La capitale française a accueilli le samedi 21 février 2026 une rencontre majeure entre les autorités rwandaises et les jeunes membres de la diaspora en Europe. Au cœur des échanges: l’unité nationale, la transmission de la vérité historique et la responsabilité citoyenne face aux discours de haine circulant à l’étranger.
Organisée à l’initiative des Rwandais de la diaspora, une idée discutée lors du 19e dialogue national – Umushyikirano tenu à Kigali en janvier 2024, la rencontre a été préparée en partenariat avec l’organisation internationale Interpeace, engagée dans la consolidation de la paix.
La délégation venue de Kigali était conduite par le ministre de l’Unité nationale et de l’Engagement civique, Dr Jean Damascène Bizimana.
Il était accompagné notamment de la ministre des Sports, Nelly Mukazayire, qui a livré un témoignage personnel fort en tant que survivante du génocide contre les Tutsi de 1994, dans un contexte familial particulièrement complexe.
L’événement s’est tenu en présence de l’ambassadeur du Rwanda en France, François Nkulikiyimfura, qui a accueilli les participants et salué l’importance du dialogue. Des représentants diplomatiques rwandais accrédités dans plusieurs pays européens ont également pris part aux échanges, témoignant de l’importance stratégique accordée à la diaspora.
Parmi les personnalités présentes à cette rencontre figuraient aussi les ambassadeurs du Rwanda dans différents pays d’Europe, notamment Aurore Mimosa Munyangaju, Johnston Busingye, Anastase Shyaka, Amandin Rugira, Lambert Dushimimana, le Général (Rtd) Charles Kayonga et Diane Gashumba.
“Nous sommes heureux de vous accueillir ici à Paris pour dialoguer en tant que Rwandais vivant en Europe. Ces échanges doivent nous laisser un héritage solide pour renforcer notre unité et combattre ce qui pourrait nous replonger dans les divisions que nous connaissons trop bien”, a déclaré l’ambassadeur Nkulikiyimfura.
Il a rappelé que, même pour ceux nés après 1994, les conséquences du génocide concernent toute la nation: “Beaucoup d’entre vous n’étaient pas encore nés, mais l’unité nationale nous concerne tous, car les séquelles du génocide touchent l’ensemble de notre société.”
“Nous sommes venus avec des faits”
Dans son intervention centrale, le ministre Bizimana a insisté sur la nécessité de répondre aux interrogations de la jeunesse par des faits vérifiables et non par des récits idéologiques.
“Nous ne sommes pas ici pour vous exposer des théories, mais pour vous rapporter des faits précis et réels du terrain. Ils éclaireront vos choix présents et futurs pour renforcer profondément votre lien avec votre pays natal.”
Il a souligné que l’engagement patriotique qui découlera de cette rencontre pourrait constituer «une décision libératrice pour la vie personnelle des participants et celle de leurs enfants.
La désinformation, défi majeur pour la diaspora
Le ministre a identifié comme défi central la prolifération de discours mensongers sur le Rwanda, diffusés sur les réseaux sociaux par des génocidaires en fuite, des négationnistes et leurs partisans.
Selon lui, ces discours touchent particulièrement les jeunes de la diaspora, parfois exposés à des récits biaisés au sein même de leur environnement familial.
“Ne soyez pas prisonniers des mensonges, de la haine et de l’idéologie. La responsabilité pénale est individuelle, pas familiale. Le Rwanda est à nous tous.”
Il a dénoncé les tentatives de falsification de l’histoire par d’anciens responsables politiques, militaires ou religieux liés aux régimes qui ont précédé le génocide, ainsi que par certaines personnes qui peinent à accepter les crimes commis par leurs proches.
Il a cité les procès tenus à l’étranger, notamment en France, contre des personnalités comme Laurent Bucyibaruta, Tito Barahira, Octavien Ngenzi, Dr Sosthène Munyemana et Dr Eugène Rwamucyo, comme illustration de la poursuite de la justice au-delà des frontières.
Retour sur l’histoire et reconstruction nationale
Le ministre Bizimana est également revenu sur l’histoire coloniale et post-indépendance du Rwanda, estimant que les régimes de Kayibanda puis de Habyarimana ont institutionnalisé la discrimination et préparé le terrain au génocide de 1994.
Il a rappelé que plus d’un million de Tutsi ont été exterminés et qu’environ deux millions de Rwandais ont été contraints à l’exil.
Selon lui, la victoire du FPR-Inkotanyi a ouvert une nouvelle phase centrée sur l’unité nationale, la justice, la bonne gouvernance et le développement inclusif. Il a indiqué que, depuis 2001, plus de 13 000 anciens combattants ont été réintégrés après leur passage par le centre de Mutobo.
“La vérité du Rwanda d’aujourd’hui, c’est un Rwanda pour tous, qui sert tous ses citoyens sans distinction d’origine.”
Ingabire Victoire: une mise au point du ministre
Le ministre a également abordé la question d’Ingabire Victoire, arrêtée en juin 2025 et faisant l’objet de poursuites judiciaires pour diverses infractions, notamment liées à la formation d’un groupe criminel et à des actions visant à troubler l’ordre public.
Dr Bizimana a affirmé que certains groupes radicaux en Europe la présentent comme une opposante politique, alors qu’elle serait, selon lui, impliquée dans des activités de déstabilisation en lien avec des groupes armés.
“Ce n’est pas une opposante politique, mais une personne engagée dans des activités visant à nuire à la sécurité du pays et à renverser les institutions élues.”
Il a estimé que soutenir de telles positions revient à s’enfermer dans une logique de haine et de déni historique .
Des témoignages pour dépasser la peur et la méfiance
La rencontre a aussi été marquée par des témoignages personnels.
La ministre Nelly Mukazayire a partagé son parcours de survivante du génocide. Jean de Dieu Uwizeye a, quant à lui, raconté avoir longtemps vécu dans la méfiance envers le FPR-Inkotanyi avant de se réconcilier avec son identité rwandaise.
Ces récits ont donné une dimension humaine aux débats, illustrant les défis complexes auxquels fait face la jeunesse issue de familles marquées par l’histoire.
En conclusion, le ministre Bizimana a invité les jeunes de la diaspora à s’informer à partir de sources fiables, à défendre l’unité nationale et à transmettre à leur tour une mémoire fondée sur la vérité.
“L’histoire du génocide nous a appris le caractère irréversible de notre unité. Défendons-la farouchement, aujourd’hui, demain et toujours, par amour de notre patrie et pour l’avenir de notre descendance.”

