Par Anastase Rwabuneza
Réunis à l’Académie Militaire du Rwanda de Gako, les responsables des administrations centrale et locale ont été appelés à un changement de cap. Au cœur des échanges: la qualité des services rendus aux citoyens, la proximité avec la population et l’efficacité des projets de développement.
Pour la première fois depuis la période pré-COVID-19, les autorités de l’administration centrale et celles des entités décentralisées se sont retrouvées, lundi le 23 mars 2026, dans un cadre de concertation stratégique.
Dès l’ouverture, le ministre de l’Administration locale, Dominique Habimana, a rappelé les fondements du modèle rwandais de gouvernance : placer le citoyen au centre de l’action publique. Il a mis en avant les acquis de plus de 25 ans de décentralisation, notamment la participation accrue des populations à travers les assemblées communautaires, les contrats de performance et les travaux communautaires (Umuganda).

Cependant, malgré des progrès acquis, comme l’augmentation des recettes propres des districts atteignant 98,5 milliards de francs rwandais et les performances en gestion financière saluées par l’office de lauditeur general des finances de l’État, des défis persistants subsistent. Le taux de satisfaction des services publics, estimé à 76 % en 2024, reste en dessous des attentes, avec des lenteurs administratives encore signalées, notamment dans les secteurs foncier et agricole.
Dr Justin Nsengiyumva: “Le service au citoyen doit cesser d’être une promesse pour devenir une réalité tangible”
Dans son allocution d’ouverture, le Premier ministre, Dr Justin Nsengiyumva, a recentré les débats sur trois priorités majeures, avec un accent particulier sur la qualité des services publics.
L’urgence d’améliorer la prestation des services publics
Le Chef du Gouvernement a dressé un constat sans détour: la qualité des services publics est en recul. Les données de l’Office rwandais de gouvernance indiquent une baisse progressive des performances, passant de 78,2 % en 2023 à 71,7 % en 2025.
Pour lui, cette tendance est inacceptable. Les citoyens attendent des résultats concrets: accès à l’eau potable, délivrance rapide des documents administratifs, infrastructures routières fonctionnelles, soins de santé efficaces et une éducation de qualité.
“Le droit à un service public de qualité n’est pas négociable”, a-t-il insisté, dénonçant également les pratiques de corruption qui compromettent les efforts de développement et érodent la confiance des citoyens envers les institutions.
Proximité avec les citoyens et résolution rapide des problèmes
Le Premier ministre a ensuite appelé les dirigeants locaux à renforcer leur présence sur le terrain. Selon lui, une gouvernance efficace passe par une connaissance fine des réalités locales.
Dans le secteur agricole, pilier de l’économie rwandaise, les défis liés aux aléas climatiques comme la sécheresses et les pluies excessives, exigent des réponses adaptées et rapides. Les autorités locales sont invitées à jouer un rôle actif dans l’identification des problèmes, l’accompagnement des agriculteurs et la remontée d’informations vers les instances compétentes.
Cette logique de proximité s’étend à tous les domaines: lutte contre la malnutrition infantile notamment le retard de croissance, amélioration de l’hygiène et de l’assainissement, ou encore lutte contre les produits dangereux, tels que les boissons alcoolisées non conformes.
Accélérer l’exécution des projets pour un impact réel
Le Premier Ministre, Dr Nsengiyumva a pointé du doigt un problème structurel: la faible rentabilité de certains projets de développement, souvent ralentis par une mauvaise gestion ou un manque d’appropriation par les autorités locales.
Il a exhorté les districts à considérer chaque projet comme leur propre initiative, à en assurer un suivi rigoureux sur le terrain et à collaborer étroitement avec les ministères sectoriels.
“Un projet ne se suit pas depuis un bureau. Il faut aller sur le terrain, comprendre les blocages et agir rapidement”, a-t-il martelé.
Il a également insisté sur l’importance d’une planification réaliste, alignée sur les capacités locales et les besoins spécifiques de chaque district.
Au-delà des constats, le message central du Premier ministre est clair: aucune institution ne peut réussir isolément. La coordination interinstitutionnelle et l’esprit d’équipe sont essentiels pour atteindre les objectifs de développement.
Les autorités centrale et locale ont été invitées à transformer les discussions en actions concrètes. Le Premier ministre a insisté sur la nécessité d’un changement de mentalité, d’une plus grande redevabilité et d’un engagement ferme envers les résultats.



