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  • Éditorial – Fête du travail: au-delà du repos, le défi de la résilience et du savoir

    Ce 1er mai 2026, les rues de Kigali et des provinces observent un calme inhabituel. Pas de défilés massifs ni de festivités officielles. Pourtant, derrière ce silence de jour férié, le monde du travail rwandais bouillonne d’une urgence silencieuse mais déterminée. Entre la célébration de Saint Joseph le Travailleur et le message sobre des autorités, le Rwanda est à l’heure des choix stratégiques.

    Dans son message officiel, le Ministère du Travail et de la Fonction Publique a rappelé l’ambition nationale: «Aujourd’hui, 1er mai 2026, le Rwanda se joint au reste du monde pour marquer la Journée internationale du travail sous le thème: “Partenariat pour les compétences, dynamisation de la création d’emplois, promotion de la résilience économique locale”». Ce thème souligne le rôle vital de la collaboration pour faire progresser le développement des compétences et bâtir des économies locales résilientes.

    Face à la crise: Le nouveau modèle de transport à Kigali

    Nous ne vivons pas en autarcie: la flambée des prix pétroliers, exacerbée par la situation en Iran, pèse lourdement sur les coûts de transport. Pour protéger les travailleurs et l’économie, le Rwanda accélère sa transition vers un nouveau modèle de mobilité urbaine, particulièrement à Kigali.

    La stratégie est claire: réduire notre dépendance au carburant coûteux. La priorité est désormais donnée aux bus de grande capacité pour fluidifier le trafic, couplée à une transition rapide vers les véhicules électriques.

    Parallèlement, une nouvelle culture du travail émerge, encourageant la réduction des déplacements non essentiels grâce à la numérisation. Moins de temps perdu dans les bouchons et moins de devises dépensées en pétrole: c’est aussi cela, la résilience économique locale.

    La Vision 2050 et la NST2: Vers l’économie du savoir

    Cette mutation du transport n’est qu’un aspect de la Stratégie Nationale pour la Transformation (NST2). Pour atteindre les sommets de la Vision 2050, le Rwanda doit impérativement réussir sa mutation vers une économie basée sur la connaissance (Knowledge-based economy).

    Avec une population jeune, la création d’emplois ne suffit plus; il faut créer des opportunités à haute valeur ajoutée. La formation technique et numérique est le moteur même de notre survie économique.

    On notera l’absence de message de la Centrale des Syndicats des Travailleurs du Rwanda (CESTRAR) en cette journée. Ce silence syndical contraste avec l’énergie des jeunes Rwandais qui “bossent” sans relâche.

    Ces travailleurs, qui jonglent avec la hausse du coût de la vie et s’adaptent aux nouvelles technologies, sont les véritables piliers de notre nation. Leur capacité à innover face aux crises mondiales est le socle de notre ambition commune.

    En regardant vers 2050, nous comprenons que le travail de demain sera intellectuel, technologique et surtout collaboratif. Le chemin est exigeant, mais la détermination de notre peuple reste notre meilleur atout.

    La Une souhaite une agréable fête du travail à toutes les Rwandaises et à tous les Rwandais. Que cette journée soit pour chacun un moment de réflexion et de fierté pour le travail accompli, et de motivation pour bâtir ensemble un avenir durable.

    Bonne fête à tous!

  • Diplomatie: Kigali lance le compte à rebours du sommet “Africa Forward” prévu à Nairobi

    Une conférence de presse s’est tenue mercredi 30 avril 2026 au siège de l’Ambassade de France au Rwanda pour annoncer la tenue du sommet international “Africa Forward: Partenariats Afrique–France pour l’innovation et la croissance”, prévu les 11 et 12 mai 2026 à Nairobi, au Kenya.

    Coorganisé par la France et le Kenya, ce rendez-vous de haut niveau réunira des chefs d’État, des dirigeants d’entreprises, des investisseurs, des jeunes entrepreneurs ainsi que des représentants de la société civile, dans l’objectif de renforcer les partenariats économiques et technologiques entre l’Afrique et la France.

    Une conférence de presse conjointe à Kigali

    La rencontre avec les médias a été coanimée par l’ambassadrice de France au Rwanda, Aurélie Royet-Gounin, et l’ambassadrice du Kenya au Rwanda, Janet Mwawasi Oben.

    Les deux diplomates ont mis en avant l’importance stratégique de ce sommet, qui ambitionne de repositionner la coopération Afrique–France autour de l’innovation, de l’investissement et d’une croissance inclusive.

    Selon les organisateurs, “Africa Forward” vise à mettre en lumière le potentiel du continent africain en matière d’innovation, dans un contexte mondial marqué par de profondes transformations économiques, technologiques et climatiques.

    Le sommet entend ainsi promouvoir des solutions concrètes et concertées, encourager les partenariats équilibrés, soutenir l’entrepreneuriat des jeunes et stimuler les investissements durables.

    L’ambassadrice de France au Rwanda, Aurélie Royet-Gounin, a souligné que ce sommet marque une nouvelle étape dans les relations entre la France et le continent africain, en mettant l’accent sur des partenariats plus équilibrés et mutuellement bénéfiques.

    Le sommet s’inscrit en effet dans une dynamique de renouvellement des relations Afrique–France, fondée sur l’innovation, la complémentarité économique et la création d’opportunités pour les populations.

    De son côté, l’ambassadrice du Kenya, Janet Mwawasi Oben, a exprimé les ambitions de son pays: “Le Kenya souhaite que ce sommet positionne Nairobi comme un pôle majeur d’innovation et d’investissement en Afrique. Nous attendons des résultats concrets pour les entrepreneurs et les jeunes innovateurs, à travers des partenariats, des financements et des échanges de connaissances.”

    Elle a également insisté sur l’importance d’un développement durable et inclusif à l’échelle du continent.

    Un rendez-vous international de grande envergure

    Le sommet “Africa Forward” devrait rassembler plusieurs milliers de participants, dont des chefs d’État africains et européens, ainsi que de nombreux acteurs économiques et culturels.

    Organisé conjointement par les présidents Emmanuel Macron et William Ruto, cet événement est présenté comme une étape clé vers une coopération plus équilibrée entre l’Afrique et la France, centrée sur l’innovation, la jeunesse et la croissance durable.

    Au-delà des échanges, le sommet ambitionne de déboucher sur des résultats concrets et des engagements opérationnels, marquant ainsi un tournant dans les relations entre les deux parties.

    Les ambassadrices de France et du Kenya au Rwanda, aux côtés de l’artiste chorégraphe Sherrie Silver, le jour de la conférence, Kigali, 29/4/2026 – Photo © Le Canapé
  • Arsenal–Atlético: Kagame en tribune pour un duel sous le label “Visit Rwanda”

    Le Président rwandais Paul Kagame a assisté, mercredi soir, au match aller des demi-finales de la UEFA Champions League opposant Arsenal FC à Atlético Madrid, deux clubs partenaires du programme “Visit Rwanda”.

    La rencontre s’est déroulée au Riyadh Air Metropolitano Stadium, à Madrid, en Espagne, et s’est soldée par un match nul (1-1), à l’issue d’un duel tactique équilibré entre les deux formations.

    Arsenal a ouvert le score à la 44e minute grâce à un penalty transformé par Viktor Gyökeres, après une faute commise dans la surface. L’Atlético Madrid a réagi en seconde période, égalisant à la 56e minute sur penalty par Julián Álvarez, après une main signalée par la VAR.

    Ce résultat laisse la qualification totalement ouverte avant le match retour prévu le 5 mai 2026 à Londres.

    La présence du Président Kagame à cette rencontre s’inscrit dans la stratégie de diplomatie sportive du Rwanda, notamment à travers le programme “Visit Rwanda”, qui lie le pays à certains grands clubs européens.

    Selon une communication officielle de Village Urugwiro publiée le 30 avril 2026, le Chef de l’État a assisté à cette affiche réunissant deux partenaires majeurs du Rwanda dans la promotion du tourisme et de l’image du pays à l’international.

    Le Président Kagame a été accueilli à cette occasion par Enrique Cerezo, président de l’Atlético Madrid, club hôte de la rencontre.

    “Visit Rwanda”: un levier stratégique de visibilité internationale

    Le Rwanda entretient des partenariats solides avec les deux clubs:

    • Avec l’Atlético Madrid, un accord couvre la période 2025–2028, incluant la promotion touristique au stade et sur les supports du club.
    • Avec Arsenal, la collaboration dure depuis plus de huit ans, avec une visibilité sur les manches des joueurs et au Emirates Stadium.

    Lire aussi: Ligue des champions: Paul Kagame assiste à un spectaculaire PSG–Bayern (5–4) à Paris

    Les deux équipes se retrouveront le 5 mai 2026 à Londres pour le match retour, dans une confrontation qui s’annonce décisive pour une place en finale.

  • Avril, entre cendres et lumière: pensée d’une Rwandaise née en avril

    Par Liliane Iradukunda

     Avril,

    Avril me tue.
    Avril me ronge, lentement, insidieusement… et tout commence déjà le 29 mars.

    Je le sens venir. Et je n’ai nulle part où fuir lorsque le 1er avril arrive.
    Alors, heure après heure, je revis tout… comme si l’on me ramenait en 2016.
    La peur m’envahit, avec tout ce qu’elle porte en elle.

    Je commence à prier dès le début du mois de mars, comme pour m’y préparer… mais l’inévitable finit toujours par s’imposer.

    Je ne sais plus comment me tenir devant mon mari et mes enfants, car je sais qu’ils souffrent autant que moi.
    Seigneur… ce sont les moments les plus difficiles que nous vivons à la maison.

    Même dix ans plus tard, nous n’arrivons toujours pas à en parler, malgré tous les efforts.
    Cette année encore, nous avons essayé de nous retrouver seuls, tous les cinq, pour traverser cela ensemble… mais aucun mot ne sort.

    Nous souffrons en silence.
    Un silence assourdissant.

    Puis arrive le 7 avril…
    Et avec lui, les cent jours les plus sombres, les plus lourds, les plus déchirants: ceux du génocide perpétré contre les Tutsi du Rwanda en 1994.

    Quelle lourdeur…
    Et pourtant, le simple fait que nous soyons encore debout témoigne que Dieu est grand.
    Mbega agahinda (Quelle tristesse !)…

    Chacun porte sa douleur, mais nous nous unissons pour puiser de la force et du courage, afin de traverser cette période si éprouvante.
    Nous nous répétons: soyons forts pour les plus jeunes.
    Soyons forts pour honorer les nôtres.
    Soyons forts pour vivre pour ceux qui ne le peuvent plus.

    Mais tout cela reste comme de fragiles pansements sur une blessure profonde, une douleur que nous portons au quotidien.

    Avril reste Avril.
    Avril n’a pas de pitié.

    Les nouvelles de décès continuent de nous atteindre dans la communauté, au pays, ailleurs dans le monde.
    Cet avril, en particulier, m’a profondément bouleversée… notamment avec le drame de la famille Kabano à Houston. Une jeune mère de 45 ans et son fils de 18 ans qui décèdent en même temps… I HATE YOU DEATH !!! (Mort, je te déteste !)

    Seigneur… quand cesserons-nous de souffrir ainsi?

    Les témoignages des survivants ravivent sans cesse la douleur.
    Et mille questions m’habitent:
    Une souffrance aussi intense et profonde peut-elle ne pas laisser de traces ?
    Ne sommes-nous pas, malgré nous, en train d’accumuler en nous des blessures prêtes à exploser un jour ?

    Et avant même d’entrevoir des réponses… les réseaux sociaux se remplissent de négationnisme.
    Comme si cela ne suffisait pas.

    À peine tentons-nous de survivre… que certains viennent raviver nos plaies, frapper là où il n’y a déjà plus de force, remuer des blessures encore ouvertes.

    Alors, on finit par exister… sans vraiment vivre.
    Franchement, Avril, que nous appelons Mata en kinyarwanda, ne nous a pas donné de lait, sûrement.

    Et pourtant…
    Au cœur même de ce mois si lourd, une vérité demeure.
    Avril porte aussi la vie.
    Il y a des naissances.
    Il y a des anniversaires.
    Il y a ces jours où, malgré les larmes, la vie insiste pour éclore.

    Comme le 29 avril… mon anniversaire.
    Et peut-être que c’est là que réside notre réponse la plus profonde.
    Peut-être que c’est là notre plus grande forme de résistance:

    Continuer à vivre.
    Continuer à aimer.
    Continuer à célébrer, même avec un cœur meurtri.

    Car célébrer la vie, ce n’est pas oublier.
    C’est refuser que la mort ait le dernier mot.

    Alors oui… Avril reste Avril.
    Mais au milieu de ses cendres,
    nous choisissons, malgré tout,
    de faire naître la lumière.

  • Ligue des champions: Paul Kagame assiste à un spectaculaire PSG–Bayern (5–4) à Paris

    Le Président de la République du Rwanda, Paul Kagame, a assisté, dans la soirée du 28 avril 2026, à la demi-finale aller de la UEFA Champions League opposant le Paris Saint-Germain au Bayern Munich, disputée au Parc des Princes, à Paris.

    Selon une communication du Village Urugwiro publiée le 29 avril 2026 via les réseaux sociaux, le Chef de l’État rwandais a pris part à cette rencontre de haut niveau marquée par une victoire spectaculaire du club parisien (5–4), partenaire de la marque “Visit Rwanda”.

    La rencontre a offert un véritable festival offensif, avec neuf buts inscrits, un record à ce stade de la compétition.
    Le PSG, tenant du titre, s’est imposé au terme d’un duel intense face à une équipe bavaroise combative qui a réduit l’écart en fin de match après avoir été menée 5–2.

    Côté parisien, les réalisations ont notamment été signées par Khvicha Kvaratskhelia (doublé), Ousmane Dembélé (doublé) et João Neves.

    Le Bayern Munich a répondu par des buts de Harry Kane, Michael Olise, Dayot Upamecano et Luis Díaz.

    La présence du Président Kagame s’inscrit dans le cadre du partenariat stratégique entre “Visit Rwanda” et le Paris Saint-Germain. Signé en 2019 puis renouvelé en 2025 jusqu’en 2028, ce partenariat vise à promouvoir la destination Rwanda à travers la visibilité offerte par le club parisien, notamment au Parc des Princes et lors des séances d’entraînement.

    Malgré cette victoire du PSG, la qualification reste ouverte. Le match retour est prévu le 6 mai 2026 à l’Allianz Arena, en Munich, où le Bayern tentera de renverser la situation devant son public.

  • La famille est au cœur de toutes nos luttes sanitaires: le Cardinal Kambanda appelle les leaders religieux à intensifier leur action pour la santé et le bien-être

    Réunis à l’hôtel Park Inn de Kiyovu, le mardi, 28 avril 2026, des leaders religieux, responsables gouvernementaux, agences onusiennes et partenaires au développement ont engagé un dialogue stratégique pour renforcer l’action interconfessionnelle en faveur de la santé et du bien-être familial au Rwanda.

    Cette rencontre nationale, organisée par le Rwanda Interfaith Council on Health (RICH) en collaboration avec Christian Connections for International Health, a mis en lumière les progrès réalisés, mais aussi les défis persistants en matière de santé maternelle, infantile et des adolescents.

    Le ton a été donné par Antoine Cardinal Kambanda, dont le message a structuré les échanges de la journée : “Nous, au sein de RICH, croyons que la vie est un don précieux. Mais les défis que nous avons évoqués — mortalité maternelle et infantile, malnutrition, grossesses précoces — trouvent tous leur racine dans la famille.”

    L’objectif était de renforcer la collaboration, aligner les messages avec les priorités nationales et mobiliser une action collective pour accélérer les progrès vers les objectifs sanitaires, tant au niveau national que mondial.

    Les travaux ont alterné entre présentations techniques, discussions en panel et échanges en plénière. Parmi les temps forts, une présentation détaillée de la situation sanitaire au Rwanda a mis en évidence des avancées notables: selon l’Enquête Démographique et de Santé 2025, le taux de mortalité maternelle est passé de 203 décès pour 100 000 naissances vivantes en 2020 à 149 en 2025. La mortalité des enfants de moins de cinq ans a également reculé, tandis que la couverture des soins prénatals a progressé.

    Des progrès réels, mais des défis persistants

    Malgré ces résultats encourageants, les participants ont souligné que des défis majeurs subsistent. Les causes évitables de mortalité maternelle — hémorragies, infections ou complications liées à l’hypertension — continuent de peser, notamment en raison d’un accès inégal à des soins de qualité.

    Le Professeur Claude Mambo Muvunyi, Directeur général du Centre biomédical du Rwanda – RBC.

    Chez les enfants, la malnutrition reste préoccupante, avec près d’un quart des moins de cinq ans touchés par le retard de croissance. Les adolescents, quant à eux, font face à des vulnérabilités croissantes: hausse des grossesses précoces (8 % des jeunes filles de 15 à 19 ans), violences basées sur le genre, infection au VIH, problèmes de santé mentale et usage de substances.

    Un participant a alerté sur l’impact des nouvelles tendances sociales:

    “Les phénomènes comme les slay queens, soirées privées (house parties), la consommation d’alcool bon marché, la drogue ou encore certaines influences des réseaux sociaux contribuent à la dégradation des comportements des jeunes, avec des conséquences telles que les grossesses précoces et la propagation du VIH.”

    Le rôle clé des leaders religieux

    Au cœur des discussions, le rôle des organisations confessionnelles a été reconnu comme déterminant pour influencer les comportements et promouvoir des valeurs positives.

    Le Cardinal Kambanda a insisté sur la responsabilité éducative des familles et des communautés:

    “Un bon foyer éduque bien. L’enfant qui grandit dans un environnement sain aura plus de chances de bâtir à son tour une famille équilibrée.”

    Il a également mis en garde contre les dérives liées à la technologie :

    “Aujourd’hui, un enfant peut être physiquement à la maison mais mentalement ailleurs, exposé à des contenus qui le détruisent. Nous devons, en tant que parents et leaders religieux, accompagner et encadrer.”

    Appelant à l’unité entre confessions, il a ajouté :

    “Le VIH ne choisit pas de religion. La paix non plus. Ce qui nous unit — nos valeurs — doit être notre force pour protéger la vie.”

    Le gouvernement appelle à un changement des mentalités

    Présente à cette rencontre, la ministre du genre et de la promotion de la famille, Console Uwimana, a salué les progrès du Rwanda en matière de santé, tout en rendant hommage à la contribution des organisations religieuses: “Les avancées enregistrées sont le fruit d’un leadership fort et d’une volonté politique affirmée, mais aussi de l’engagement des confessions religieuses.”

    Elle a exhorté ces dernières à utiliser leur influence pour transformer les mentalités :

    “Les leaders religieux bénéficient de la confiance des communautés. Ils doivent continuer à diffuser des messages qui changent les comportements, car tout changement durable commence dans l’esprit.”

    La ministre a également insisté sur l’importance du dialogue familial et de l’accompagnement des jeunes :

    “Il faut encourager les familles à communiquer davantage, aider les jeunes à accéder à des informations fiables et soutenir les ménages en difficulté afin de renforcer l’unité, l’amour et la paix.”

    Vers une mobilisation renforcée

    Les échanges ont débouché sur une série de recommandations clés, notamment le renforcement des investissements dans les initiatives des organisations confessionnelles, la promotion d’approches centrées sur la famille, et l’intensification des partenariats multisectoriels.

    Il a également été recommandé de valoriser davantage le rôle des hommes dans la santé familiale, de développer des campagnes continues de sensibilisation — notamment contre le VIH chez les jeunes — et d’exploiter les réseaux religieux comme leviers de communication et de mobilisation sociale.

    Les participants ont souligné la nécessité de renforcer les capacités des leaders religieux afin qu’ils puissent mieux accompagner les communautés vers l’adoption de comportements sains.

    Comme l’a souligné une représentante du FNUAP, Ayna Seyitlieva: “Le Rwanda montre que le progrès est possible grâce à la collaboration. Les organisations confessionnelles sont des agents puissants de changement.”

    Au terme de cette journée, un constat s’impose: la santé publique ne se joue pas uniquement dans les structures médicales, mais aussi au sein des familles, des communautés et des lieux de culte, où se façonnent les comportements et les valeurs.

    L’abbé Oscar Kagimbura, Secrétaire général de Caritas Rwanda
  • Le RSSB lance un fonds de 30 millions de dollars pour accélérer la croissance des PME

    Lundi 27 avril 2026, le Rwanda Social Security Board (Office rwandais de sécurité sociale) RSSB, en partenariat avec Enko Capital, a annoncé la clôture initiale d’un fonds de croissance dédié aux petites et moyennes entreprises (PME), doté d’un engagement de 30 millions de dollars. Une initiative ambitieuse qui vise à combler le déficit de financement des entreprises locales et à accélérer la transformation économique du pays.

    Ce nouveau mécanisme financier, appelé Rwanda SME Growth Fund, se positionne comme un levier stratégique pour soutenir les entreprises en phase de croissance. Il offrira des financements à long terme, flexibles et libellés en monnaie locale, un élément clé pour des PME souvent confrontées à des conditions d’accès au crédit difficiles.

    L’objectif est de permettre aux PME de franchir un cap. Ces entreprises, qui constituent l’épine dorsale de l’économie rwandaise, représentent plus de 90 % des activités économiques, contribuent à environ 55 % du PIB et génèrent plus de 60 % des emplois. Pourtant, elles restent largement sous-financées, faute de mécanismes adaptés à leurs besoins.

    Lors du lancement, le Directeur général du RSSB, Regis Rugemanshuro, a rappelé les ambitions du Rwanda: devenir un pays à revenu élevé d’ici 2050. Pour y parvenir, le pays mise sur une transformation économique portée par un secteur privé dynamique.

    “Le Rwanda s’est fixé des objectifs ambitieux pour devenir une nation à revenu élevé à l’horizon 2050”, a-t-il souligné, précisant que le RSSB aligne désormais ses stratégies d’investissement sur les priorités définies dans la Vision 2050.

    Le fonds s’inscrit également dans la deuxième phase de la National Strategy for Transformation (NST2), un programme quinquennal qui place la croissance tirée par le secteur privé au cœur de la transformation économique.

    Pour Cyrille Nkontchou, cofondateur et managing partner d’Enko Capital, ce fonds incarne une évolution majeure dans la manière de financer les économies africaines.

    “Le Rwanda SME Growth Fund représente un tournant vers un capital africain au service de la croissance africaine”, a-t-il déclaré. Selon lui, l’initiative place les PME au centre de la transformation économique et répond à un besoin crucial: offrir des financements adaptés à des entreprises ambitieuses, mais souvent exclues des circuits traditionnels.

    Au-delà du financement, le fonds prévoit également un accompagnement technique des entreprises bénéficiaires. L’objectif est de leur permettre de se structurer, de croître de manière durable et de conquérir de nouveaux marchés.

    L’initiative met également en lumière un enjeu plus large à l’échelle du continent: la mobilisation du capital institutionnel africain. Malgré l’existence de plus de 1 000 milliards de dollars d’actifs détenus par des institutions locales, une grande partie de ces ressources reste peu investie dans les secteurs productifs.

    Le fonds vise non seulement à soutenir la croissance des entreprises, mais aussi à stimuler la création d’emplois, encourager l’innovation et renforcer la compétitivité du tissu économique local.

    Le Rwanda SME Growth Fund ambitionne d’atteindre une taille de 100 millions de dollars grâce à l’entrée de nouveaux investisseurs.

  • À Kigali, les journalistes francophones s’organisent contre la désinformation et les discours de haine

    Le Centre culturel francophone du Rwanda a accueilli, ce lundi 27 avril 2026, l’ouverture d’un atelier de cinq jours réunissant des journalistes francophones venus de différents médias du pays. Au cœur des échanges: la lutte contre les discours de haine et la désinformation, deux défis majeurs à l’ère du numérique.

    Cet atelier de formation, qui s’étend sur cinq jours, intervient dans un contexte régional et mondial marqué par une circulation rapide de l’information, mais aussi par la prolifération de fausses nouvelles et de discours haineux. Des phénomènes qui, selon l’ambassadrice de la France au Rwanda, fragilisent la cohésion sociale et menacent les fondements mêmes des sociétés démocratiques.

    Cette première journée a coïncidé avec le lancement officiel du projet de renforcement des capacités des médias et journalistes rwandais. L’événement a été marqué par la présence de Madame Aurélie Royet-Gounin, ambassadrice de France au Rwanda, du Dr Félicien Usengumukiza, DG adjoint de l’Office Rwandais de la Gouvernance (RGB), et de Patrick Nyiridandi, président de l’Organisation de la Presse Francophone au Rwanda (OPFR).

    Une alliance pour un journalisme de qualité

    Organisé par l’OPFR en collaboration avec l’organisation “Médias & Démocratie” et avec l’appui de l’Ambassade de France à Kigali, ce projet vise la promotion d’un journalisme de qualité. Les activités prévues — qu’il s’agisse des cycles de formation sur le fact-checking, le journalisme de données, la lutte contre les stéréotypes ou la séance d’immersion pratique — constituent des opportunités concrètes de transformation professionnelle pour les professionnels des médias.

    Lors de son intervention, l’ambassadrice de France a souligné l’importance de ce combat: “Pour nous, la lutte contre la désinformation et contre le discours de haine est primordiale, car il est pernicieux, il fracture les sociétés. Au Rwanda, cela prend une dimension particulièrement importante.”

    Pour l’ambassadrice, la solution réside dans une rigueur accrue. Elle a insisté sur le fait que les journalistes doivent focaliser sur le fact-checking, voire dénoncer et vérifier les informations jusqu’à remonter aux sources malveillantes pour apporter un contre-discours efficace face aux attaques informationnelles.

    Responsabilité éthique et cadre constitutionnel

    Le Dr Félicien Usengumukiza, au nom de RGB, a rappelé que dans un contexte régional et mondial marqué par la prolifération de la désinformation, le rôle des médias n’a jamais été aussi crucial. Le Rwanda, fondé sur la bonne gouvernance et l’inclusion, nécessite un secteur médiatique fort et éthique.

    Il a notamment rappelé les fondements juridiques de cette liberté :

    “La constitution de la République du Rwanda, dans son article 38, prévoit que la liberté de presse, d’expression et d’accès à l’information sont reconnues et garanties par l’État. Mais la jouissance de cette liberté ne doit pas porter atteinte à l’ordre public, aux bonnes mœurs, ou au droit dont jouit tout citoyen à l’honneur et à la dignité.”

    S’adressant directement aux journalistes, il a ajouté: “Je vous invite à tirer pleinement profit de ces formations, à questionner, et à porter, dans vos pratiques quotidiennes, les valeurs de vérité, d’éthique et de responsabilité.”

    L’inclusion des femmes: un des piliers de cette initiative

    Un volet essentiel de ce programme concerne la promotion des femmes journalistes. Selon l’ambassadrice Aurélie, ce choix, partagé par le Rwanda et la France, vise l’intégration professionnelle des femmes dans tous les secteurs. “La formation inclut ainsi la déconstruction des stéréotypes de genre pour permettre aux femmes d’accéder à l’ensemble des sujets et aux postes de haute responsabilité,” a-t-elle martelé.

    Le Dr Usengumukiza a aussi souligné: “L’accent mis sur les femmes journalistes dans ce programme est plus qu’opportun. Il reflète une conviction forte: un paysage médiatique inclusif est un paysage médiatique plus équilibré, plus représentatif et plus crédible.”

    L’atelier répond à des défis identifiés par Patrick Nyiridandi, notamment le besoin de renforcer les compétences en vérification et l’analyse des données. Mais au-delà de la technique, c’est une mission de paix qui s’impose aux participants.

    Madame Médiatrice Umukunzi, journaliste de Bridge Magazine et participante, a livré un message fort sur l’urgence de cette formation:

    “Les discours de haine ont joué un rôle dans le Génocide contre les Tutsi au Rwanda, et nous voyons encore ces discours couver dans la région des Grands Lacs, notamment en RDC. En tant que journalistes, nous devons publier des récits qui ne sèment pas la haine. Sur les réseaux sociaux, où se trouve la jeunesse, nous devons contredire les contenus haineux et promouvoir des contenus qui construisent la paix.”

    Médiatrice Umukunzi, journaliste de Bridge Magazine

    Ce vise à bâtir un écosystème médiatique plus résilient, capable de produire une information fiable et rigoureuse. Comme l’a rappelé l’ambassadrice, la responsabilité est grande car l’information donnée par les médias est jugée digne de confiance par rapport aux réseaux sociaux où “n’importe qui peut écrire n’importe quoi”.

  • Église catholique: le paradoxe des chiffres entre croissance des fidèles et recul des vocations sacerdotales et religieuses

    À l’occasion du quatrième dimanche de Pâques, traditionnellement appelé “dimanche du Bon Pasteur”, l’Église catholique met l’accent sur la prière pour les vocations. Cette journée rappelle la mission du Christ, Bon Pasteur, et invite les fidèles à soutenir l’engagement des prêtres, religieux et religieuses appelés à conduire le peuple de Dieu.

    Dans les paroisses du monde entier, diverses initiatives sont organisées pour sensibiliser particulièrement les jeunes à la vie consacrée. L’objectif: susciter de nouvelles vocations sacerdotales et religieuses afin d’assurer la continuité de la mission pastorale de l’Église.

    Une Église en expansion démographique

    Les statistiques mondiales publiées en 2025 dressent un constat globalement positif concernant le nombre de fidèles. L’Église catholique compte aujourd’hui plus de 1,4 milliard de baptisés, soit une augmentation significative d’environ 15,8 millions de personnes par rapport à l’année précédente.

    Cette progression concerne l’ensemble des continents, confirmant le dynamisme démographique du catholicisme à l’échelle mondiale.

    Cette croissance s’inscrit dans une tendance structurelle où la population catholique évolue au rythme de la population mondiale, maintenant une proportion stable d’environ 17,8 %.

    Une baisse préoccupante des vocations

    En contraste avec cette augmentation du nombre de fidèles, les vocations sacerdotales et religieuses connaissent un recul préoccupant. En 2025, le nombre total de prêtres dans le monde s’élève à 406 996, soit une diminution de 734 prêtres par rapport à l’année précédente.

    La même tendance est observée chez les personnes consacrées. Le nombre de religieuses a chuté d’environ 9 700, tandis que celui des religieux non prêtres a diminué de plus de 600.

    Ces données traduisent une crise persistante des vocations, qui affecte particulièrement certaines régions du monde.

    Des dynamiques régionales contrastées

    La baisse des vocations touche principalement l’Europe, les Amériques et l’Océanie, où la sécularisation progresse et où l’engagement religieux tend à diminuer. À l’inverse, l’Afrique et l’Asie apparaissent aujourd’hui comme des pôles de croissance pour les vocations sacerdotales et religieuses.

    Dans ces régions, le nombre de prêtres continue d’augmenter, ce qui explique la présence croissante de missionnaires africains et asiatiques en Europe et en Amérique, où ils viennent pallier le manque de personnel pastoral.

    Un appel à la responsabilité des fidèles

    Cette situation met en lumière un véritable paradoxe: une Église en expansion numérique, mais fragilisée dans ses ressources humaines consacrées. Elle pose ainsi un défi majeur pour l’avenir de la mission ecclésiale.

    Comme le souligne l’Évangile selon saint Luc: “La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux ; priez donc le Maître de la moisson d’envoyer des ouvriers à sa moisson” (Lc 10,2).

    Face à cette réalité, l’Église appelle les fidèles à s’engager activement dans la promotion des vocations. Car si certaines régions du monde connaissent aujourd’hui un essor spirituel, l’histoire montre que les dynamiques religieuses peuvent évoluer rapidement avec le développement socio-économique.

    Le défi est donc collectif : soutenir, encourager et accompagner les vocations afin que la mission du Christ, Bon Pasteur, continue de porter du fruit dans les générations futures.

    Source: Kinyamateka

  • Burera: Le paradoxe de Birwa, où l’on préfère l’eau du lac aux robinets d’eau potable

    Dans le secteur de Rugarama, le village de Birwa fait face à un paradoxe sanitaire frappant. Alors que l’eau potable a été acheminée jusqu’aux robinets des habitants, une grande partie de la population persiste à consommer l’eau brute du lac Burera, perçue comme “plus naturelle”, malgré une explosion des maladies hydriques signalée par les autorités sanitaires locales.

    Le paradoxe de Birwa: Refuser ce que les autres réclament

    Le district de Burera, l’un des cinq districts de la Province du Nord, est le théâtre d’une situation singulière dans le secteur de Rugarama. Dans le village de Birwa, de la cellule Rurembo, une localité nichée sur un îlot et ses environs, l’infrastructure est là, mais le changement de comportement traîne.

    Le contraste est saisissant: alors que dans d’autres régions, les citoyens plaident pour l’installation de robinets, les habitants de Birwa craignent l’eau traitée. Ils affirment que l’eau fournie par les infrastructures modernes contient des “produits chimiques” (purifiants) qui les effraient, préférant ainsi l’eau du lac qu’ils jugent plus “naturelle”.

    Le village de Birwa offre un spectacle naturel majestueux. Situé en plein cœur du lac Burera, le regard se tourne d’un côté vers l’étendue d’eau paisible et de l’autre vers l’imposant volcan Muhabura. Ici, la vie est rythmée par l’agriculture et une pêche artisanale.

    Pourtant, cette proximité avec le lac est un piège sanitaire. Sur les rives, l’eau est utilisée pour tout : lessive, baignade et vaisselle. C’est dans ce même environnement, où s’ébrouent animaux aquatiques et bétail, que les habitants puisent leur eau de boisson.

    Pour ceux qui n’ont pas encore accès aux robinets, la situation est pire : la pratique de bouillir l’eau pour éviter les maladies liées à l’insalubrité est quasiment inexistante.

    Témoignages: La résistance des mentalités

    Le refus de l’eau potable s’appuie sur des croyances profondément ancrées.

    Une mère de famille de 35 ans, qui a préféré garder l’anonymat, a confié : “Nous voyons les robinets, mais cette eau a un goût de médicament. Moi, je suis convaincue qu’elle donne des maux de tête. Nos parents ont bu l’eau du lac toute leur vie, pourquoi changer maintenant ?”

    Cette méfiance envers la science moderne se double d’une perception erronée de la pureté de l’eau du lac.

    Une habitante d’une quarantaine d’années s’exprime: “Certes, nous lavons nos vêtements ici, mais comme l’eau est en mouvement, la saleté s’en va et l’eau redevient propre. C’est une question d’habitude. Même si au centre de santé on nous donne des comprimés contre les vers, nous revenons toujours puiser ici.”

    Même ceux qui sont conscients d’être malades peinent à faire le lien de causalité. Un homme de 45 ans a récemment été diagnostiqué avec une amibiase :

    “L’agent de santé m’a dit que j’avais des amibes. Mais cette eau du lac que nous buvons nous a nourris. Si elle était vraiment mortelle, ne serions-nous pas déjà tous morts ? C’est difficile de croire que ce qui nous a fait grandir est devenu notre ennemi.”

    Au-delà des maladies, le lac tue autrement. Les habitants témoignent de cas de noyades lors de la corvée d’eau, où certains corps ne sont jamais retrouvés. Malgré ce danger physique et les alertes du centre de santé de Gitare, le changement reste lent.

    L’alerte des autorités: Une urgence de santé publique

    Au centre de santé de Gitare, l’inquiétude est palpable. Mme Séraphine Muhawenimana, titulaire par intérim de la structure sanitaire, tire la sonnette d’alarme. Elle confirme que les consultations pour des maladies liées à l’eau sale sont en constante augmentation.

    “Nous recevons un nombre massif de patients souffrant de vers intestinaux et d’autres infections hydriques. Le problème est clair : soit ils refusent l’eau potable, soit ceux qui n’y ont pas encore accès ne prennent même pas la peine de bouillir l’eau du lac”, explique-t-elle.

    Elle insiste sur le fait que la distribution de médicaments ne peut être qu’une solution temporaire si la source du problème — la consommation d’eau non traitée — n’est pas éradiquée.

    L’appel des autorités

    La maire du district de Burera, Mme Soline Mukamana, reconnaît l’ampleur de la tâche. Elle souligne que le défi majeur reste la transformation des mentalités dans la vallée de Rurembo.

    Mme Soline Mukamana, maire du district de Burera – © Photo officielle

    “Il est de notre devoir de retourner vers ces citoyens pour leur expliquer que ces “produits” dans l’eau sont là pour les protéger. Nous allons intensifier les campagnes de sensibilisation pour qu’ils utilisent enfin les infrastructures mises à leur disposition.”

    À Birwa, la bataille pour la santé ne se gagnera pas seulement avec des tuyaux et des robinets, mais par une déconstruction des mythes qui lient encore la population aux eaux dangereuses du lac.