Par Danny Kirenga
Alors que la communauté internationale s’épuisait à multiplier les initiatives de paix, de Doha à Washington, pour tenter de ramener la stabilité dans l’Est de la République démocratique du Congo, Félix Tshisekedi persiste à démontrer que la paix n’a jamais été l’horizon de sa gouvernance.
Sous le masque commode de la lutte contre le M23, le pouvoir congolais entretient et protège les FDLR, formation armée issue du génocide contre les tutsi de 1994, devenue le pivot occulte de sa stratégie militaire et diplomatique.
La dénégation comme stratégie d’État
A Washington, lors des récents travaux du Mécanisme conjoint de coordination sécuritaire, le général Patrick Sasa Nzita, chef de la délégation congolaise, a stupéfié ses interlocuteurs en niant l’existence même des FDLR, qualifiant leur menace de simple “invention rwandaise”.
Cette dénégation flagrante, en contradiction totale avec les multiples rapports du Groupe d’experts de l’ONU, constitue moins une maladresse qu’un aveu: celui d’un régime prisonnier de sa propre duplicité.
Reconnaître la présence active des FDLR reviendrait à admettre la collusion structurelle entre ces milices et les Forces armées de la RDC (FARDC), une connivence amplement documentée jusque dans les rangs de la Garde républicaine et des services de renseignement.
Kinshasa a fait de cette alliance une sorte de tabou stratégique, la justifiant au nom d’une prétendue “nécessité nationale” qui n’est, en réalité, qu’un paravent politique pour dissimuler un pacte dangereux.
Une guerre entretenue à des fins politiciennes
Le discours officiel s’évertue désormais à détourner les responsabilités. Le général Ekenge, porte-parole des FARDC, a osé prétendre que les FDLR se trouvaient “dans les zones sous contrôle du Rwanda et du M23” une contrevérité manifeste, destinée à contourner les obligations inscrites dans l’Accord de Washington, qui impose la neutralisation immédiate de la milice génocidaire.
Pendant ce temps, les bombardements aveugles des FARDC, épaulées par des contingents burundais, des milices Wazalendo et des mercenaires étrangers, continuent de décimer les civils dans le Kivu. Ces frappes répétées, en violation flagrante des cessez-le-feu conclus à Doha, témoignent de la préférence du régime pour la guerre comme instrument de légitimation politique.
La paix, simulacre de communication
Les propos cyniques du général Ekenge “Nous ne sommes pas l’Église, où si l’on te frappe la joue gauche, tu tends la droite” traduisent toute la philosophie du pouvoir: le mépris des engagements, la glorification de la brutalité et la fuite en avant militariste.
Pour Félix Tshisekedi, chaque offensive contre le M23 n’est pas une opération de sécurité, mais un calcul électoral, une diversion commode pour occulter l’effondrement économique, la corruption endémique et la faillite diplomatique.
Sous ce prisme, la guerre n’est plus un malheur à conjurer, mais un capital politique à entretenir. Les FDLR deviennent alors un outil invisible, un prolongement clandestin de la raison d’État.
L’illusion internationale et la responsabilité différée
Face à cette duplicité manifeste, la communauté internationale s’enlise dans sa propre naïveté : déclarations prudentes, dialogues sans lendemain, appels creux à la “retenue”.
En refusant d’imposer une pression réelle sur Kinshasa, elle cautionne, par son inertie, la perpétuation d’un cycle infernal de violences.
Tant que les FDLR bénéficieront d’une tolérance tacite et que les FARDC continueront de frapper indistinctement les populations civiles, le M23 persistera dans une posture défensive, convaincu que la survie du régime congolais repose sur le désordre qu’il prétend combattre.
La guerre comme système de gouvernance
Sous Tshisekedi, la guerre n’est plus un accident de l’histoire, mais un mode de gouvernement. En érigeant le conflit en matrice du pouvoir, en foulant aux pieds les accords de cessez-le-feu, en abusant de la patience diplomatique du monde, le président congolais transforme l’Est du pays en théâtre de propagande et de calculs cyniques.
Tant que la communauté internationale refusera d’affronter cette réalité, celle d’un État qui pactise avec les héritiers du génocide contre les tutsi, pour consolider son pouvoir, la paix au Congo ne sera qu’une illusion, un mot creux perdu dans le fracas des bombes et la complaisance des chancelleries.