La polémique a enflé sur le réseau social X, lorsque Jean-Luc Habyarimana, fils de l’ancien président rwandais Juvénal Habyarimana, a réagi aux déclarations du président Paul Kagame devant le corps diplomatique accrédité à Kigali, au sujet de sa visite récente en République démocratique du Congo (RDC), perçue comme une connivence avec les FDLR.
Le ministre du MINUBUMWE, Dr Jean Damascene Bizimana, a riposté avec force, dénonçant ce qu’il considère comme une tentative de réhabilitation du régime Habyarimana.
Dans sa rétholique, Jean-Luc Habyarimana a rejeté les accusations selon lesquelles sa visite à Kinshasa aurait des intentions illégitimes.
“Mes visites à Kinshasa relevaient d’un cadre strictement privé. Mon engagement est exclusivement politique et pacifique,” a-t-il déclaré sur X.
Il a également tenté de défendre la mémoire de son père : “Le régime de Juvénal Habyarimana se fondait sur la devise ‘Unité, Paix et Développement’. Aucun discours de haine ni menace contre les Tutsi n’a jamais été prononcé sous sa présidence.”
Selon Jean-Luc Habyarimana, le génocide contre les Tutsi s’est déclenché après l’attentat ayant abattu l’avion présidentiel transportant son père le 6 avril 1994, et son père ne pourrait être tenu responsable de sa planification.
La réponse du ministre Bizimana
Le ministre Bizimana n’a pas tardé à répondre, dénonçant une “tentative de sanctification du régime génocidaire de Juvénal Habyarimana”. Dans un message publié sur X, il a rappelé les crimes passés du père de Jean-Luc :
“Tel père, tel fils ! Jean Luc Habyarimana, pris dans un rêve sadique de parvenir à la résurrection du pouvoir unitaire et criminel de son père, tente plusieurs manœuvres pour blanchir ce régime. La photographie des faits d’une évidence imperturbable prouve tout le contraire.”
Bizimana a détaillé plusieurs épisodes marquants :
- 22 décembre 1963 : Juvénal Habyarimana, alors doyen des militaires rwandais entrés dans l’armée au début des années 1960, participa sous l’autorité du président Kayibanda à la liquidation physique, à la prison de Ruhengeri, de 30 anciens chefs et cadres administratifs pour la plupart tutsi, mais aussi hutu comme Michel Rwagasana, ancien secrétaire général du Parti UNAR, considéré comme symbole de la monarchie bannie, diabolisée par le parti extrémiste PARMEHUTU et plus tard par le MRND de Juvénal Habyarimana. C’est le premier crime d’État connu accompli par ce haut gradé militaire, père de Jean-Luc.
- 1973-1976 : Après son accession au pouvoir, Habyarimana ordonne l’arrestation et l’emprisonnement de plus de 70 politiciens et hauts fonctionnaires hutu du Centre et du Sud du Rwanda. La plupart sont assassinés clandestinement, sous la direction du major Théoneste Lizinde et des directeurs de prison de Gisenyi et Ruhengeri.
L’assassinat du président Kayibanda
Bizimana rappelle également que Kayibanda, ancien président et mentor politique de Habyarimana, a été astreint à l’inanition et à la soif dans sa résidence avant de décéder en 1976. Selon le major Lizinde, dans sa lettre publiée en 1991, le décès de Kayibanda résulte directement de la planification et des ordres donnés par Juvénal Habyarimana et ses collaborateurs proches, dont le beau-frère Protais Zigiranyirazo.
- 1987-1989 : Une vague d’assassinats d’État touche des personnalités dénonçant la mafia d’État et les violations des droits civiques, dont l’Américaine Diane Fossey (assassinée le 27 décembre 1987), l’Abbé Silvio Sindambiwe (7 novembre 1989) et d’autres figures politiques et militaires.
Il s’ensuit l’assassinat du courageux Abbé Silvio Sindambiwe, qui, dès son arrivée à la direction du journal catholique Kinyamateka en avril 1980, s’efforçait de dénoncer les crimes du régime. Il fut assassiné le 7 novembre 1989, peu après son retour d’Allemagne, où il avait participé au Congrès international du journalisme. D’autres assassinats ont suivi, notamment ceux de la députée Félicula Nyiramutarambirwa (10 mai 1989), du Dr François Muganza et d’autres.
Au sein même de l’armée, Habyarimana n’a pas hésité à éliminer des hauts officiers, dont le colonel Stanislas Mayuya, tué le 19 avril 1988.
Les preuves internationales de la préparation du génocide
Le ministre Bizimana a également rappelé les éléments internationaux :
- 1993 : Une commission internationale met en évidence l’implication des plus hautes autorités, dont Habyarimana, dans les massacres à grande échelle des populations tutsi.
- 1994 : Le général Roméo Dallaire, chef militaire de la MINUAR, alerte l’ONU sur les plans d’extermination des Tutsi, confirmés par de nombreux rapports de renseignement belge et de l’ONU, concernant la distribution d’armes aux milices Interahamwe et Impuzamugambi.
Nier l’évidence, c’est perdre toute crédibilité
Le ministre conclut :
“Jean Luc, aux dates de préparation et de perpétration de ces faits graves, votre père était vivant et aux commandes du pouvoir politique et militaire. Ces faits graves étant constatés, il importe de vous rappeler qu’à force de nier l’indéniable et de défendre l’indéfendable, vous prouvez votre absence de crédibilité, votre malhonnêteté intellectuelle et votre manque d’humanité. L’histoire ne cessera de reprocher à très juste titre des crimes horribles à votre père, au premier rang desquels le génocide des Tutsi du Rwanda.”




