Le ministre rwandais de l’Unité nationale et de l’Engagement civique, Dr Jean Damascène Bizimana, a publié un long message sur son compte X dénonçant le phénomène inquiétant du négationnisme du génocide contre les Tutsi du Rwanda, tel qu’il se manifeste aujourd’hui chez certains jeunes Rwandais issus de familles de génocidaires. Selon lui, ces jeunes choisissent délibérément le déni du génocide comme stratégie de défense de leurs parents condamnés pour participation active aux massacres.
Un phénomène persistant
«Le négationnisme est un phénomène inhérent à tout génocide», écrit Dr Bizimana. «Il en est de même pour le génocide commis contre les Tutsi entre 1990 et 1994 qui, malgré sa reconnaissance internationale indiscutable, est nié, falsifié ou déformé par différents acteurs, Rwandais ou étrangers, ayant des intérêts divergents ou parfois convergents.»
Selon le ministre, ce négationnisme prend aujourd’hui des formes nouvelles, notamment à travers les réseaux sociaux où des descendants de condamnés de génocide diffusent des récits mensongers, réhabilitent leurs parents et accusent le gouvernement rwandais d’écrire une histoire officielle. Ces campagnes, dit-il, visent à semer le doute dans l’opinion internationale et à entretenir une idéologie d’extrémisme ethnique héritée des années 1990.
Le cas d’un militant négationniste: Uzabakiriho Alfred Antoine alias Gitifu Sebatware
Dans son message, Dr Bizimana cite nommément Uzabakiriho Alfred Antoine, connu sous le pseudonyme Gitifu Sebatware sur X (@GitifuW), qu’il accuse d’avoir entrepris avec acharnement une campagne de diffamation du gouvernement rwandais et de falsification du génocide contre les Tutsi. Il explique que ce dernier sanctifie ses parents, pourtant jugés et condamnés pour leur rôle central dans les tueries à Butare, actuel district de Huye.
Le ministre affirme vouloir «éclairer les non-connaisseurs» sur les origines idéologiques de cet extrémisme, en exposant les faits relatifs au passé des parents de l’intéressé, tous deux enseignants à Butare pendant le génocide et condamnés par les juridictions Gacaca.
Un père enseignant devenu génocidaire
Le père de @GitifuW, Uzabakiriho Bernard, fils de Gaparayi Innocent et de Nyirandushabandi Angélique, était enseignant au Groupe scolaire de Butare en 1994. Les juridictions Gacaca du secteur Ngoma (ville de Butare) l’ont reconnu coupable, en première instance et en appel, de crimes de génocide contre les Tutsi.
Les chefs d’accusation retenus contre lui étaient graves: participation à des réunions de planification du génocide, implication dans des attaques meurtrières à Kabutare, appartenance à un escadron de tueurs appelé «groupe mobile», organisation du déploiement des tueurs sur les barrières, et participation directe à plusieurs assassinats, dont ceux de Nturo, Nyetera Eugène, Rwagashayija Innocent, et du Frère Grégoire.
Le 18 novembre 2006, le tribunal Gacaca de Ngoma l’a condamné à trente ans de prison. En appel, le 14 novembre 2007, la peine a été confirmée. Parmi ses complices figuraient plusieurs enseignants de Butare: Twagirayezu Faustin, Murekeye Elisée, Bandora André alias Cyuma, Nsengiyumva Ignace, et Kimanuka Tharcisse. Uzabakiriho Bernard est décédé à la prison de Huye alors qu’il purgeait sa peine.
Une mère également condamnée pour crimes de génocide
La mère de @GitifuW, Nyirabakungu Antoinette, enseignante elle aussi, a été condamnée pour des faits similaires. D’après le ministre Bizimana, les juridictions Gacaca l’ont reconnue coupable du meurtre de plusieurs Tutsi réfugiés au domicile de Rwagashayija Innocent et de sa femme Angelina, de participation à un groupe de femmes formées au maniement de grenades, et de diffusion d’une idéologie de haine ethnique dans les écoles.
Condamnée à 25 ans de prison en première instance, elle a interjeté appel, mais la juridiction supérieure a confirmé sa culpabilité, ramenant la peine à 19 ans d’emprisonnement. Elle est décédée à la prison de Huye, tout comme son époux, tous deux atteints du VIH SIDA.
Une génération face à l’héritage du crime
Dr Bizimana situe ce cas dans un phénomène plus large: celui de jeunes descendants de génocidaires qui, au lieu de reconnaître la responsabilité individuelle de leurs parents, «se réfugient dans le négationnisme et perpétuent la haine». Il cite plusieurs figures connues sur les réseaux sociaux, dont @PatrickRugaba, les descendants de Shingiro Mbonyumutwa (@ruhumuza et @gmbonyumutwa), les fils de Juvénal Habyarimana (@JLHaby), de Protais Zigiranyirazo (@MukizaAntoine), et de Mbonampeka Stanislas, ainsi que la famille Gatebuke (@shinani1).
«Au lieu de reconnaître que la culpabilité est individuelle et de contribuer à la reconstruction du Rwanda, certains jeunes perpétuent l’héritage extrémiste de leurs familles, en s’enfonçant dans la haine et le radicalisme», écrit-il.
Les jeunes qui choisissent la réconciliation
Le ministre rend néanmoins hommage aux nombreux jeunes nés de parents condamnés pour génocide, mais qui ont choisi la voie de la vérité et de la réconciliation. Ces jeunes, selon lui, refusent d’être prisonniers de l’histoire tragique de leurs familles et s’engagent dans la construction d’un Rwanda uni.
«Nous saluons les actes courageux de très nombreux jeunes qui, bien que nés de parents ayant commis le génocide, ont choisi d’être des bâtisseurs d’unité et non des porteurs de haine. Ils sont les véritables artisans d’un Rwanda nouveau, fier et résilient», affirme Dr Bizimana.
Un appel à la responsabilité morale et patriotique
Le ministre termine son message par un appel direct aux jeunes concernés: «Abandonnez l’extrémisme, rejetez et libérez-vous de l’héritage génocidaire de vos parents. Rejoignez-nous pour construire un Rwanda qui ne sera plus jamais une nation de division et de haine. Ce sera votre grandeur.»
En dénonçant publiquement ces dérives, Dr Bizimana affirme la volonté de défendre la mémoire des victimes et de protéger les jeunes générations des manipulations mémorielles et politiques orchestrées depuis l’étranger.
NDLR: Nous avons conservé les pseudonymes et les noms utilisés sur X, car c’est sur cette plateforme que s’engage cette bataille mémorielle et idéologique.