe-temps”.

    Combien cette projection des idéologies meurtrières de criminels avérés sur les survivants mêmes de leurs crimes est déplorable et perverse.

    Et pourtant, nous y sommes.

    Les récits mensongers qui surgissaient autrefois par vagues se sont installés dans la durée. Ils varient d’intensité, mais ne disparaissent plus.

    Ils sont construits, entretenus et amplifiés avec des soutiens puissants, tant au niveau régional qu’au-delà.

    Les mensonges qui anesthésient le monde sur qui mérite de vivre ou de mourir, qui mérite la dignité ou l’humiliation, ne sont plus des anomalies: ils sont devenus une architecture de notre époque.

    La machine est délibérée et fonctionne en continu

    Accéder à la vérité demande des efforts et une volonté de comprendre une histoire complexe.
    À l’inverse, les récits simplistes qui diabolisent ceux qui ont survécu sont prêts à l’emploi — et donc populaires.

    Mais ne vous y trompez pas: le génocide contre les Tutsi a lui aussi été “populaire”, nourri par une longue préparation idéologique, politique et militaire, et exécuté avec la participation d’une jeunesse embrigadée.

    Aujourd’hui, j’observe attentivement notre jeune génération: sa lucidité, son exigence d’authenticité, son refus d’être manipulée.

    Je choisis de faire confiance à ce discernement.

    Nous ne disons pas “Plus jamais” parce que nous croyons que le mal a été éradiqué, ni que le combat est terminé; nous disons “Plus jamais” parce que nous avons intégré la réalité d’une résistance permanente contre le retour du mal qui a tenté de nous briser, de nous effacer.

    Il n’y a pas d’autre choix.

    Jeunes, vous devez refuser que les mensonges entament votre avenir.

    Peut-être que la boussole des “valeurs universelles” a perdu son véritable nord. Ou peut-être n’a-t-elle été qu’une farce depuis le début, et nous, alors naïvement pleins d’espoir, ne savions pas en rire.

    Notre nation a appelé à une justice transitionnelle afin d’assurer la reddition des comptes, bien qu’imparfaite, dans l’espoir que nous pourrions à nouveau reconstruire ensemble.

    Les survivants ont offert un don inestimable et rédempteur: le pardon.

    Ils l’ont fait pour eux-mêmes. Pour les générations futures. Pour le pays.

    Nous leur serons éternellement reconnaissants.

    Quelque part en cours de route, les Rwandais ont réécrit pour eux-mêmes un avenir de nation qui ne correspondait pas à celui qui avait été tracé pour eux. Beaucoup de ce que nous faisons pour atteindre cet avenir va remettre en question, va choquer, va déjà et continuera de mettre certains mal à l’aise.

    Qu’il en soit ainsi. Nous avançons, et nous ne reviendrons pas en arrière.

    Mais où va notre monde, Mana y’u Rwanda ?

    Dans un monde où la vérité est devenue véritablement menaçante, votre voix, cher survivant, cher Rwandais, cher jeune, est plus puissante que jamais.

    À une époque où les récits et les discours incendiaires sont pris pour des faits crédibles, où la vérité est noyée dans une cacophonie d’algorithmes et d’hyperboles, votre silence sera perçu comme une acceptation. Il deviendra l’arme privilégiée de ceux qui s’acharnent à souiller votre passé et à compromettre votre avenir.

    Là où la vigilance peut être émoussée par le confort des temps de paix, l’histoire nous enseigne ceci: ce qui n’est pas farouchement protégé finira, inévitablement, par être perdu.

    À la veille d’un autre Kwibuka, j’ai commencé à réfléchir au message que j’écris aujourd’hui, le cœur lourd. J’écris en tant que mère. J’écris en tant que grand-mère. J’écris parce que le passage du temps nous a permis d’observer des schémas, avec une familiarité qui ne s’efface pas.

    Trente-deux années de confrontation au traumatisme, de guérison de ce traumatisme et de reconstruction.

    Assez de temps pour changer la trajectoire d’une Nation. Assez de temps pour reconstruire des institutions, restaurer la dignité et réimaginer ce que signifie appartenir les uns aux autres.

    Et pourtant, trente-deux ans, c’est jeune.

    Un jeune adulte.

    Un pays encore plus jeune.

    Ce que nous avons construit reste précieux, mais non à l’abri.

    Ne vous laissez pas aller à l’inconscience: à travers notre continent, à travers notre monde, quelque chose d’inquiétant se déroule. La violence devient banale. La cupidité se déguise en nécessité. Des boucs émissaires sont créés pour détourner l’attention des populations.

    Ce sont des temps étranges, mais nous devons nous adapter

    Oui, à chaque Kwibuka, ceux qui portent la mémoire sont mis à l’épreuve. Oui, un contexte mondial hostile ravive d’anciennes blessures et rend cette épreuve encore plus difficile.

    Cher survivant, combien ton fardeau est lourd! C’est presque comme si se souvenir publiquement revenait à perturber le confort des observateurs, qui préfèrent garder leurs distances face à des vérités dérangeantes.

    Nous le voyons. Nous voyons que l’on vous demande, subtilement ou directement, d’adoucir vos voix, d’édulcorer votre douleur, de rendre vos récits plus acceptables.

    Le coût de cette pression s’accumule. Il s’installe dans un silence qui n’a rien de paisible.

    Nous devons refuser cela.

    Le courage inimaginable contenu dans le récit d’un survivant est le ciment de notre nation en reconstruction.

    Nous sommes ici parce que VOUS êtes là.

    Cher parent, jeune ou plus âgé,

    Nous, en tant que parents, devons élever et former une génération qui ne se contente pas de se souvenir. Une génération qui interroge. Une génération qui vérifie. Une génération qui s’exprime avec des preuves, de l’audace et une rigueur morale.

    Nous savons tous ce que nous avons été en tant que pays. Aujourd’hui, nous façonnons ce que nous allons devenir. L’espace entre ces deux réalités doit être rempli par une défense farouche de notre histoire et un engagement envers notre présent commun.

    Nous savons que la haine continuera durant ce Kwibuka, comme toujours. À présent, nous connaissons son rythme.

    Nous reconnaissons sa voix, et nous lui répondons avec notre vérité.

    Nous ripostons en portant le flambeau vers l’avant. Un flambeau qui brûle avec une clarté si intense que toute déformation ne peut survivre à sa lumière.

    Nous nous souvenons!

    Aujourd’hui, nous continuons de vivre, nous continuons de lutter.

    Demain, nos enfants grandiront et s’épanouiront.

    Telle est notre promesse, tel est notre engagement.

    Mpore Rwanda.

    NDLR: La présente traduction reproduit fidèlement le message original en anglais de Son Excellence Madame Jeannette Kagame, tel que publié sur le site officiel d’Imbuto Foundation

  • Quels intérêts pousse-t-on à se retourner contre son pays? Le cas Nsengumukiza Prudence

    Par la rédaction

    Chaque année, au mois d’avril, le Rwanda commémore le Génocide contre les Tutsi, ce crime contre l’humanité qui a coûté la vie à plus d’un million de Tutsi en seulement cent jours en 1994. C’est un moment où le monde se tient aux côtés du Rwanda, où les messages de solidarité affluent de partout, où les rescapés et leurs familles reçoivent l’hommage qu’ils méritent.

    Par ailleurs, ce moment est le plus souvent choisi par les propagandistes anti-génocide pour intensifier leurs attaques.  Les campagnes de désinformation se multiplient, les accusations infondées circulent, et les rapports orientés font surface. Ce qui change d’une année à l’autre, c’est uniquement le style. La forme évolue, les visages se renouvellent, les plateformes se diversifient, mais l’objectif reste le même: salir le Rwanda, relativiser le génocide, et protéger ceux qui en portent la responsabilité.

    Cette année ne fait pas exception. De nouveaux visages ont rejoint le camp des négationnistes, recrutés principalement par des organisations comme Jambo ASBL, ce réseau établi en Europe, composé en grande partie d’héritiers des familles qui ont planifié et exécuté le Génocide contre les Tutsi.  Des jeunes Rwandais, formés au pays et soutenus par leurs institutions, ont été approchés, séduits, et retournés contre leur propre nation.

    Un profil connu: le journaliste bien formé qui tourne le dos

    Nsengumukiza Prudence n’est pas un inconnu. Il a exercé le métier de journaliste à Kigali Today, où il a bénéficié d’un emploi stable, d’une rémunération correcte et de toutes les conditions nécessaires à l’exercice de son métier. Comme beaucoup de jeunes Rwandais talentueux, il a sollicité un congé d’études pour poursuivre sa formation à l’étranger, une demande accordée sans réserve, car au Rwanda, l’accès à l’éducation est un droit que l’on respecte et encourage.

    Son employeur lui a facilité l’obtention de ses documents, l’a aidé pour le visa et l’a soutenu financièrement. On attendait qu’il revienne enrichi d’une expertise nouvelle, au service de sa carrière et de son pays. Il n’est pas revenu dans le sens attendu.

    À la place, il est devenu l’une des nouvelles recrues de la sphère anti-Rwanda, trahissant ainsi le pays qui l’avait élevé, formé et soutenu.

    Jambo ASBL: une structure aux contours inquiétants

    C’est au sein de Jambo ASBL que Nsengumukiza a trouvé son nouveau foyer idéologique. Cette structure, qui se présente sous des dehors de défense des droits humains, est en réalité composée en grande partie d’individus dont les familles ont joué un rôle actif dans la préparation et la planification du Génocide contre les Tutsi de 1994.

    Ces héritiers d’une idéologie criminelle n’ont pas renoncé à la vision génocidaire de leurs pères; ils l’ont simplement recyclée sous un vernis de discours démocratique. Parmi les idées qu’ils propagent figure la théorie du double génocide, une thèse révisionniste qui vise à nier l’unicité du Génocide contre les Tutsi. Cette manipulation est dangereuse: elle détourne la vérité historique et blesse les survivants.

    Le modus operandi: les droits de l’homme comme bouclier

    Ce n’est pas un hasard si Nsengumukiza, Baker Byansi et tant d’autres ont tous emprunté le même chemin: celui de l’activisme des droits de l’homme. Cette posture confère une légitimité apparente, attire l’attention des médias occidentaux, et permet d’accéder à des financements fournis par des ONG et des gouvernements étrangers ayant leur propre agenda vis-à-vis du Rwanda.

    Ces personnes dénoncent les prétendues violations des droits humains au Rwanda, tout en résidant dans des pays européens où inégalités, discrimination et exclusion sociale frappent de nombreuses communautés. L’indignation sélective est révélatrice: ce n’est pas le sort des victimes qui les préoccupe, c’est l’image du Rwanda.

    Le piège de l’argent facile

    Comme dit le proverbe: l’hameçon est toujours caché dans l’appât. On approche ces jeunes avec des promesses de rémunération, une première enveloppe confortable, l’illusion d’une notoriété internationale. Ils acceptent. Et à partir de ce moment, ils sont pris: pour continuer à recevoir, ils doivent continuer à produire des mensonges et des accusations contre le pays qui les a formés.

    Si Nsengumukiza écrit aujourd’hui pour défendre Victoire Ingabire, ce n’est pas parce qu’il est convaincu par sa cause. C’est parce qu’il n’a plus d’autre choix. Rejoindre la propagande anti-Rwanda lui garantit quelques euros pour survivre en Europe.

    Une leçon pour la jeunesse rwandaise

    Nos ancêtres nous ont enseigné une vérité immuable: se retourner contre le Rwanda attire la malédiction sur soi et sur ses descendants. Aux jeunes Rwandais qui se retrouvent en Europe, désorientés: soyez vigilants.

    Ces réseaux vous observent, vous repèrent, vous approchent. Ils vous promettent de l’argent et une identité. Mais ce qu’ils offrent en réalité, c’est une cage. Le gouvernement rwandais a mis en place des programmes et des institutions dédiées à la jeunesse. Il existe des voies dignes pour réussir, sans trahir son pays ni se mettre au service d’agendas étrangers.

    Le Rwanda avance, malgré les attaques, malgré les mensonges, malgré les saboteurs. L’histoire jugera ceux qui, aujourd’hui, choisissent de s’aligner contre leur propre peuple pour quelques miettes d’un agenda qui n’est pas le leur.

  • Le football européen en Afrique: passion innocente ou soft power bien huilé?

    Par Martin Semukanya

    Au lendemain des qualifications pour les demis de finale de la Ligue des champions de l’UEFA en ce mois d’avril 2026, une chose est frappante: l’effervescence ne s’est pas limitée à Paris, Londres, Madrid ou Munich. Non. Elle a vibré – et parfois explosé – à Nairobi, Kampala, Lagos, Accra, Lusaka, Johannesburg… et bien sûr à Kigali.

    À tel point que certains médias, un brin taquins, ont suggéré que l’Afrique subsaharienne avait célébré ces qualifications avec plus d’intensité que l’Europe elle-même. Exagéré ? Peut-être. Faux? Pas vraiment.

    Car depuis plusieurs décennies, le football européen en Afrique n’est plus un simple divertissement. C’est une religion parallèle, avec ses saints (les joueurs), ses temples (les stades européens diffusés en HD), ses prophètes (les commentateurs sportifs) et ses fidèles… prêts à tout. Oui, absolument tout.

    On parle ici d’amitiés brisées pour un hors-jeu contesté, de disputes familiales pour un penalty mal sifflé, et — tragiquement — de cas de désespoir extrême liés à la défaite d’un club préféré. À ce stade, il ne s’agit plus de sport. C’est une affaire d’identité, d’appartenance, presque de survie émotionnelle.

    Et pourtant, si l’on gratte un peu sous la surface, une question dérangeante apparaît: comment en est-on arrivé là?

    Une colonisation… par satellite

    Il fut un temps où l’Europe arrivait en Afrique par caravelles, traités douteux et compagnies commerciales aux noms respectables mais aux intentions discutables. Aujourd’hui, elle arrive par satellite, fibre optique et abonnements télévisés.

    Le football européen est devenu l’un des outils les plus efficaces de ce que les spécialistes appellent le soft power. Pas de soldats, pas de gouverneurs coloniaux, juste des matchs à 21h et des commentateurs passionnés. Résultat ? Des millions d’Africains qui connaissent parfaitement les compositions d’équipes de clubs européens… mais peinent parfois à citer les joueurs de leurs propres championnats locaux.

    Ce n’est pas un hasard. Les grandes ligues européennes – Premier League, Liga, Bundesliga, Ligue 1 – génèrent des milliards de dollars grâce aux droits télévisés internationaux. Une part significative de cette audience se trouve en Afrique, où la croissance démographique et l’urbanisation offrent un marché colossal.

    Ajoutez à cela des stratégies marketing bien rodées: tournées estivales, académies de jeunes, partenariats commerciaux… et vous obtenez une machine parfaitement huilée. Une machine qui ne vend pas seulement du football, mais aussi des rêves, des identités et, soyons honnêtes, des illusions.

    #VisitRwanda: du tourisme au coup de génie marketing

    Dans ce contexte, le cas du Rwanda mérite une attention particulière. Le pays des mille collines a choisi une stratégie audacieuse: s’associer directement à certains des plus grands clubs européens via la campagne #VisitRwanda.

    Résultat? Le slogan apparaît sur les maillots, dans les stades, et sur les écrans du monde entier. Une visibilité que peu de campagnes touristiques peuvent se permettre.

    Et voilà que, par un clin d’œil du destin, seuls quatre des grand clubs européens – Arsenal, PSG, Atletico Madrid et Bayern Munich – tous portant l’ensigne #VisitRwanda, se retrouvent qualifiés pour les demis de finale en même temps.

    À Kigali, c’est presque une double victoire: sportive par procuration, et promotionnelle par calcul.

    Même le chef de l’État, connu pour son attachement à Arsenal, n’hésite pas à féliciter publiquement ces équipes. Certains y voient une passion sincère. D’autres, une communication stratégique. Probablement les deux.

    Mais la vraie question est ailleurs: quand les millions de quartiers africains célèbrent autant les performances de clubs étrangers, est-ce seulement une victoire footbalistique… ou un aveu silencieux de dépendance culturelle?

    L’Afrique, marché captif ou partenaire enthousiaste ?

    Il serait trop simple – et franchement injuste – de présenter les Africains comme des victimes passives de cette domination footballistique. La réalité est plus complexe.

    Les fans africains ne sont pas manipulés. Ils choisissent. Ils vibrent. Ils s’approprient ce football, le commentent, le vivent intensément. Dans de nombreux quartiers, suivre la Ligue des champions est un rituel social, un moment de partage, un langage commun.

    Mais ce choix s’inscrit dans un environnement fortement asymétrique.

    Les infrastructures locales sont souvent insuffisantes. Les championnats nationaux manquent de financement, de visibilité et parfois de crédibilité. Les médias locaux, eux, privilégient logiquement ce qui attire le plus d’audience — et donc de publicité. Et devinez quoi? Ce n’est pas le championnat local du week-end.

    Résultat: un cercle vicieux. Moins d’investissement local → moins de qualité → moins d’intérêt → encore moins d’investissement.

    Pendant ce temps, l’Europe récolte les bénéfices. Non seulement économiques, mais aussi symboliques. Car lorsqu’un jeune Africain rêve de football, il ne rêve pas de jouer à Kigali, Kampala ou Kinshasa. Il rêve de Londres, Madrid ou Munich.

    Et les autres continents dans tout ça?

    L’Afrique n’est pas la seule à consommer du football européen, mais elle le fait avec une intensité particulière.

    En Asie, par exemple, les ligues locales ont bénéficié d’investissements massifs, souvent soutenus par des politiques publiques. La pénétration du football européen y est forte, mais elle coexiste avec une volonté claire de développer un écosystème local.

    En Amérique du Sud, la situation est encore différente. Le football y est profondément enraciné, culturellement et historiquement. Les clubs locaux restent extrêmement populaires, malgré l’attraction des ligues européennes. Et puis, il y a cette petite barrière linguistique qui, mine de rien, freine un peu l’invasion médiatique.

    En Afrique, en revanche, la combinaison de plusieurs facteurs — histoire coloniale, langues européennes, faiblesse des ligues locales, puissance des médias internationaux — crée un terrain particulièrement fertile pour cette domination.

    Une relation amour-haine… version football

    Ce qui rend la situation encore plus fascinante, c’est le contraste.

    D’un côté, les relations entre l’Afrique et l’Europe sont marquées par une histoire lourde: esclavage, colonisation, exploitation des ressources, tensions diplomatiques, débats sur les restitutions d’œuvres d’art…

    De l’autre, des millions d’Africains portent fièrement les couleurs de clubs européens, chantent leurs hymnes et défendent leurs joueurs comme s’ils étaient des héros nationaux.

    Ironique, non?

    C’est un peu comme si, après des siècles de relations compliquées, l’Europe avait trouvé le moyen parfait de reconquérir les cœurs africains… avec un ballon.

    Mais, attention: ce n’est pas une manipulation unilatérale. C’est une relation mutuelle, même si elle reste déséquilibrée. Les joueurs africains, par exemple, sont omniprésents dans les clubs européens. Ils brillent, inspirent, et contribuent largement au succès de ces équipes.

    Autrement dit, l’Afrique n’est pas seulement spectatrice. Elle est aussi actrice. Mais une actrice dont la scène principale se trouve… ailleurs.

    Unité ou illusion?

    Alors, le football européen peut-il vraiment rapprocher l’Afrique et l’Europe?

    À première vue, oui. Il crée des ponts culturels, des conversations communes, des émotions partagées. Un supporter de Kigali peut discuter pendant des heures avec un supporter de Londres sans jamais évoquer politique ou histoire.

    C’est puissant.

    Mais cette unité reste superficielle si elle ne s’accompagne pas d’un équilibre réel. Car une relation basée uniquement sur la consommation — regarder, acheter, supporter — sans production locale équivalente, ressemble davantage à une dépendance qu’à un partenariat.

    Et c’est là que le sarcasme s’invite: peut-être que la véritable victoire de l’Europe n’est pas seulement d’avoir les meilleurs clubs… mais d’avoir convaincu des millions de personnes à des milliers de kilomètres de se battre émotionnellement pour eux.

    Gratuitement.

    Que faire?

    Faut-il arrêter de regarder la Ligue des champions? Bien sûr que non. Soyons sérieux.

    Le problème n’est pas la passion. Le problème, c’est le déséquilibre.

    Il ne s’agit pas de choisir entre football européen et football africain, mais de rééquilibrer l’attention, les investissements et les ambitions.

    Développer des ligues locales compétitives. Investir dans les infrastructures. Améliorer la gouvernance sportive. Valoriser les talents locaux avant qu’ils ne partent trop tôt.

    Et surtout, raconter nos propres histoires.

    Car au fond, le football n’est pas seulement un jeu. C’est un récit. Et pour l’instant, en Afrique, nous consommons surtout les récits des autres.

    Entre passion et lucidité

    Le football européen en Afrique est à la fois une source de joie immense et un miroir révélateur de dynamiques plus profondes.

    Oui, il rassemble. Oui, il fait rêver. Oui, il crée des ponts.

    Mais il rappelle aussi – avec une efficacité presque cruelle – les déséquilibres persistants entre les continents.

    Alors la prochaine fois qu’un club européen marque un but décisif et que tout un quartier de Kigali explose de joie, peut-être qu’une petite voix intérieure pourrait poser une question simple:

    “Et nous, quand est-ce qu’on marquera pour nous-mêmes ?”

    En attendant, rassurez-vous: le prochain match commence à 21h de ce 28 Avril au Parc des Princes…de Paris. Et comme toujours, l’Afrique sera au rendez-vous. Peut-être même en première ligne.

    Parce qu’après tout, pourquoi régler des siècles de relations complexes… quand on peut simplement regarder un match?

  • Éditorial | Kwibuka 32: au-delà d’une semaine de deuil, l’impératif permanent de mémoire

    Du 7 au 13 avril 2026, le Rwanda a observé une semaine de deuil national, marquant la 32e commémoration du génocide perpétré contre les Tutsi. Sept jours de recueillement, de mémoire et de réflexion, inscrits dans une dynamique plus large de commémoration qui s’étendra sur 100 jours, à l’image de la durée même du génocide en 1994.

    Le coup d’envoi a été donné le 7 avril au Mémorial du génocide de Kigali, à Gisozi, par le Président Paul Kagame. La cérémonie d’ouverture, empreinte de solennité, a été marquée par le dépôt de gerbes de fleurs sur les tombes des victimes et l’allumage de la Flamme de l’Espoir, appelée à brûler durant toute la période de commémoration. Dans son discours, le Chef de l’État a lancé un appel fort à la vigilance et à la lutte contre l’idéologie du génocide, affirmant avec fermeté que “le Rwanda ne mourra pas une deuxième fois “.

    Au cours de cette semaine, plusieurs activités d’envergure ont été organisées, dont une conférence internationale sur la prévention du génocide. Celle-ci a notamment mis en lumière les inquiétudes liées à la résurgence de l’idéologie génocidaire dans la région, en particulier dans l’est de la République démocratique du Congo, tout en dénonçant l’inaction de la communauté internationale et des Nations unies face à ces signaux alarmants.

    Les marches de mémoire, organisées notamment le 7 avril et le 11 avril à Kicukiro, ont ravivé le souvenir de l’abandon tragique des Tutsi par les Casques bleus de l’ONU en 1994. Ces derniers, venus chercher refuge auprès des forces internationales, avaient été laissés sans protection, livrés ensuite aux milices qui les ont massacrés. Ces moments de recueillement ont également été des occasions de dénoncer cette défaillance historique de la communauté internationale.

    La semaine a également été marquée par des activités dédiées à la mémoire des journalistes tués pendant le génocide. À cette occasion, les professionnels des médias d’aujourd’hui ont été appelés à tirer les leçons du passé, en évitant les dérives qui avaient conduit certains, tels que Ngeze, Nahimana ou Barayagwiza, à propager la haine et à jouer un rôle actif dans la préparation et l’exécution du génocide.

    Le 13 avril marque la fin officielle de la semaine de deuil national. Cette date est particulièrement dédiée à la mémoire des responsables politiques assassinés pendant le génocide contre les Tutsi, lors d’une cérémonie organisée au mémorial de Rebero, dans la ville de Kigali.

    Au-delà de cette première semaine, les commémorations se poursuivent à travers le pays, au rythme des dates correspondant aux massacres survenus dans différentes localités. Elles se prolongeront jusqu’au 3 juillet, veille de la Journée de la Libération du Rwanda. Parmi les temps forts à venir figure la commémoration des familles entièrement décimées, où parents et enfants ont tous péri dans les atrocités de 1994.

    Si la semaine officielle de deuil national s’achève ce 13 avril — marquée par la levée des drapeaux en berne —, le devoir de mémoire, lui, ne connaît pas de fin. “Kwibuka”, se souvenir, dépasse le cadre d’un moment collectif: c’est aussi un acte individuel et permanent. “Kwibuka twiyubaka” — se souvenir en se reconstruisant — s’impose comme une responsabilité partagée, un engagement quotidien.

    Se souvenir, c’est honorer les vies anéanties, soutenir les survivants et puiser la force nécessaire pour prévenir toute résurgence de l’idéologie génocidaire, au Rwanda comme dans la région.

    La semaine de deuil s’achève, mais la mémoire, elle, demeure vivante, et doit le rester, pour toujours.

  • Éditorial | Kwibuka 32: Se souvenir pour bâtir, ensemble, un avenir inviolable

    Le 7 avril 2026, le Rwanda entre dans une nouvelle période de recueillement, marquant la 32ᵉ commémoration du génocide perpétré contre les Tutsi en 1994. Cette date, consacrée également comme Journée internationale de réflexion par les Nations Unies, rappelle le début d’une tragédie au cours de laquelle plus d’un million de personnes ont été exterminées en l’espace de cent jours .

    Placée sous le thème permanent “Kwibuka Twiyubaka”Se souvenir, bâtir, ensemble — cette semaine commémorative, du 7 au 13 avril, s’inscrit dans une dynamique à la fois de mémoire, de résilience et de responsabilité collective.

    À travers tout le pays, les Rwandais se rassemblent sur les sites mémoriaux, là où reposent les victimes, pour honorer leur mémoire avec dignité. Dépôts de gerbes de fleurs, journées de recueillement, témoignages de survivants, chants commémoratifs et conférences rythment ces journées. Dans les villages, les échanges communautaires permettent de transmettre l’histoire, de renforcer l’unité et de consolider le socle de la réconciliation nationale.

    Comme chaque année, une cérémonie nationale solennelle ouvre cette semaine au Mémorial de Gisozi, à Kigali, symbole de mémoire et d’engagement. À cette occasion, la flamme d’espoir est allumée et illuminera le pays pendant 100 jours, en mémoire de la durée du génocide et en hommage aux victimes.

    La clôture, prévue le 13 avril à Rebero, rend hommage aux responsables politiques assassinés durant le génocide, rappelant que l’extermination visait aussi à anéantir toute voix de modération et de justice.

    Kwibuka n’est pas qu’un moment de souvenir: c’est une interpellation. Une interpellation face à l’histoire, mais aussi face au présent. Car, trente-deux ans après, les idéologies qui ont nourri le génocide n’ont pas totalement disparu. Elles mutent, se diffusent, parfois au-delà des frontières.

    À l’est de la République démocratique du Congo, les discours de haine visant les Tutsi congolais, les violences répétées et la stigmatisation des populations rwandophones ravivent les échos d’un passé que l’on croyait révolu. Cette réalité rappelle que le génocide contre les Tutsi ne fut pas seulement un événement national, mais une tragédie humaine dont les leçons restent universelles.

    Dans ce contexte, le “Plus jamais ça” ne peut être un simple slogan. Il doit se traduire en actes concrets: lutte contre l’idéologie génocidaire, éducation des jeunes générations, vigilance face aux discours de haine, et engagement ferme de la communauté internationale.

    Se souvenir, c’est refuser l’oubli. Bâtir, c’est reconstruire sur les fondations de la vérité.
    Ensemble, c’est reconnaître que la paix et la dignité humaine sont une responsabilité partagée.

    En ce temps de mémoire, La redaction de “La Une” s’incline devant les victimes, rend hommage aux survivants.

    Se souvenir, au Rwanda, n’est pas un regard tourné vers le passé: c’est un engagement pour l’avenir.

    La Rédaction.