À une quinzaine de kilomètres de la ville de Kibuye, dans le district de Karongi, la route serpente à travers les collines verdoyantes qui dominent le lac Kivu.
C’est au bout de ce trajet d’environ vingt minutes que se trouve le camp de réfugiés de Kiziba, l’un des plus anciens du Rwanda.
Créé en 1996, ce camp accueille aujourd’hui près de 14 000 réfugiés, principalement originaires de la République démocratique du Congo.
Le mardi 10 mars 2026 au matin, malgré une pluie persistante, une équipe de journalistes accompagnée de responsables du Ministère chargé de la gestion des urgences et des catastrophes (MINEMA) a pris la route vers ce camp.
Le trajet aurait pu être rapide. Depuis peu, une route entièrement asphaltée relie la ville de Kibuye au camp, facilitant considérablement les déplacements.
Mais ce matin-là, la route a été ponctuée de haltes improvisées dans plusieurs petits centres de négoce. Les habitants, visiblement heureux de cette nouvelle infrastructure, tenaient à partager leur expérience.
Une route qui change la vie des habitants
Sur le bas-côté de la route, un homme revenait du marché de Kibuye, poussant sa bicyclette chargée d’un sac de pommes de terre désormais vide. Il venait de vendre sa marchandise et reprenait le chemin de son domicile.

Il explique que cette route asphaltée a transformé son quotidien.
“Avant, pour transporter ces pommes de terre, j’aurais dû faire plusieurs voyages. Rien que pour les amener à Kibuye, il me fallait plus de cinq heures de route à vélo. Aujourd’hui, en une heure seulement, je suis arrivé en ville. Je suis parti à six heures du matin et à sept heures j’étais déjà au marché”, raconte-t-il.
Une autre habitante, prénommée Sandrine, se réjouit également de cette amélioration.
“Nous remercions le chef de l’État de nous avoir sortis de l’isolement. Avant, les motos demandaient entre 3 000 et 4 000 francs pour aller à Kibuye. Aujourd’hui, le prix est descendu à 1 000 francs”, confie-t-elle.
Ce projet routier, d’un coût de plus de 17 milliards de francs rwandais, a été réalisé par le gouvernement rwandais via le projet “Jyambere” du MINEMA avec l’appui de la Banque mondiale, dans le cadre des programmes visant à améliorer l’accès aux services et aux marchés pour les communautés locales.
Le maire de Karongi salue le désenclavement de la region
Le maire du district de Karongi, Gerald Muzungu, rencontré à l’occasion de cette visite, salue la bonne cohabitation entre les habitants de la région et les réfugiés congolais installés au camp de Kiziba.

Il se réjouit également de la construction de la route asphaltée reliant Kibuye à cette partie du district, une infrastructure qui, selon lui, a permis de sortir les habitants de l’isolement et de faciliter les déplacements et les échanges commerciaux.
Gerald Muzungu exprime aussi l’espoir que, dans les prochaines planifications d’infrastructures, les travaux d’asphaltage puissent se poursuivre jusqu’à la localité de Gisovu, afin de renforcer davantage la connectivité de la région.
Un camp vivant et organisé
À l’entrée du camp de Kiziba, l’accueil est chaleureux. Les réfugiés congolais qui y vivent saluent les visiteurs avec simplicité et courtoisie. Beaucoup affirment que, même s’ils restent loin de leur pays d’origine, ils disposent ici de l’essentiel pour vivre dignement, grâce à la sécurité et au soutien des autorités rwandaises et des organisations humanitaires.
Le camp ressemble à une petite ville. On y trouve un marché animé où l’on vend des produits de première nécessité. Les commerçants et les clients sont aussi bien des réfugiés que des habitants rwandais des villages environnants, preuve de l’intégration économique qui s’est progressivement installée.
Des soins accessibles pour tous
Au centre du camp se trouve le centre de santé de Kiziba, qui offre une large gamme de services médicaux. Vaccination, consultations, prévention des maladies ou encore traitements médicaux: les services couvrent les besoins essentiels de la population.

Le docteur Bonaventure Manirumva, médecin au centre de santé, explique que les soins sont gratuits pour les réfugiés et accessibles également aux communautés rwandaises voisines.
Lorsque les cas nécessitent une prise en charge spécialisée, les patients sont transférés vers l’hôpital de Kibuye. Deux ambulances assurent ces évacuations médicales.
L’école comme promesse d’avenir
Au cœur du camp, des écoles primaires et secondaires accueillent les enfants. Les classes sont mixtes: les élèves réfugiés y étudient aux côtés des enfants rwandais des villages environnants, favorisant la cohabitation et le partage.
Mais la particularité du camp de Kiziba réside aussi dans la présence d’un campus universitaire de Kepler, installé depuis 2015. Ce programme d’enseignement supérieur, développé en partenariat avec des institutions internationales, offre aux réfugiés la possibilité d’obtenir un diplôme universitaire.
Plus de 240 étudiants y ont déjà terminé leurs études. Dans l’enceinte du campus, un étudiant de 27 ans, né dans le camp, témoigne avec émotion. Marié aujourd’hui, il voit dans l’université une nouvelle chance.

“Même si je suis réfugié, cette université m’a redonné espoir. J’étudie avec beaucoup d’efforts, car je crois en mon avenir. Je veux pouvoir aider ma famille et être utile à la société “, confie-t-il.
Le Responsable du campus, Stella Bonard Ibango, explique que l’établissement accueille actuellement 149 étudiants, dont 26 ne sont pas réfugiés.
Au-delà du diplôme, l’objectif est de redonner confiance aux jeunes et de leur ouvrir des perspectives professionnelles. Au Rwanda, les réfugiés ont en effet la possibilité de travailler, notamment dans le secteur privé ou au sein d’organisations de la société civile.
Une jeunesse qui garde le sourire
Malgré les défis de l’exil, la jeunesse du camp continue de vivre, d’apprendre et de rêver.
Dans une salle polyvalente, des adolescents pratiquent le karaté. Après les cours ou les tâches quotidiennes, ils consacrent du temps au sport. Certains participent même à des compétitions, où ils remportent parfois médailles et trophées.

Entre les salles de classe, les terrains de sport et les petits commerces, le camp de Kiziba offre l’image d’une communauté qui, malgré l’exil, continue de construire son avenir avec courage et dignité.
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