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  • Faut-il embrasser l’intelligence artificielle dans les médias ?

    Par Fulgence Niyonagize

    Faut-il embrasser l’intelligence artificielle dans les médias ? La question fait débat, parfois vif, dans les rédactions. Certains y voient la fin de la réflexion et de la créativité, d’autres une révolution qui repousse les limites de l’innovation journalistique. Ce débat a eu lieu dans le cadre de la 2ᵉ Conférence mondiale des journalistes scientifiques francophones (CMJSF), un rendez-vous qui réunit des professionnels de l’information scientifique venus de divers horizons pour échanger sur les enjeux de leur métier.

    Lors d’une discussion entre le Dr Constant Koné, médecin et chercheur à l’Institut Pasteur, et Ani Mardochée Boli, journaliste scientifique, le ton était à la nuance… mais résolument tourné vers l’avenir. Avec calme et précision, le Dr Koné a présenté l’IA comme un outil – ni plus, ni moins. Un prolongement de l’intelligence humaine, pas son remplaçant.

    Il affirme que l’intelligence artificielle peut aider à raffiner des résultats, notamment en recherche, mais qu’elle ne saurait se substituer à l’effort intellectuel humain. Elle appuie ce qui est déjà là, elle complète, sans jamais supplanter. Pas de raccourci magique, pas de vérité automatique – seulement une aide bien encadrée.

    Face à lui, Ani Mardochée Boli a souri, puis confirmé : oui, il utilise l’IA. Au quotidien. Il jongle avec plusieurs plateformes, confronte les réponses, croise les sources. Selon lui, il n’est plus question aujourd’hui de passer une journée entière dans les archives alors qu’un outil peut offrir, en quelques minutes, une synthèse de qualité. Mais il tempère rapidement : « Il faut faire attention. Avec l’IA, une mauvaise question donne une mauvaise réponse. » Le ton est donné. L’IA ne fait pas de miracles. Elle répond à ce qu’on lui demande. Et c’est là que tout se joue.

    Un point sur lequel le Dr Koné est revenu avec insistance : la qualité des résultats dépend de la manière dont on formule les requêtes. Les fameux prompts, comme on les appelle. Il plaide pour que les journalistes s’initient à cette nouvelle grammaire. Qu’ils apprennent à dialoguer avec l’outil. Car, rappelle-t-il, derrière l’IA, il y a d’abord le travail humain : celui des programmeurs, des chercheurs, des analystes. Et comme toute technologie, elle s’améliore avec le temps. Elle apprend, elle s’affine. Il en a d’ailleurs profité pour répondre à un confrère congolais, déçu par une réponse erronée que l’IA lui avait donnée : « Elle apprend avec vous. Et, au fur et à mesure, elle vous apprend aussi. »

    Ce jour-là, dans la salle, certains hochaient la tête, d’autres restaient pensifs. L’enthousiasme d’un côté, les réserves de l’autre. Une chose est sûre : l’IA ne laisse personne indifférent. Lors du Digital Media Africa tenu en 2024 au Kenya, le mot d’ordre était clair : il ne faut pas fuir l’IA, il faut l’embrasser. Maximiser ses opportunités, oui, mais sans oublier que l’humain reste aux commandes. L’IA ne doit pas décider à la place du journaliste. Elle ne doit pas écrire les histoires, seulement aider à mieux les raconter.

    Dans les rédactions, elle peut corriger nos fautes, affiner nos titres, retranscrire nos interviews audio, générer des images d’illustration quand les photos réelles  manquent. Elle peut même suggérer des angles d’approche. Mais elle ne remplacera jamais l’intuition d’un bon reporter, ni l’œil critique d’un rédacteur chevronné.

    Alors, faut-il embrasser l’IA ? Sans doute. Mais les bras grands ouverts, l’esprit critique bien éveillé, et la curiosité comme boussole.

  • Vaccins en Afrique: A la croisée des regards entre journalistes et experts

    Fulgence Niyonagize, Abidjan

    Alors que la production locale de vaccins progresse en Afrique, la transparence, la souveraineté sanitaire et la confiance du public restent au cœur des débats. À la Conférence mondiale des journalistes scientifiques francophones à Abidjan, experts et journalistes ont croisé leurs regards sur les défis et les espoirs liés à la vaccination sur le continent.

    La transparence scientifique dans la production et la distribution des vaccins a été au cœur d’un débat animé lors de la Conférence mondiale des journalistes scientifiques francophones, tenue à Abidjan. Tout est parti d’une question incisive du journaliste togolais Domegni Maxime sur les dynamiques parfois opaques entourant l’accès aux vaccins, notamment en Afrique.

    Le professeur Adjogoua Edgard Valery, responsable du département des virus épidémiologiques à l’Institut Pasteur de Côte d’Ivoire, a réagi sans détour : « Ce n’est pas la communauté scientifique qui manque de transparence. Les résultats des recherches sont publics. Aucun scientifique ne fait des découvertes pour les enfermer dans un tiroir. »

    Selon lui, les chercheurs accomplissent leur mission, mais les blocages surgissent plus tard : « Un vaccin peut être mis au point avec tous les gages de fiabilité, mais sa distribution dépendra de considérations politiques et économiques. »

    Ces considérations sont bien réelles. Le professeur illustre : « Si un vaccin coûte 60 $, et qu’il faut vacciner un million de personnes dans un pays de 60 millions d’habitants, cela représente un défi colossal. Ce n’est pas qu’une question de doses, mais d’organisation, d’infrastructures, de moyens… »

    Vers une souveraineté vaccinale… mais durable

    Face à ces défis d’accès, plusieurs experts appellent à une souveraineté sanitaire africaine. La journaliste scientifique française Lise Barnéoud a rappelé qu’au plus fort de la pandémie de COVID-19, les pays africains avaient été relégués au second plan :
    « Ce n’était pas parce qu’ils n’avaient pas les moyens, mais parce que les doses étaient rares et les prix élevés. La priorité allait aux pays riches », dit-elle, dénonçant au passage certaines opacités et un « sadisme vaccinal » latent dans la géopolitique de la santé mondiale.

    Pour remédier à ces injustices, plusieurs pays africains ont décidé de produire localement leurs propres vaccins, avec le soutien de l’Union africaine via l’Africa CDC. Le Dr Sofonias Assefa, de l’Africa CDC, défend cette initiative : « Produire en Afrique permet non seulement de réduire les coûts, mais surtout de se réapproprier la vaccination. C’est vacciner chez soi, avec ses propres moyens. »

    Mais pour lui, la vision ne doit pas s’arrêter aux usines : « L’objectif n’est pas seulement d’avoir des chaînes de production. Nous travaillons à renforcer la santé communautaire, la communication des risques, l’engagement des populations, et même la santé mentale. »

    Des infrastructures émergent déjà au Sénégal, en Afrique du Sud, au Rwanda, au Ghana. Et pas seulement pour la COVID-19 : on parle aussi de vaccins contre le paludisme, la fièvre jaune ou la tuberculose. Cependant, cette ambition s’accompagne de nouveaux défis.« Il ne faudrait pas que cette volonté nuise à l’environnement », prévient Lise Barnéoud. « Construire des usines sans penser à la pollution ou à la durabilité serait une erreur. L’Afrique peut devenir souveraine, mais pas au prix de sa biodiversité. »

    Restaurer la confiance : une priorité

    Derrière ces échanges passionnés, un mot revient inlassablement: confiance.
    Une confiance fragile entre scientifiques, gouvernements et citoyens, mise à mal par les inégalités d’accès, les tensions géopolitiques et les discours complotistes.

    Professeur Adjogoua insiste :« On peut avoir le meilleur vaccin, si les gens n’y croient pas, c’est inutile. » Il cite un exemple frappant :« Dans mon pays, beaucoup pensent que les produits chinois sont de mauvaise qualité. Pourquoi ? Parce qu’un jour, une rumeur est née… et personne ne l’a contredite. »

    Le manque de confiance ne vient pas seulement d’un déficit de transparence, mais souvent d’un vide de communication. C’est pourquoi le Dr Sofonias Assefa tient aussi à déconstruire certaines théories conspirationnistes selon lesquelles les vaccins serviraient à exterminer les Africains:
    « Si on voulait vraiment exterminer la population africaine, on n’aurait pas besoin d’un vaccin. Tous les médicaments dans nos hôpitaux viennent d’Europe. Un virus suffirait. »

    Restaurer la confiance nécessite plus que des discours scientifiques. Il faut éduquer, impliquer les communautés et bâtir une culture du dialogue. La souveraineté vaccinale ne sera efficace et durable qu’à cette condition.

  • COVID-19 et maladies émergentes: le retour des infections met en lumière l’oubli des infrastructures d’hygiène

    Alors que le district de Nyarugenge appelle à la vigilance face à la résurgence des maladies contagieuses, le manque de suivi des infrastructures sanitaires déployées durant la pandémie soulève une question cruciale : celle de la durabilité des mesures sanitaires. Cette situation interpelle sur la capacité des institutions à inscrire l’hygiène dans la durée, au-delà des périodes de crise.

    Par Fulgence Niyonagize

    Le communiqué diffusé le 10 juin 2025 par l’Hôpital du District de Nyarugenge est clair: les maladies infectieuses gagnent du terrain. En plus de la MPOX (anciennement variole du singe), de la grippe et du paludisme, la COVID-19 refait surface dans plusieurs quartiers du centre-ville de Kigali. Les autorités sanitaires recommandent de se laver régulièrement les mains, de consulter un professionnel de santé au moindre symptôme, et de ne pas céder à l’automédication.

    Mais une question brûlante refait surface : où sont passées les infrastructures sanitaires massivement installées il y a quatre ans pour endiguer la pandémie ? Pourquoi sont-elles (là où elles existent encore, Ndlr) oubliées, comme si l’hygiène ne servait que lorsqu’une pandémie éclate ?

    Des dispositifs installés, puis oubliés

    Dans les marchés, églises, institutions publiques, bureaux, écoles ou arrêts de bus, des dizaines de stations de lavage des mains avaient été mises en place dès 2020. L’eau coulait des lavabos, les seaux étaient remplis de savon liquide, les affiches encourageaient une hygiène rigoureuse. Pourtant aujourd’hui, la plupart de ces dispositifs sont à l’abandon, rouillés ou démontés.

    « Une fois la menace immédiate passée, les bonnes pratiques s’effondrent comme un château de cartes si elles ne sont pas ancrées dans un système solide de santé publique», écrivais-je dans mon article publié sur Paxpress en 2023, intitulé “The hygiene culture: A timeless necessity beyond the pandemic”.

    Le problème dépasse l’usure ou l’oubli : l’absence de suivi institutionnel oblige certains à racheter du matériel déjà acquis lors de la crise sanitaire. Ainsi, pour relancer les gestes barrières, il n’est pas exagéré de penser que certaines églises et écoles vont devoir se rééquiper en robinets, seaux à pédale et savon, un gaspillage évitable si un mécanisme d’entretien et de rappel avait été maintenu.

    Une culture d’hygiène, pas une réaction d’urgence

    L’approche circonstancielle, où les règles sanitaires apparaissent et disparaissent au gré des crises, montre aujourd’hui ses limites. À la conférence d’Abidjan sur la stratégie One Health (9–14 juin 2025), plusieurs experts ont insisté sur la nécessité de bâtir une culture quotidienne d’hygiène, plutôt qu’une réaction épisodique aux épidémies.

    « L’approche One Health appelle à une coordination intersectorielle et à une mémoire institutionnelle des crises sanitaires passées », a rappelé un intervenant.
    « La durabilité ne dépend pas seulement des ressources, mais aussi du suivi des dispositifs mis en place », a-t-il ajouté.

    Cette mémoire semble faire défaut. Le Rwanda, à l’instar d’autres pays de la région, reste prisonnier d’un cycle court-termiste, où les crises imposent des solutions rapides, mais où l’entre-deux est marqué par le relâchement de la maintenance et de la sensibilisation.

    Une opportunité à ne pas manquer

    Le communiqué du District de Nyarugenge n’est pas seulement un signal d’alerte sanitaire: c’est un rappel institutionnel que l’urgence ne peut pas être le seul moteur de l’action publique. En demandant aux citoyens de reprendre les gestes d’hygiène, les autorités devraient aussi réactiver l’entretien des infrastructures existantes, prévoir leur maintenance et renforcer l’éducation à l’hygiène, pas seulement en période de crise.

    Mettre l’hygiène au cœur de la vie quotidienne, c’est refuser que les mains se lavent uniquement lorsque la maladie fait la une des médias. C’est considérer que chaque robinet installé, chaque savon fourni, chaque affiche imprimée est un investissement de long terme dans la santé publique.

    Et surtout, c’est admettre que la vraie résilience ne se mesure pas à la rapidité d’intervention… mais à la capacité de durer.

  • Le Rwanda accueille 70 nouveaux rhinocéros blancs

    L’Agence Rwandaise de Développement (RDB) et l’ONG de conservation African Parks, basée à Johannesburg, ont annoncé mardi 10 juin 2025 le transfert réussi de 70 rhinocéros blancs du sud d’Afrique vers le parc national d’Akagera.

    Dans un communiqué conjoint, RDB et African Parks précisent que cette opération, réalisée en deux phases sur trois jours, s’inscrit dans les efforts régionaux de conservation et confirme le rôle croissant du Rwanda dans la préservation internationale des rhinocéros.

    Ces animaux ont été transportés depuis l’Afrique du Sud jusqu’à Kigali à bord d’un Boeing 747 et ont été acheminés vers le parc national d’Akagera, situé dans la province de l’Est où se situe le parc national d’Akagera.

    « L’objectif de cette initiative est de réintroduire plus de 2 000 rhinocéros dans des zones protégées sûres et bien gérées à travers le continent », indique le communiqué.

    « Cela permettra d’établir plusieurs populations viables de rhinocéros blancs du sud, réduisant ainsi les risques pour l’avenir de l’espèce et jouant un rôle essentiel dans la restauration des écosystèmes. »

    En 2021, African Parks avait déjà transféré 30 rhinocéros blancs du sud vers Akagera. Selon le RDB, cette population initiale compte aujourd’hui 41 animaux.

    « Fort de ce succès, les 70 animaux supplémentaires joueront un rôle crucial dans la mise en place de méta-populations à l’échelle du continent, ouvrant la voie à une expansion future de leur aire de répartition », poursuit le communiqué.

    Message de Jean‑Guy Afrika, Directeur Général de RDB:

    « Cette translocation historique reflète la contribution grandissante du Rwanda aux efforts mondiaux de conservation. Notre engagement envers la protection des espèces menacées s’inscrit pleinement dans notre vision d’un tourisme durable, où une faune prospère et des zones protégées bien gérées, comme le parc national d’Akagera, créent une valeur pérenne à la fois pour les visiteurs et les communautés. Ce jalon renforce notre détermination à renforcer les paysages protégés du Rwanda et à accroître l’attrait du pays en tant que destination de tourisme axée sur la conservation. Nous remercions nos partenaires pour leur collaboration continue et leur engagement partagé en faveur de la préservation du patrimoine naturel de l’Afrique. »

    Après leur arrivée à l’aéroport de Kigali, ils ont été transportés vers le parc national d’Akagera

  • Est de la RDC : Et si la stabilité venait d’ailleurs ?

    Par Danny Kirenga

    Les grandes villes de l’Est de la RDC et les localités environnantes, notamment Goma et Bukavu (respectivement au Nord‑Kivu et au Sud‑Kivu), sont depuis un certain temps sous contrôle de l’AFC/M23. Elles y sont en sécurité, contrairement au reste de ce vaste pays. La stabilisation de l’Est de la RDC n’est pas le fruit de discours, de promesses creuses, ni de pactes de paix sans lendemain. Elle résulte d’un changement de paradigme imposé par l’AFC/M23, qui a su, là où l’État a échoué, garantir sécurité, ordre et relance sociale.

    Depuis plus de trois décennies, l’Est de la République Démocratique du Congo (RDC) est devenu le théâtre d’un chaos multiforme, alimenté par la prolifération de groupes armés, l’incurie de l’État central et l’inefficacité des missions onusiennes censées garantir la paix. Pourtant, un changement palpable s’observe depuis la prise de plusieurs grandes villes par l’Alliance pour le Changement (AFC) et le M23: une stabilisation progressive des territoires longtemps abandonnés et déchirés.

    La RDC, pays aux neuf frontières et au potentiel géostratégique immense, n’a jamais réussi à se doter d’une armée digne de sa superficie, de sa population ou encore de ses enjeux régionaux. Soixante-et-un ans après l’indépendance, son histoire est jalonnée de conflits armés, de rébellions, et de crises humanitaires, souvent aggravées par la faiblesse chronique de l’État et l’absence d’une vision sécuritaire cohérente.

    Avant 2022, la situation dans des localités comme Bunagana, Goma ou Bukavu se résumait à une misère sociale extrême et une insécurité permanente, sous le regard passif — voire complice — de Kinshasa et de la MONUSCO. Loin d’un État protecteur, les populations locales subissaient quotidiennement les violences des groupes armés comme les FDLR, les Maï-Maï et d’autres milices opérant librement.

    C’est dans ce contexte de chaos généralisé que l’AFC/M23 a pris position à Bunagana en 2022, affirmant vouloir protéger la communauté tutsi congolaise oubliée par Kinshasa, mettre fin à la présence des groupes armés et poser les bases d’un développement économique local. Depuis, des avancées concrètes sont observables: les routes sont sécurisées, les activités commerciales ont repris, les écoles et structures sanitaires fonctionnent à nouveau, et les populations, longtemps déplacées, commencent à revenir dans leurs villages.

    Les FDLR, longtemps considérés comme l’épine dorsale de l’insécurité régionale, ont été affaiblis voire chassés de plusieurs zones. Les groupes armés locaux, qui pullulaient sous les yeux des autorités, ne sont plus une menace majeure.

    Pendant ce temps, à Kinshasa, le régime en place détourne l’attention de l’opinion avec des projets sans aboutissement clair — comme l’aéroport de Ndjili ou la réhabilitation sans fin du grand marché central. Pire encore, la corruption et le détournement des fonds publics ont atteint un niveau structurel, impliquant les plus hautes sphères du pouvoir, y compris la famille présidentielle. Le cas récent du ministre Constant Mutamba, éclaboussé par des soupçons de corruption au cœur même des institutions, illustre tristement la transformation du pillage des deniers publics en véritable culture nationale, notamment dans les entités publiques et les services militaires.

    Pendant que les citoyens de l’Est retrouvent un semblant de normalité sous l’administration de l’AFC/M23, ceux de Kinshasa subissent une insécurité urbaine croissante, des braquages quotidiens, et un silence médiatique total sur les injustices et inégalités criantes. L’Est est censuré. Y vivre, c’est être réduit au silence, comme si l’on n’était pas Congolais.

    De là, une question se pose : Pourquoi Kinshasa a-t-elle peur de la paix dans l’Est ?

  • Une seule santé: journalistes et chercheurs face à l’urgence d’une approche globale

    Par Fulgence Niyonagize, Abidjan

    À Abidjan, ils sont venus de plus de quinze pays francophones pour réfléchir ensemble à une question devenue cruciale : «Sommes-nous prêts, journalistes et chercheurs, à faire de l’approche Une seule santé une réponse crédible face aux crises sanitaires, écologiques et sociales de notre temps ?» Du 9 au 14 juin 2025, dans les amphithéâtres de l’Université Félix-Houphouët-Boigny et au cœur du Parc national du Banco, la 2ᵉ Conférence mondiale des journalistes scientifiques francophones  rassemble plus d’une centaine de spécialistes et de journalistes pour penser autrement la santé : «non plus en silos, mais comme un tout».

    Santé humaine, animale et écologique interconnectée

    L’approche Une seule santé (One Health) repose sur une idée simple, mais encore trop peu appliquée : « la santé humaine est intimement liée à celle des animaux et des écosystèmes ». Elle part d’un constat fondamental : la santé des humains, des animaux et des écosystèmes est intimement liée. Elle vise à rompre avec une vision fragmentée pour traiter la santé comme un système interconnecté. Pourtant, partout sur le continent, la pression urbaine, la pollution et la dégradation de la biodiversité bouleversent ces équilibres fragiles. Le professeur Mathurin Koffi alerte : « L’urbanisation massive pousse les espèces animales à migrer ou à disparaître. Les rapports entre animaux, humains, temps et espace se trouvent modifiés. Résultat : l’émergence de zoonoses devient de plus en plus fréquente, et nos systèmes immunitaires n’ont plus le temps de s’adapter ».

    Le constat est partagé par le Dr Étile Raphaël N’Doua, de l’ONG SOS Forêts, qui prévient: «La situation environnementale actuelle constitue une bombe à retardement. La pollution des eaux entraîne une contamination des poissons, des organismes aquatiques, et inévitablement, de l’homme ». Pour lui, « il est urgent d’adopter une lecture globale de la santé, qui dépasse les urgences immédiates ». « Le moment est venu de considérer chaque élément de la chaîne vivante comme interdépendant: les humains, les animaux, les plantes et leurs milieux » ajoute-t-il.

    Vers un journalisme scientifique global

    Cette vision appelle un changement de posture, notamment du côté des journalistes. Pour Kossi Balao, président de l’Association des Journalistes scientifiques de Côte d’Ivoire, dénommée Médias pour la Science et le Development (MSD), «la presse ne peut plus se contenter de traiter la santé comme une suite de faits divers ou d’alertes épidémiques». « Il faut intégrer durablement One Health dans les rédactions, l’éditorialiser, le prioriser ». Le journalisme scientifique, selon lui, « ne doit pas seulement relayer l’information, il doit la traduire,la simplifier, la contextualiser, la rendre intelligible ». Mamadou Traoré, président du Mouvement Science et Développement, insiste quant à lui sur « la nécessité d’intégrer les sciences dans la culture médiatique, de sorte que chaque citoyen puisse accéder à une information claire, fondée sur des données fiables ».

    La santé végétale, un maillon souvent négligé

    Un angle reste trop souvent ignoré: celui de la santé végétale. Le professeur Mathurin Koffi, généticien, rappelle que « ce que nous consommons détermine largement notre état de santé ». « Si les plantes sont malades, si elles absorbent des métaux lourds ou des pesticides non dégradables, ces substances finissent dans nos assiettes, puis dans nos corps ». Selon lui, « les maladies des plantes, bien que silencieuses, sont des vecteurs directs de pathologies humaines ». Il est donc urgent « d’intégrer les plantes dans l’approche One Health, et de reconnaître leur rôle dans la chaîne de prévention ».

    Tout au long de la conférence, chercheurs, journalistes, sociologues, épidémiologistes, vétérinaires et communicateurs partagent leurs expériences, confrontent leurs langages, et imaginent de nouvelles alliances.

    Au-delà des échanges, un consensus émerge : « Face à la multiplication des épidémies, à la résistance croissante aux antimicrobiens, aux bouleversements écologiques, nous n’avons plus le luxe d’agir seuls ». Et cela n’est pas gratuit. Pour ce journaliste burkinabé: «Les journalistes doivent renforcer leurs compétences scientifiques, les chercheurs doivent apprendre à raconter ce qu’ils découvrent, et les décideurs doivent s’appuyer sur des données accessibles. Et pour les journalistes, il ne s’agit plus seulement d’informer, mais de construire un contrat de confiance entre science, médias et société. Car ce n’est qu’en comprenant ensemble ce qui nous relie à notre environnement que nous pourrons prévenir les crises de demain».

     

  • APR BBC file en demi-finales de la BAL 2025

    APR Basket Ball Club du Rwanda vient de valider son ticket pour les demi-finales de la Basketball Africa League (BAL) 2025, en s’imposant face aux Rivers Hoopers (Nigeria) lors d’un quart de finale disputé le 9 juin 2025 à la SunBet Arena de Pretoria, en Afrique du Sud.

    Ils ont battu les Rivers Hoopers du Nigeria avec un score final de 104 à 73, soit une victoire avec 31 points d’écart.

    APR BBC a dominé grâce à une défense intérieure solide, une efficacité remarquable à longue distance et une distribution de ballons fluide. De leur côté, les Rivers Hoopers ont tenté de soutenir le rythme avec certaines passes décisives et 11 interceptions, mais n’ont pas pu suivre le niveau d’énergie et de précision d’APR.

    Le match faisait partie des quarts de finale de la Basketball Africa League (BAL) 2025, saison 5, dans cette compétition qui se déroule du 6 au 14 juin 2025 à la SunBet Arena de Pretoria en Afrique du Sud.

    Grâce à cette victoire, APR BBC se qualifie pour le Final Four de la BAL 2025, qui commence le 11 juin à Pretoria.

  • Attention au Covid‑19 qui réapparait au Rwanda

    Le Centre biomédical du Rwandae (RBC) a annoncé que l’épidémie de Covid‑19 réapparaît au Rwanda, alors que la pandémie continue de se renforcer dans plusieurs pays à travers le monde.

    Le Directeur Général de la RBC, le Professeur Claude Mambo Muvunyi, a confié au journal IGIHE que, face à la résurgence de la pandémie dans plusieurs pays, une enquête a été menée pour évaluer la situation dans le pays.

    Il a indiqué que sur les 16 000 tests réalisés, 0,7 % des cas se sont révélés positifs au Covid‑19, et que les personnes infectées recevaient actuellement des soins.

    “Dès que nous avons constaté une augmentation des cas aux États‑Unis, nous avons mené les tests et décelé quelques cas ici, au Rwanda. ”

    Il a ajouté que les résultats ne doivent pas inquiéter les habitants, car les personnes testées positives présentent des symptômes bénins comparables à ceux d’un simple rhume, et les cas Covid‑19 représentent moins de 1 % des tests effectués.

    “Aucun motif alarmant n’a été identifié ; les personnes dépistées sont en bonne santé et reçoivent des soins, et parmi nos 16 000 prélèvements, le taux d’infection reste faible. ”

    La hausse récente des cas signalée dans des pays comme le Royaume‑Uni et les États‑Unis concerne un nouveau variant nommé NB.1.8.1, désormais à l’origine d’environ 10 % des infections mondiales, et détecté notamment en Irlande du Nord et au Pays de Galles. Bien que ce variant ne semble pas provoquer des symptômes plus graves, les spécialistes alertent qu’il pourrait avoir une capacité de pénétration plus rapide dans les cellules.

    L’OMS indique que le Covid‑19 continue d’évoluer depuis janvier jusqu’en mai 2025. Les variantes actuellement en circulation semblent être les plus contagieuses à ce jour. Depuis janvier 2025, la variante Omicron s’est répandue dans de nombreux États‑Unis, ainsi qu’en Australie, en Thaïlande, et domine également en Chine et à Hong Kong.

    Le Professeur Mambo Muvunyi a précisé que parmi les personnes détectées porteuses du virus, figurent principalement des personnes qui voyagent beaucoup et des personnes en contact avec elles.
    Ces patients reçoivent un traitement standard et sont invités à adopter des mesures simples pour éviter toute contamination.

    “Nous exhortons les citoyens à la prudence: toute personne ayant des symptômes de rhume doit se faire tester, éviter de contaminer les autres, se laver les mains régulièrement, et porter un masque en cas de symptômes.”

    Avec l’été qui approche, les cas pourraient augmenter. Le Rwanda est prêt à y faire face, mais il appelle la population à préserver la vigilance et à continuer les gestes barrières pour éviter une recrudescence.

    SOURCE: @IGIHE

  • Crise dans l’Est de la RDC: Il est temps d’examiner la responsabilité de Kinshasa

    Depuis la publication du rapport du 25 mai 2025 du Groupe d’experts des Nations unies sur la République démocratique du Congo (RDC), la machine médiatique et diplomatique semble lancée : Kigali est accusé de soutenir le mouvement rebelle M23, de déstabiliser la région, voire de chercher à s’accaparer les ressources naturelles du Congo.

    Ce récit, désormais bien rôdé, ignore pourtant une réalité tout aussi documentée dans ce même rapport : la part de responsabilité de l’État congolais dans l’aggravation du conflit, sa complicité avec des groupes armés génocidaires, ses violations des sanctions onusiennes et de la crise humanitaire qui en découle.

    Des alliances troublantes avec des forces génocidaires

    Selon le rapport, le gouvernement de la RDC continue de s’appuyer sur les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), un groupe armé composé d’anciens génocidaires rwandais, pourtant sanctionné par les Nations unies.

    « Le Gouvernement de la RDC a continué à s’appuyer systématiquement sur les groupes Wazalendo, y compris les FDLR sanctionnés par l’ONU, pour combattre les AFC/M23 et les RDF. » (p. 18)

    Cela signifie que, malgré les alertes internationales répétées, Kinshasa a noué une alliance stratégique avec une organisation qui incarne l’idéologie génocidaire et qui constitue une menace directe à la sécurité régionale.

    Des violations claires du régime de sanctions

    Plus grave encore, le rapport indique que le gouvernement congolais a fourni des fonds et du matériel logistique à ces milices, en violation directe du régime de sanctions de l’ONU:

    « Le Gouvernement de la RDC a ensuite transféré de l’argent et du matériel logistique à ces groupes, en violation du régime de sanctions. » (p. 18)

    Un tel acte, venant d’un Etat souverain, mine les mécanismes internationaux de paix et compromet sérieusement les efforts diplomatiques régionaux.

    Une armée en déroute, une violence incontrôlée

    Les Forces armées de la RDC (FARDC), censées protéger la population, sont décrites dans le rapport comme étant dans un état de désorganisation avancée :

    «L’assassinat du général de division Cirimwami, la fuite du haut commandement des FARDC et la retraite massive ont laissé les groupes armés livrés à eux-mêmes, sans coordination. » (p. 18)

    Ce vide sécuritaire a permis l’expansion rapide d’autres groupes armés, tout en précipitant des violations graves contre les civils. En se retirant, les FARDC et leurs alliés Wazalendo ont commis des actes de violence sexuelle, des pillages et des exécutions sommaires:

    « Lors de leur retraite, les FARDC et les combattants Wazalendo ont commis des pillages à grande échelle, des violences sexuelles et des meurtres. » (p. 1)

    Xénophobie et discours de haine en pleine ascension

    Le rapport souligne également l’explosion de la haine ethnique en RDC, dirigée contre les Congolais rwandophones, souvent assimilés aux rebelles ou aux Rwandais :

    « Des violences populaires, y compris à Kinshasa, ont visé des individus perçus comme soutenant les AFC/M23 ou le Rwanda, souvent sur la base de leur apparence physique ou de la langue parlée. » (p. 1)

    Là encore, le silence ou l’inaction du gouvernement congolais face à ces violences intercommunautaires pose question.

    Un narratif déséquilibré à repenser

    Ce qui se dégage du rapport du Groupe d’experts n’est pas seulement une critique des agissements du M23 ou des allégations contre le Rwanda. C’est aussi le constat accablant que le gouvernement congolais agit de manière irresponsable, en armant des milices ethniques, en coopérant avec des groupes génocidaires, en minant les mécanismes de paix régionaux et en abandonnant les populations à leur sort.

    Tenir un seul acteur pour responsable revient à masquer les causes profondes de la crise, et à fermer les yeux sur les erreurs répétées de Kinshasa. Pour parvenir à une paix durable, il est temps d’exiger une reddition de comptes équilibrée.

    Le silence sur les manquements de la RDC est non seulement injuste, mais dangereux. Il alimente un cycle de victimisation politique, tout en perpétuant l’instabilité et la souffrance humaine. L’heure est venue de sortir d’une diplomatie à géométrie variable. Toutes les parties doivent être tenues responsables – sans exception.

    NDLR: L’auteur est analyste régional et contributeur régulier aux débats sur la paix et la sécurité en Afrique centrale

  • Ligue des Nations : Le Portugal de Ronaldo terrasse l’Espagne

    Le Portugal a une nouvelle fois écrit l’histoire en s’imposant en finale de la Ligue des Nations 2025 face à l’Espagne, tenante du titre, au terme d’un match épique (2-2, puis 5-4 en tirs au but). À 40 ans, Cristiano Ronaldo, encore buteur, a mené une Seleção héroïque, portée par un Nuno Mendes monumental, à un deuxième sacre dans cette jeune compétition.

    Mené à deux reprises, d’abord sur un but de Zubimendi, puis par Oyarzabal en prolongation, le Portugal n’a jamais lâché. Nuno Mendes, survolté, a répondu par une égalisation superbe du gauche dès la première période, avant de faire la différence en toute fin de prolongation. Son débordement a permis à Ronaldo d’égaliser à nouveau, d’un coup de tête rageur qui a rappelé son éternel instinct de buteur.

    Le héros de la séance de tirs au but s’appelle Diogo Costa. Le gardien portugais a détourné la tentative d’Alvaro Morata, offrant à Ruben Neves une balle de titre que le milieu de terrain n’a pas manquée. La frappe pleine de sang-froid a fait chavirer de bonheur les supporters portugais massés dans les tribunes de l’Allianz Arena.

    Cette victoire confirme le statut du Portugal comme grande nation européenne, déjà vainqueur de la première édition en 2019. Ronaldo, une fois encore, a montré l’exemple avant de sortir à l’entame de la prolongation, comme en 2016 au Stade de France. Mais cette fois encore, il soulève un trophée majeur, témoin d’une génération mêlant talent, expérience et mental d’acier. La Roja de Lamine Yamal devra attendre. Le trône appartient à nouveau au Portugal.