Author: admin

  • “Plus jamais ça” doit être une promesse vivante: Ibuka marque 30 ans de mémoire et de résilience

    Réunis à Rusororo le 8 avril 2026, rescapés, autorités, partenaires et membres du corps diplomatique ont commémoré les 30 ans de l’association Ibuka. Dans un contexte marqué par la conference internationale sur la prévention du genocide, les interventions de la Première Dame Jeannette Kagame, du président d’Ibuka Dr Philbert Gakwenzire et des panélistes ont retracé trois décennies d’engagement, tout en appelant à une vigilance constante face aux défis persistants de la mémoire et de la justice.

    Devant une assemblée attentive, la Première Dame du Rwanda, Jeannette Kagame a livré un discours à la fois poignant. Elle a rappelé que les premiers mots entendus par de nombreux rescapés à la fin du génocide — “Baho ntugipfuye” (Vis, tu n’es plus condamné à mourir ) — ont marqué le début d’un long chemin de reconstruction.

    Pour elle, le mot “Ibuka” incarne une responsabilité collective: celle de se souvenir pour préserver l’humanité. “Une société qui n’a pas de mémoire est vouée à disparaître”, a-t-elle insisté, soulignant que la commémoration n’est ni un fardeau ni une distinction, mais une nécessité.

    Citant l’écrivain Martin Gray, elle a rappelé que rester fidèle aux disparus, c’est continuer à faire vivre leur mémoire à travers les vivants. Dans cette perspective, elle a salué le courage des rescapés, les remerciant d’avoir choisi de vivre malgré les blessures, afin que les victimes ne sombrent pas dans l’oubli.

    Elle a également rendu hommage aux fondateurs d’Ibuka, qui ont su, dans un contexte marqué par la douleur et le chaos, poser les bases d’une organisation dédiée à la mémoire et à la solidarité. Leur engagement a permis de transformer une tragédie nationale en un socle de reconstruction collective.

    Cependant, la Première Dame a tenu à mettre en garde contre tout relâchement. Elle a dénoncé les tentatives persistantes de négation et de déformation de l’histoire, appelant à une vigilance permanente.

    S’adressant particulièrement aux jeunes, elle a insisté sur la nécessité de défendre les acquis du pays: “Ne jamais considérer la paix comme acquise. ‘Plus jamais ça’ doit être une promesse vivante, un engagement quotidien.”

    Elle a enfin mis en avant la force du pardon, présenté comme un acte de courage et de libération intérieure, indispensable à la construction d’une société réconciliée.

    Trente ans d’actions au service des survivants et de la justice

    Prenant la parole, Philbert Gakwenzire a retracé le parcours d’Ibuka depuis sa création en 1995. Il a rappelé que l’organisation est née de la volonté des survivants de se reconstruire et de défendre leurs droits, dans un pays encore profondément meurtri.

    L’assemblée fondatrice, réunie en décembre 1995, comptait 152 membres et 16 associations. Dès le départ, trois priorités ont été définies: améliorer les conditions de vie des survivants, préserver la mémoire des victimes et œuvrer pour la justice.

    Au fil des années, Ibuka a développé une action multidimensionnelle. Dans le domaine social, l’association a contribué à l’accès à l’éducation, à la santé et au logement, tout en soutenant l’autonomisation économique des rescapés.

    Sur le plan judiciaire, elle a joué un rôle important dans les juridictions gacaca, au Tribunal pénal international pour le Rwanda ainsi que dans les procès menés à l’étranger.

    La mémoire reste au cœur de ses activités, à travers l’organisation des commémorations, l’inhumation digne des victimes et la transmission de l’histoire par des témoignages, des œuvres artistiques et des chants.

    Dr Gakwenzire a également évoqué la récente fusion des associations AERG, GAERG et Ibuka, intervenue en 2024, comme une étape clé pour renforcer l’efficacité et la cohérence des actions. Il a insisté sur la nécessité de poursuivre la lutte contre l’idéologie génocidaire, qui persiste dans certaines régions et au niveau international.

    Rendant hommage au leadership de Paul Kagame, il a conclu en réaffirmant l’engagement d’Ibuka à œuvrer pour que de telles tragédies ne se reproduisent jamais.

    La transmission aux jeunes au cœur des échanges

    La réflexion s’est prolongée lors d’un panel réunissant notamment Dr Rose Mukankomeje et Landouald Gahamanyi autour des enjeux de transmission et d’éducation.

    Le témoignage de Gahamanyi a illustré de manière concrète l’engagement des acteurs de terrain. Il a remercié le directeur de l’école secondaire de Hanika, dans le district de Nyanza qui a accueilli plus de 600 enfants rescapés après le génocide, leur permettant de poursuivre leur scolarité dans un contexte particulièrement difficile. Son action a été saluée comme un exemple remarquable en période si difficile.

    De son côté, Rose Mukankomeje a insisté sur le rôle central de l’éducation dans la préservation de la mémoire. Elle a appelé les jeunes à s’approprier l’histoire du pays, à la comprendre en profondeur et à la transmettre fidèlement. Elle a également plaidé pour un renforcement de l’enseignement de l’histoire dans les établissements scolaires.

    Les échanges ont également mis en avant la nécessité de promouvoir un leadership intègre, de lutter contre la corruption et de défendre les valeurs de justice et d’équité. Pour les intervenants, il s’agit de conditions essentielles pour écrire une nouvelle page de l’histoire du Rwanda.

    Dans le même esprit, Landouald Gahamanyi a rappelé l’importance de l’amour de la patrie et de la vigilance, afin d’éviter toute rechute dans les dérives du passé.

    Ponctuée par des chants commémoratifs interprétés par une chorale réunissant des artistes rwandais dans la cérémonie qui a mêlé recueillement, hommage et réflexion.

  • “Le génocide commence par des idées” : Le ministre Bizimana alerte sur la résurgence de l’idéologie génocidaire dans la région

    Ce 8 avril 2026, l’Intare Conference Arena accueille une conférence internationale sur la prévention du génocide, organisée dans le cadre de la 32e commémoration du génocide contre les Tutsi au Rwanda et du 30e anniversaire d’IBUKA, l’association des rescapés.

    L’événement a réuni des centaines de participants, parmi lesquels de hauts responsables gouvernementaux, des membres du corps diplomatique, des chercheurs, des universitaires, des survivants ainsi que des amis du Rwanda. La Première Dame, Jeannette Kagame, y prend part, marquant l’importance accordée à la mémoire et à la prévention.

    La conférence vise à renforcer l’engagement mondial contre l’idéologie du génocide et le négationnisme, tout en consolidant le rôle central de la société civile, en particulier des organisations de survivants, dans la préservation de la mémoire, la transmission de la vérité et l’éducation.

    Cette conférence internationale se veut ainsi une plateforme scientifique de réflexion sur le génocide, visant à analyser les mécanismes de sa résurgence, notamment dans la région des Grands Lacs, et à proposer des réponses concrètes.

    Une alerte sur la persistance de l’idéologie génocidaire

    Dans son allocution d’ouverture, le ministre de l’Unité nationale et de l’Engagement civique, Dr Jean-Damascène Bizimana, a mis en garde contre la persistance de l’idéologie du génocide, qu’il accuse d’être aujourd’hui soutenue et relayée ouvertement par certains dirigeants de la République démocratique du Congo.

    Il a dénoncé l’indifférence du continent africain face à l’obligation de réprimer le crime de génocide, affirmant que, depuis 32 ans, aucun État africain n’a jugé sur son territoire un seul auteur du génocide contre les Tutsi, malgré les nombreux mandats d’arrêt internationaux émis par le Rwanda.

    Le ministre a également souligné la singularité du génocide contre les Tutsi, qu’il qualifie de dernier crime majeur ayant marqué la fin du XXe siècle, et le seul de cette ampleur sur le continent africain.

    Dans une approche qu’il a voulue scientifique, Dr Bizimana a rappelé que le Tribunal pénal international pour le Rwanda a qualifié ce génocide de “fait international de notoriété publique”, ce qui implique pour les États une obligation de prévention, de coopération et de lutte contre le négationnisme.

    Il a par ailleurs évoqué la participation de femmes dans la planification et l’exécution du génocide, citant notamment l’exemple de Pauline Nyiramasuhuko, ancienne ministre de la Famille, pour illustrer ce qu’il a décrit comme une “sanglante réalité”.

    Indifférence, négationnisme et montée des discours de haine

    Le ministre a dénoncé une “autre faillite”: l’absence de poursuites judiciaires contre les génocidaires présents dans plusieurs pays africains, malgré leur identification.

    Il a également mis en garde contre un regain du négationnisme et une expansion de l’idéologie génocidaire, amplifiés par les réseaux sociaux.

    Évoquant la situation actuelle, il a accusé certains responsables congolais de tenir des propos relevant du négationnisme, citant notamment le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya. Il a comparé les Forces démocratiques de libération du Rwanda à des “néonazis africains”, dénonçant leur rôle dans la propagation de cette idéologie.

    Selon lui, les dynamiques observées aujourd’hui en RDC présentent des similitudes inquiétantes avec celles du Rwanda entre 1990 et 1994. Il s’est interrogé sur l’inaction internationale, malgré l’existence d’un arsenal juridique solide mis en place notamment à l’échelle de l’Organisation des Nations unies.

    Le génocide commence par des idées

    Intervenant également lors de la conférence, Dani Dayan, président du Yad Vashem, a insisté sur la dimension préventive de la mémoire.

    “Le génocide ne commence pas par les massacres, mais par des idées meurtrières”, a-t-il déclaré, soulignant que la tragédie rwandaise réside autant dans les actes commis que dans l’inaction qui les a précédés.

    Il a appelé à traduire le devoir de mémoire en courage politique afin qu’aucun peuple ne soit à nouveau abandonné face à la haine.

    Échec de la communauté internationale

    De son côté, le conseiller spécial du Secrétaire général de l’ONU pour la prévention du génocide, Chaloka Beyani, a reconnu l’échec de la communauté internationale en 1994.

    Il a rappelé que le génocide est un crime visant à détruire un groupe en raison de son identité et qu’il ne peut se produire sans défaillance ou complicité des États. “C’est un processus qui prend du temps à être planifié et exécuté, ce qui offre une opportunité de prévention”, a-t-il expliqué.

    Selon lui, en 1994, des informations crédibles avaient été transmises à l’ONU, à l’Union africaine et à des puissances internationales capables d’intervenir. Pourtant, malgré ces alertes, aucune action décisive n’a été entreprise pour empêcher le génocide.

    Il a toutefois insisté sur le fait que le génocide peut être évité lorsqu’il existe une volonté politique réelle.

  • Kwibuka32: Dr Jean-Damascène Bizimana dénonce l’inaction internationale face aux violences contre les Tutsi en RDC

    Chaque année, le 7 avril marque la Journée internationale de réflexion sur le génocide contre les Tutsi. Cette commémoration intervient cette année dans un contexte régional particulièrement tendu, marqué par des violences persistantes en RDC, tandis que la communauté internationale est appelée à agir pour prévenir de nouvelles tragédies.

    Le ministre rwandais de l’Unité nationale et de l’Engagement civique, Jean-Damascène Bizimana, a vivement critiqué l’inaction de la communauté internationale face aux violences persistantes visant les Tutsi en République démocratique du Congo, pointant particulièrement la responsabilité de l’Organisation des Nations unies.

    Selon lui, malgré les nombreuses résolutions adoptées après le génocide contre les Tutsi au Rwanda, les engagements pris pour prévenir de telles tragédies restent largement inappliqués. Il déplore que l’ONU continue d’ignorer les massacres, les déplacements forcés et les persécutions dont sont victimes les Tutsi congolais, notamment sous l’action des Forces démocratiques de libération du Rwanda, un groupe armé qualifié de terroriste.

    Dr Bizimana rappelle que des commissions d’enquête onusiennes ont déjà reconnu que les mécanismes internationaux n’avaient pas su empêcher le génocide de 1994, malgré des signaux d’alerte évidents. L’Union africaine a, elle aussi, conclu que cette tragédie aurait pu être évitée si la communauté internationale avait agi avec détermination.

    Il souligne que plusieurs décisions du Conseil de sécurité, dont la résolution 1804 adoptée en 2008, exigeaient le désarmement immédiat des FDLR, des ex-FAR et des milices Interahamwe, ainsi que l’arrêt de tout soutien financier ou logistique à ces groupes. Toutefois, ces mesures restent, selon lui, lettre morte.

    Accusations contre Kinshasa et passivité internationale

    Le ministre accuse les autorités congolaises de ne pas respecter ces résolutions, allant jusqu’à intégrer des éléments des FDLR au sein de leurs forces armées, avec la passivité de la mission de l’ONU en RDC, MONUSCO. Il compare cette situation à l’inaction de la MINUAR lors de la préparation du génocide de 1994.

    Par ailleurs, il dénonce un climat croissant de discours de haine visant les Tutsi en RDC, qu’il rapproche de celui observé au Rwanda entre 1990 et 1994.

    Une série de propos alarmants

    À l’appui de ses déclarations, Dr Bizimana cite plusieurs exemples de prises de parole publiques jugées préoccupantes. Il rappelle qu’en août 1997, l’ancien ministre des Affaires étrangères congolais, Abdoulaye Yerodia Ndombasi, avait appelé à tuer les Tutsi, les qualifiant de nuisibles à éliminer.

    Plus récemment, en 2023, le député Justin Batakwira a affirmé à la télévision qu’«un Tutsi est un criminel par nature». Le 31 mai 2024, un chef de milice Maï-Maï, Benoît Mukumbatiya, a diffusé une vidéo déclarant qu’«un véritable Tutsi est celui qui est mort et enterré».

    Le 4 juillet 2024, le porte-parole du gouvernement congolais, Patrick Muyaya, a tenu des propos assimilant les Tutsi à des criminels. Le 24 novembre 2024, l’ancien ministre de la Justice, Constant Mutamba, a, lors d’un déplacement à Goma, appelé à tuer des Tutsi en ciblant en priorité les dirigeants rwandais.

    Enfin, le 28 décembre 2025, le porte-parole des forces armées congolaises, Sylvain Ekenge, a été accusé d’avoir tenu des propos incitant à la haine contre les femmes tutsi sur une chaîne nationale.

    Des signes ignorés, comme avant 1994

    Pour Dr Bizimana, ces déclarations s’inscrivent dans un schéma inquiétant de banalisation de la haine et de l’idéologie génocidaire. Il estime que, comme avant 1994, de nombreux signaux d’alerte sont aujourd’hui ignorés par la communauté internationale.

    Il évoque également la situation des réfugiés congolais, dont certains vivent en exil depuis plus de trois décennies après avoir été chassés par des groupes armés liés aux auteurs du génocide de 1994.

    Malgré ces préoccupations, le ministre salue les efforts du Rwanda pour garantir la sécurité de sa population et accueillir les personnes menacées. Il souligne que de nombreux rescapés ont retrouvé espoir grâce à la stabilité du pays.

    «Nous nous souvenons et nous nous engageons à ce que rien ne détruise à nouveau le Rwanda sous notre regard», a-t-il affirmé.

  • “Le génocide ne se reproduira plus jamais ici”: Kagame réaffirme la détermination du Rwanda

    Dans une atmosphère de recueillement empreinte de gravité, le président de la République, Paul Kagame, s’est adressé à la nation et au monde, ce mardi 7 avril 2026, depuis l’amphithéâtre du Kigali Genocide Memorial à Gisozi, à l’occasion du lancement officiel de la période de commémoration du génocide perpétré contre les Tutsi en 1994.

    Devant un parterre de diplomates accrédités à Kigali, d’amis du Rwanda venus s’associer à ce moment de mémoire, de membres du gouvernement et du Parlement, des représentants des associations de rescapés, ainsi que le public présent, le Chef de l’État a livré un discours dense, mêlant mémoire, vérité et détermination. L’événement était suivi en direct au Rwanda comme à l’international, à travers les médias nationaux et les plateformes numériques.

    Le président Kagame s’est exprimé d’abord en kinyarwanda, avant de poursuivre en anglais.

    Kwibuka, un acte de mémoire et de reconstruction

    Dans son allocution, le président Kagame a rappelé la portée profonde de Kwibuka pour le Rwanda. Il a souligné que la commémoration est un moment pour affronter le passé, surmonter les divisions et puiser dans la force des survivants. Ces derniers, a-t-il affirmé, constituent une source essentielle d’humanité qui nourrit l’âme de la nation.

    Le Chef de l’État a tenu à leur adresser un message clair: ils ne sont pas seuls, et la nation reste à leurs côtés.

    Il a également insisté sur le fait que les progrès réalisés par le Rwanda reposent sur un choix collectif : celui de l’unité et d’un objectif commun. Chaque Rwandais, selon lui, a contribué à la renaissance du pays.

    Face au négationnisme : la vérité ne changera pas

    Le président Kagame a dénoncé les tentatives de déformation de l’histoire du génocide, notamment par certains acteurs à l’étranger.

    Selon lui, ceux qui espèrent réécrire l’histoire font face à une tâche impossible: la vérité demeure, et les faits ne peuvent être altérés.

    Le Chef de l’État est revenu sur certaines défaillances majeures de la communauté internationale en 1994.

    Il a notamment rappelé que 2 000 Tutsi avaient été abandonnés par les Casques bleus à l’École technique officielle (ETO) de Kicukiro, illustrant l’inaction internationale face à l’urgence.

    Il a également souligné que des moyens existaient pour empêcher la propagation des messages de haine diffusés par certaines radios appelant aux massacres. Des équipements, y compris des avions capables de brouiller ces émissions, étaient disponibles.

    Cependant, des prétextes ont été avancés, notamment liés à la souveraineté du Rwanda et aux coûts jugés trop élevés, empêchant toute intervention efficace.

    Le président Kagame a rappelé que c’est le Front patriotique rwandais (FPR) qui a mené la lutte contre le génocide et y a mis fin, tout en exprimant un profond regret : ne pas avoir pu intervenir plus tôt pour sauver davantage de vies.

    Il a souligné que ces circonstances tragiques ont façonné la culture et le caractère de l’actuelle armée rwandaise (RDF), dont l’engagement dans les missions de paix à l’étranger est aujourd’hui largement reconnu.

    “Les temps ont changé” : une promesse de protection

    Le président Kagame a martelé un message central, sans equivoque: “Les temps ont changé. Plus jamais personne ne mourra ainsi.” Il a affirmé qu’aucun Rwandais ne subira à nouveau une telle tragédie.

    Dans une formule forte, il a déclaré qu’on ne peut pas tuer une personne deux fois, et que toute tentative en ce sens se heurterait à une riposte avant même d’aboutir.

    Le Chef de l’État a étendu cette idée à la nation elle-même : le Rwanda ne peut pas mourir deux fois. Toute menace contre son existence trouvera une réponse ferme.

    Il a insisté sur la protection des générations présentes et futures : ni les adultes ni les enfants ne seront à nouveau victimes de telles violences.

    Le Rwanda, a-t-il affirmé, vivra comme tout peuple digne, librement et sans demander la permission à quiconque.

    Un message de fermeté face aux critiques et aux tensions régionales

    Évoquant les défis actuels, le président Kagame a affirmé qu’aucune sanction ni pression extérieure ne saurait ternir l’honneur et l’intégrité des forces de défense rwandaises, qu’il a décrites comme parmi les plus respectées.

    Il a dénoncé ce qu’il considère comme une injustice et indiqué son intention de porter cette question des sanctions au plus haut niveau.

    Revenant sur l’expérience du génocide, il a rappelé une réalité brutale: à l’époque, la vie des Rwandais ne comptait pas aux yeux de certains acteurs internationaux. Une leçon douloureuse, mais durablement ancrée dans la mémoire nationale. Il a insisté sur le fait que la protection des civils reste une priorité absolue.

    Le génocide ne peut plus se produire ici

    Le président Kagame a réaffirmé avec force: Le génocide ne peut plus se produire ici. Cela n’arrivera pas.”

    Il a évoqué certaines dynamiques régionales, notamment des regroupements de personnes à l’étranger et à Kinshasa, y compris des figures liées à l’ancien régime, qu’il a qualifiés de “simple bruit”.

    Selon lui, ces initiatives ne peuvent en aucun cas conduire à une répétition de l’histoire. Il a assuré que chaque Rwandais, jeune ou adulte, partage cette même détermination à empêcher toute résurgence de l’idéologie génocidaire.

    Un appel à l’unité et à la responsabilité internationale

    Dans la suite de son discours, le président Kagame a souligné que la force du Rwanda repose sur l’unité de son peuple et sur la conviction que chaque citoyen a droit à la sécurité, à la dignité et à la paix, en harmonie avec ses voisins.

    Il a appelé les partenaires internationaux à soutenir les efforts de lutte contre l’extrémisme, plutôt que de sanctionner le Rwanda pour sa volonté de se défendre.

    Pour lui, les générations futures méritent plus que la survie: elles doivent hériter d’un pays sûr, uni, ambitieux, ainsi que d’une Afrique intégrée et confiante.

  • Le président Kagame a lancé la semaine de deuil national au site mémorial de Kigali

    Dans un moment de profonde solennité et de recueillement, le president Paul Kagame, accompagné de la Première Dame Jeannette Kagame, a procédé ce 7 avril au lancement officiel de la semaine de deuil national, marquant le début des 100 jours de commémoration du génocide perpétré contre les Tutsi en 1994.

    La cérémonie s’est tenue au Kigali Genocide Memorial, lieu de mémoire où reposent plus de 250 000 victimes.

    Dépôt de gerbes: un hommage aux victimes

    Les activités de la journée ont débuté par le dépôt de gerbes de fleurs sur les tombes des victimes.
    Dans un geste empreint de dignité, le Chef de l’État et la Première Dame ont rendu hommage à plus d’un million de vies fauchées durant le génocide.

    Ils ont été rejoints par plusieurs invités de marque, dont la doyenne du corps diplomatique accrédité au Rwanda, ainsi que des représentants des rescapés, notamment ceux des organisations Ibuka et AVEGA.

    Ensemble, ils ont posé ce geste symbolique, traduisant à la fois le souvenir des disparus et la solidarité envers les survivants.

    Allumage de la flamme du souvenir

    Moment central de la cérémonie: l’allumage de la flamme d’espoir par le président Paul Kagame et la Première Dame.

    Cette flamme, appelée à brûler pendant 100 jours, symbolise la durée du génocide et incarne à la fois la mémoire, l’espoir et la résilience du peuple rwandais.

    Elle se veut également un rappel constant du devoir de mémoire, invitant à honorer le passé, à préserver les acquis du présent et à bâtir un avenir fondé sur l’unité et la paix.

    Un message de fermeté face au négationnisme

    Dans son allocution, le président Kagame a tenu un discours marqué par la lucidité et la fermeté.

    S’appuyant sur des témoignages et des faits historiques, il a dénoncé les discours négationnistes, estimant que leurs auteurs « ont une tâche difficile », notamment ceux opérant depuis l’étranger, dans un contexte où la vérité continue de s’imposer.

    Le Chef de l’État a insisté sur une certitude: le Rwanda ne revivra plus jamais une telle tragédie.
    Il a affirmé avec force que ni les générations actuelles ni futures ne seront à nouveau victimes d’une telle violence.

    Leçons du passé et responsabilité internationale

    Le président rwandais est également revenu sur certaines défaillances de la communauté internationale en 1994, évoquant notamment l’abandon de milliers de Tutsi à Kicukiro par les casques bleus, ainsi que l’inaction face aux médias de haine qui appelaient aux massacres.

    Il a rappelé que des moyens existaient pour empêcher la propagation de ces messages, mais que des prétextes politiques, invoquant la souveraineté et les coûts, ont finalement prévalu.

    Le rôle du Front patriotique rwandais dans l’arrêt du génocide a été souligné, tout en regrettant que l’intervention n’ait pas pu intervenir plus tôt pour sauver davantage de vies.

    “Plus jamais ça”, une détermination renouvelée

    Évoquant le présent et les défis régionaux, le président Kagame a mis en garde contre les discours de haine persistants, tout en dénonçant certaines tentatives de manipulation et de déstabilisation.

    Il a réaffirmé que la protection des civils reste une priorité absolue et que le Rwanda ne tolérera plus jamais les conditions ayant conduit au génocide.

    “Le génocide ne peut plus se reproduire ici. Cela n’arrivera pas”, a-t-il martelé.

  • Kwibuka32: le monde se tient aux côtés du Rwanda pour honorer la mémoire des victimes du génocide perpétré contre les Tutsi

    À l’occasion de la 32e commémoration du génocide perpétré contre les Tutsi en 1994, la communauté internationale adresse des messages de solidarité, de mémoire et d’engagement au Rwanda et à son peuple. Des Nations Unies à l’Union africaine, en passant par le Réseau international Recherche et Génocide (RESIRG), tous ont rappelé l’impératif de tirer les leçons du passé pour protéger l’avenir.

    Un hommage mondial aux victimes et aux survivants

    À l’occasion de la Journée internationale de réflexion, le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a appelé à une vigilance accrue face aux discours de haine et aux violences. “Nous devons tirer les leçons des échecs du passé et protéger les vivants — en rejetant la haine, les discours incendiaires et l’incitation à la violence”, a-t-il déclaré, tout en rendant hommage aux victimes et aux survivants.

    Dans le même esprit, l’Organisation des Nations Unies a réaffirmé son soutien indéfectible au peuple rwandais. Elle rappelle qu’en 1994, plus d’un million de personnes ont été tuées en moins de trois mois.

    L’ONU souligne aujourd’hui l’importance de ne pas laisser “la peur, la division ou le silence définir notre avenir”.

    L’UA mobilisée autour du devoir de mémoire

    De son côté, l’Union africaine organise une commémoration officielle à son siège d’Addis-Abeba, en Éthiopie.

    Depuis 2010, l’organisation panafricaine commémore chaque année cette tragédie, avec pour objectif de sensibiliser les peuples africains et la communauté internationale à la valeur de la vie humaine et à la nécessité de défendre les droits fondamentaux.

    Les cérémonies prévues incluent notamment une marche du souvenir, l’allumage de la flamme de la mémoire et le lancement d’un mémorial virtuel des droits humains. L’événement réunira des représentants d’États membres, des diplomates, des institutions religieuses, des organisations internationales et des acteurs de la société civile.

    Au-delà du recueillement, l’Union africaine insiste sur l’urgence de lutter contre l’idéologie du génocide, les discours de haine et les crimes contre l’humanité, tout en saluant le parcours du Rwanda en matière de réconciliation et de reconstruction nationale.

    Le RESIRG appelle à la vigilance et à l’éducation

    Dans son communiqué, le Réseau international Recherche et Génocide rappelle la gravité des événements survenus entre le 7 avril et le 4 juillet 1994, qualifiés d’”abominables”, ayant coûté la vie à plus d’un million de Tutsi.

    L’organisation souligne également le rôle déterminant du Front patriotique rwandais dans l’arrêt du génocide et la reconstruction du pays.

    Trente-deux ans après, le RESIRG met en garde contre la persistance de la haine, notamment dans certains pays de la région, et alerte sur l’amplification des discours haineux à l’ère des réseaux sociaux et de l’intelligence artificielle.

    Pour prévenir de telles tragédies, le réseau insiste sur l’importance de la recherche, de la justice et surtout de l’éducation. S’appuyant sur les principes de l’UNESCO, il rappelle que “les guerres prenant naissance dans l’esprit des hommes, c’est dans l’esprit des hommes que doivent être élevées les défenses de la paix”.

    Au-delà des hommages, tous ces messages convergent vers une même exigence: ne jamais oublier et agir pour que de tels crimes ne se reproduisent plus.

  • Nuit du 6 au 7 avril 1994 au CND: le témoignage poignant de Tito Rutaremara face au basculement du Rwanda

    Récit recueilli par Mike Urinzwenimana, journaliste

    Dans la nuit du 6 au 7 avril 1994, alors que le Rwanda bascule dans l’une des périodes les plus sombres de son histoire, les responsables du Front patriotique rwandais (FPR-Inkotanyi), cantonnés au Conseil national de développement (CND) à Kigali — aujourd’hui siège du Parlement — vivent des heures d’angoisse, d’incertitude et de décisions cruciales.

    Hon. Tito Rutaremara, alors coordinateur du FPR-Inkotanyi et acteur direct de ces événements, livre un témoignage saisissant de cette nuit où tout a changé.

    Le CND, carrefour d’échanges avant la tragédie

    Avant cette nuit dramatique, le CND était un lieu de rencontres et d’échanges permanents. Diplomates, journalistes, représentants d’ONG, membres de la société civile et responsables religieux s’y rendaient régulièrement. De nombreux citoyens rwandais venaient également rencontrer les soldats du FPR-Inkotanyi et dialoguer avec eux.

    Mais dans la nuit du 6 avril 1994, la situation bascule brutalement.

    Lorsque l’avion du président Juvénal Habyarimana est abattu près de Kigali, l’information ne parvient pas immédiatement aux occupants du CND. Seul un soldat posté sur le toit du bâtiment signale avoir aperçu une lueur dans le ciel, sans pouvoir en identifier la nature.

    Ce sont finalement les appels téléphoniques de civils, notamment des habitants proches de l’aéroport de Kanombe, qui confirment la nouvelle. Rapidement, les médias nationaux dont la RTLM, Radio Rwanda et les médias internationaux relaient l’information.

    Les premiers massacres et une stratégie ciblée

    Très vite, des appels alarmants affluent: des milices Interahamwe et des éléments de la garde présidentielle commencent à assassiner des Tutsi et des leaders politiques de l’opposition.

    Selon Rutaremara, les premières cibles incluent notamment le Premier ministre et le ministre de l’Information. L’objectif est clair: empêcher toute communication officielle à la radio pour informer la population et rappeler les dispositions des accords de paix d’Arusha.

    Ces accords prévoyaient, en cas de crise majeure, la réunion d’un comité politico-militaire mixte composé de représentants du gouvernement et du FPR pour décider des mesures à prendre. Mais cette procédure ne sera jamais respectée.

    Le CND sous les tirs

    Aux alentours de 22 heures, le CND est pris pour cible par des tirs. Les forces du FPR déploient immédiatement un dispositif défensif autour du bâtiment, notamment au niveau du rond-point stratégique, pour empêcher toute intrusion des forces gouvernementales.

    Aucun soldat des FAR ne parviendra à pénétrer dans le périmètre.

    À l’intérieur, la tension est extrême. Chacun tente de comprendre la situation, de recueillir des informations et de réagir face à l’ampleur des événements.

    Des appels désespérés pour arrêter les massacres

    Vers deux heures du matin, Tito Rutaremara entame une série d’appels téléphoniques pour tenter d’obtenir une intervention.

    Il contacte d’abord Jacques-Roger Booh-Booh, représentant spécial du Secrétaire général des Nations unies au Rwanda. Celui-ci affirme ne pas être informé de la situation.

    Rutaremara appelle ensuite le général Roméo Dallaire, commandant de la MINUAR. Ce dernier lui indique qu’une réunion vient de se tenir à l’ambassade de France, réunissant plusieurs hauts responsables militaires et diplomatiques. Une structure militaire de crise aurait été mise en place, dirigée par le général Gatsinzi, assisté du général Ndindiliyimana.

    Mais dans les faits, c’est Ndindiliyimana qui assure le commandement.

    Une chaîne de responsabilités opaque

    Contacté directement, le général Ndindiliyimana renvoie Rutaremara vers le colonel Théoneste Bagosora, présenté comme le seul capable de faire cesser les violences.

    Rutaremara l’appelle immédiatement. Bagosora promet d’”examiner la situation” avant de raccrocher. Une heure plus tard, toujours aucune amélioration. Lors d’un second appel, il se contente de répondre: “la situation est grave”, avant de couper court à la conversation.

    Ces échanges, restés sans effet, illustrent l’absence de volonté d’interrompre les massacres en cours .

    Isolement total au matin du 7 avril

    Au petit matin, toutes les lignes téléphoniques commençant par le chiffre 8 — celles utilisées dans la zone de Remera où se trouve le CND — sont coupées. Les responsables du FPR se retrouvent totalement isolés, incapables de communiquer avec l’extérieur.

    Ils doivent désormais recourir à des moyens de communication alternatifs, notamment radio. Cette nuit-là, personne ne dort.

    Le témoignage de Tito Rutaremara met en lumière une réalité brutale: dès les premières heures suivant l’attentat contre l’avion présidentiel, les massacres étaient déjà en cours, organisés et ciblés.

    Malgré les appels à l’aide et les tentatives d’alerte, aucune action concrète n’a été entreprise pour les stopper.

    Cette nuit du 6 au 7 avril 1994 restera à jamais comme celle où le Rwanda a basculé dans l’horreur.

  • Kwibuka 32: RMC encadre la couverture médiatique pour une mémoire digne et responsible

    À l’approche de la 32ᵉ commémoration du génocide perpétré contre les Tutsi en 1994, la Commission Rwandaise des Média (RMC) a publié, le 5 avril 2026, une série de directives encadrant le travail des médias durant toute la période de deuil national. Objectif: garantir une couverture professionnelle, respectueuse et conforme aux lois, dans un contexte de mémoire nationale particulièrement sensible.

    Ces directives s’appuient notamment sur la loi régissant les médias au Rwanda ainsi que celle relative à la commémoration du génocide. Elles tiennent également compte des orientations du ministère de l’unité nationale et de l’engagement civique (MINUBUMWE).

    Institution indépendante chargée de veiller au respect de l’éthique journalistique et de l’intérêt public, RMC rappelle le rôle crucial des médias dans la préservation de la mémoire, la promotion de l’unité et la lutte contre l’idéologie du génocide.

    Des principes stricts pour une information responsable

    Durant la période de commémoration, les médias sont appelés à respecter des principes fondamentaux:

    • dire la vérité et respecter les faits historiques ;
    • honorer la mémoire des victimes et respecter les survivants ;
    • promouvoir l’unité nationale et la résilience ;
    • lutter contre le négationnisme et l’idéologie du génocide ;
    • se conformer aux règles professionnelles et juridiques.

    L’usage des mots est particulièrement encadré. Les journalistes doivent employer l’expression officielle “génocide perpétré contre les Tutsi en 1994” et éviter tout langage pouvant déformer, minimiser ou nier les faits.

    Informer sans sensationalisme ni atteinte à la dignité

    RMC insiste sur la nécessité d’une couverture équilibrée et pédagogique. Les médias sont invités à produire des contenus expliquant l’historique, les causes et les conséquences du génocide, tout en relayant le thème national : «Kwibuka Twiyubaka» (Se souvenir, Bâtir, Ensemble).

    Les témoignages de survivants doivent être diffusés dans le respect de leur dignité et de leurs droits. Toute exploitation émotionnelle excessive ou sensationnaliste est proscrite. De même, les images ou contenus susceptibles de heurter la sensibilité du public doivent être évités ou précédés d’avertissements.

    Une couverture active des activités de commémoration

    Les organes de presse sont encouragés à couvrir l’ensemble des activités de Kwibuka, tant au niveau national que local, dans le respect des programmes officiels. Ils doivent notamment :

    • relayer les cérémonies officielles et communautaires ;
    • valoriser les échanges au sein des communautés ;
    • contribuer à la diffusion des activités tout au long des 100 jours de commémoration.

    Ils sont également tenus de ne pas perturber le déroulement des cérémonies et de faire preuve de retenue et de respect en toutes circonstances.

    Des programmes adaptés pendant la semaine de commémoration

    Durant la semaine du 7 au 13 avril, les médias doivent adapter leurs grilles de programmes. Les contenus de divertissement inappropriés sont suspendus au profit d’émissions consacrées à la mémoire, aux témoignages et aux débats de fond.

    Une attention particulière est accordée à la couverture d’événements spécifiques, notamment les commémorations dans les villages, les écoles, les institutions publiques et les représentations diplomatiques, ainsi que les hommages aux victimes et à ceux qui se sont opposés au génocide.

    Encadrement des contenus et des réseaux sociaux

    Les médias sont également appelés à renforcer le contrôle de leurs plateformes numériques. Ils doivent lutter activement contre les discours de haine, le négationnisme et la désinformation, tout en prenant des mesures rapides pour corriger tout contenu inapproprié.

    Par ailleurs, les journalistes sont tenus de vérifier rigoureusement leurs sources, d’éviter toute forme de partialité ou d’exagération et de se conformer strictement au code de déontologie de la profession.

    Préserver la mémoire pour les générations futures

    Au-delà de la couverture immédiate, RMC encourage les médias à archiver soigneusement les contenus produits — images, sons et témoignages — afin de contribuer à la transmission de l’histoire et à la recherche.

    Certains de ces contenus devront être partagés avec les institutions compétentes, notamment pour enrichir les ressources éducatives et mémorielles.

    Enfin, les médias sont appelés à travailler en étroite collaboration avec les institutions concernées afin de contribuer à une meilleure compréhension et à une participation active des citoyens aux activités de commémoration.

    À travers ces orientations, la Rwanda Media Commission rappelle que couvrir Kwibuka ne relève pas d’un exercice journalistique ordinaire. Il s’agit d’un devoir de mémoire, exigeant rigueur, sensibilité et responsabilité.

  • Éditorial | Kwibuka 32: Se souvenir pour bâtir, ensemble, un avenir inviolable

    Le 7 avril 2026, le Rwanda entre dans une nouvelle période de recueillement, marquant la 32ᵉ commémoration du génocide perpétré contre les Tutsi en 1994. Cette date, consacrée également comme Journée internationale de réflexion par les Nations Unies, rappelle le début d’une tragédie au cours de laquelle plus d’un million de personnes ont été exterminées en l’espace de cent jours .

    Placée sous le thème permanent “Kwibuka Twiyubaka”Se souvenir, bâtir, ensemble — cette semaine commémorative, du 7 au 13 avril, s’inscrit dans une dynamique à la fois de mémoire, de résilience et de responsabilité collective.

    À travers tout le pays, les Rwandais se rassemblent sur les sites mémoriaux, là où reposent les victimes, pour honorer leur mémoire avec dignité. Dépôts de gerbes de fleurs, journées de recueillement, témoignages de survivants, chants commémoratifs et conférences rythment ces journées. Dans les villages, les échanges communautaires permettent de transmettre l’histoire, de renforcer l’unité et de consolider le socle de la réconciliation nationale.

    Comme chaque année, une cérémonie nationale solennelle ouvre cette semaine au Mémorial de Gisozi, à Kigali, symbole de mémoire et d’engagement. À cette occasion, la flamme d’espoir est allumée et illuminera le pays pendant 100 jours, en mémoire de la durée du génocide et en hommage aux victimes.

    La clôture, prévue le 13 avril à Rebero, rend hommage aux responsables politiques assassinés durant le génocide, rappelant que l’extermination visait aussi à anéantir toute voix de modération et de justice.

    Kwibuka n’est pas qu’un moment de souvenir: c’est une interpellation. Une interpellation face à l’histoire, mais aussi face au présent. Car, trente-deux ans après, les idéologies qui ont nourri le génocide n’ont pas totalement disparu. Elles mutent, se diffusent, parfois au-delà des frontières.

    À l’est de la République démocratique du Congo, les discours de haine visant les Tutsi congolais, les violences répétées et la stigmatisation des populations rwandophones ravivent les échos d’un passé que l’on croyait révolu. Cette réalité rappelle que le génocide contre les Tutsi ne fut pas seulement un événement national, mais une tragédie humaine dont les leçons restent universelles.

    Dans ce contexte, le “Plus jamais ça” ne peut être un simple slogan. Il doit se traduire en actes concrets: lutte contre l’idéologie génocidaire, éducation des jeunes générations, vigilance face aux discours de haine, et engagement ferme de la communauté internationale.

    Se souvenir, c’est refuser l’oubli. Bâtir, c’est reconstruire sur les fondations de la vérité.
    Ensemble, c’est reconnaître que la paix et la dignité humaine sont une responsabilité partagée.

    En ce temps de mémoire, La redaction de “La Une” s’incline devant les victimes, rend hommage aux survivants.

    Se souvenir, au Rwanda, n’est pas un regard tourné vers le passé: c’est un engagement pour l’avenir.

    La Rédaction.

  • Pâques 2026: les évêques du Rwanda alertent sur la montée de l’abandon de la foi

    Dans leur message adressé aux fidèles à l’occasion de Pâques 2026, les évêques catholiques du Rwanda ont exhorté les chrétiens à ne pas prêter attention aux discours de ceux qui ont abandonné la foi et qui s’efforcent de freiner l’évangélisation.

    Ce message, lu dans toutes les paroisses du pays, met en garde contre une montée d’attitudes hostiles à la foi chrétienne. Les évêques dénoncent notamment l’influence de personnes ayant renoncé à la religion, qui incitent d’autres à faire de même.

    Ils soulignent que “nombreux sont ceux qui ont abandonné le christianisme et encouragent les autres à en faire autant”.

    Selon eux, cette tendance, portée par ce qu’ils qualifient de “forces des ténèbres”, prend de l’ampleur dans les esprits, notamment à travers les réseaux sociaux et certaines prises de parole publiques où la foi est ouvertement tournée en dérision.

    Dans un passage marquant, les évêques établissent un lien entre foi et histoire nationale :“Le génocide perpétré contre les Tutsi a été comme une mesure du manque de christianisme et d’intégrité. Les témoins de la foi ont été rares, et l’alliance du baptême a été trahie en de nombreux endroits.”

    Les évêques pointent également du doigt la recherche excessive des biens matériels, qu’ils considèrent comme l’un des principaux facteurs d’éloignement de Dieu. “Aujourd’hui, beaucoup de choses nous aveuglent et nous empêchent de servir Dieu avec zèle. L’amour des biens matériels a pris le dessus sur l’amour de Dieu”, déplorent-ils.

    Ils dénoncent une vision de plus en plus matérialiste de la société, où l’accent est mis uniquement sur les intérêts économiques, au détriment de la vie spirituelle et du salut des âmes.

    Face à cette situation, les évêques appellent les fidèles à faire preuve de courage, à résister à ces influences et à continuer de témoigner de leur foi en Jésus-Christ, “chemin, vérité et vie”. Ils rappellent que Pâques est une lumière qui doit triompher du doute et du mal : “Que la lumière de Pâques vainque l’incrédulité et les forces des ténèbres”.

    Ils encouragent également les chrétiens à ne pas se laisser décourager par les obstacles à l’évangélisation et à garder l’espérance de la vie éternelle.

    Le message évoque par ailleurs un contexte marqué par des interrogations croissantes sur la liberté de culte au Rwanda. Parmi les faits relevés figurent la fermeture de certains lieux de culte ne répondant pas aux normes requises, la non-réouverture de certains malgré leur mise en conformité, ainsi que des restrictions sur certaines pratiques religieuses, comme les processions publiques.

    Les évêques ont abordé la question de la fermeture de certaines églises, appelant au calme et assurant les fidèles que des efforts sont en cours pour permettre leur réouverture, sans toutefois préciser les démarches entreprises, ni du côté de l’Église ni de celui des autorités publiques.

    Des discours encourageant la population à se détourner de la foi au profit des seules activités économiques sont également mentionnés par des observateurs comme contribuant à affaiblir l’évangélisation.

    Source: KINYAMATEKA