Le 17 avril 1994, elle perdait sa mère sous ses yeux lors du génocide perpétré contre les Tutsi. Trente-et-un ans plus tard, jour pour jour, elle soutient brillamment sa thèse de doctorat, le jour de commémoration dans son lieu natal. Un parcours de résilience, de mémoire et de victoire.
Pendant le génocide, alors qu’elle n’avait que quatre ans, Schifra Uwamungu assiste désespérément à l’assassinat de sa mère par les miliciens Interahamwe, lors du génocide perpétré contre les Tutsi dans l’ancien secteur de Kaduha, à Munyaga, dans le district de Rwamagana, à l’est du Rwanda.
Trente-et-un ans plus tard, en ce même jour du 17 avril 2025, jour de commémoration pour la 31ᵉ fois de ce drame, elle devient docteure, car c’est en cette date qu’elle vient tout juste de soutenir sa thèse de doctorat, qu’elle a dédiée à ses parents tués, à Dieu, et à l’Armée Patriotique Rwandaise (Inkotanyi), qui a sauvé sa vie ainsi que celle de nombreux autres rescapés.
Dr Schifra Uwamungu vient d’achever un doctorat en médecine à la Sahlgrenska Academy, au sein de l’Institut des neurosciences et de la physiologie, département de pharmacologie de l’Université de Göteborg, en Suède. Sa thèse est intitulée: “Epidémiologie des infections à papillomavirus humain en Afrique de l’Est – Aspects liés au VIH, à la génétique et à l’immunologie

Sur le compte X de l’universitee du Rwanda, on peut lire: “Félicitations les plus chaleureuses à Dr Schifra Uwamungu pour la brillante soutenance de sa thèse de doctorat…Ses recherches apportent une contribution précieuse à la santé publique, en particulier dans le contexte est-africain où la prévalence du HPV et la mortalité liée au cancer du col de l’utérus restent très élevées…Nous sommes ravis de l’accueillir dans notre grande famille de chercheurs passionnés,”
Interrogée sur ce qu’elle ressent en ce jour si particulier, Dr Schifra Uwamungu confie:
“Cette date n’est pas ordinaire pour moi, car il y a 31 ans, la mort s’était approchée de moi plus que jamais. Elle restera toujours une date particulière. Mais aujourd’hui, je ne me rappelle pas seulement la mort, je célèbre aussi la vie, les réussites et les victoires accomplies. Cette date devient un symbole de reconstruction et de résilience.”
Sa dédicace
Dans la dédicace de sa thèse, on peut lire : “Maman, je chéris notre dernier moment de bonheur ensemble — l’achat d’un cadeau pour célébrer ma première place en deuxième année primaire — le dimanche 3 avril 1994. Ce jour-là reste mon dernier souvenir heureux avec toi. Tu as toujours été la meilleure pour célébrer nos réussites. Merci!” Et elle poursuit:
“Deux semaines plus tard, j’ai perdu ma mère, mais aussi mes grands-parents, oncles, tantes, frères, sœurs, cousins, amis, voisins, et d’innombrables Tutsi… Maman, te voir mourir a changé ma vie. Je suis moi-même mère aujourd’hui, et je comprends ce que tu voulais dire en leur demandant de te tuer mais de ne pas tuer tes enfants. J’ai décidé de persévérer et d’avancer dans la vie.”
Dr Schifra Uwamungu ajoute: “Je ne trouve pas les mots pour exprimer la joie que je ressens. Je suis fière de cette étape que je viens de franchir dans ma vie. Ce n’est pas anodin ; cela a nécessité beaucoup de sacrifices de ma part, de ma famille, de mes proches et de mes amis pour que cela soit possible. Je suis témoin que toutes les bonnes choses exigent des sacrifices et un prix à payer.”
Une volonté ferme de servir le Rwanda
En tant que Rwandaise, femme, mère et enseignante, elle affirme vouloir contribuer à la construction du Rwanda de demain, à travers la recherche et l’enseignement. Elle veut transmettre aux jeunes la conviction que tout est possible lorsque l’on y met du cœur, sans jamais oublier l’importance de la famille, socle fondamental et point de départ de toute nation.
Schifra Uwamungu est enseignante au Département des Sciences Biomédicales de Laboratoire au Collège de Médecine et des Sciences de la Santé de l’Université du Rwanda.
Ses recherches ont été publiées dans des revues scientifiques de renom et présentées lors de conférences internationales, témoignant de sa contribution significative au domaine de la santé publique et des maladies infectieuses.
