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  • Un présumé génocidaire extradé de Norvège à Kigali : “Kripos m’a trahi”, clame-t-il

    Fulgence Niyonagize

    Ce jeudi, les autorités judiciaires rwandaises ont officiellement réceptionné François Gasana, également connu sous le nom de Franky DUSABE, extradé de Norvège pour répondre de crimes présumés liés au génocide perpétré contre les Tutsis en 1994.

    Sur le tarmac de l’aéroport international de Kigali, sous haute surveillance, l’homme est apparu menotté, escorté par deux policiers lourdement armés. Il portait un T-shirt noir au message provocateur inscrit en norvégien : « Kripos sviktet meg », soit « Kripos m’a trahi ». Ce slogan vise directement l’unité norvégienne de lutte contre le crime organisé (Kripos), manifestement accusée par le suspect de l’avoir “abandonné” après des années de procédures judiciaires.

    Selon le communiqué officiel publié le même jour par le Parquet Général du Rwanda, François Gasana avait été condamné en 2007 par le Tribunal Gacaca de Nyange à 19 ans de prison pour son implication active dans le génocide. Né en 1972 à Bitabage, cellule Ndaro, district de Ngororero dans la province de l’Ouest, il était alors étudiant et résidait dans la même région.

    Les autorités rwandaises accusent Gasana d’avoir participé à des attaques visant la population tutsie. Les détails précis des charges, s’ils restent à confirmer devant les juridictions nationales, concernent notamment des actes de violence et de collaboration avec les structures génocidaires locales.

    Après plusieurs années passées en Norvège, François Gasana a été appréhendé à Oslo en octobre 2022. Il était alors âgé d’environ 50 ans et avait déjà fait l’objet d’un mandat d’arrêt international pour son rôle présumé dans le génocide.

    Son arrestation en Norvège est intervenue suite à une demande formelle d’extradition émanant du gouvernement rwandais. La police criminelle norvégienne (Kripos) a précisé avoir réalisé plusieurs investigations préalables avant d’exécuter l’arrestation.

    Son extradition est le fruit  d’une coopération judiciaire étroite entre Kigali et Oslo, inscrite dans les engagements internationaux visant à combattre l’impunité des auteurs présumés de crimes contre l’humanité.

    Dans sa déclaration officielle, le Parquet Général du Rwanda a salué la collaboration des autorités norvégiennes, rappelant que cet acte s’inscrit dans l’effort mondial de lutte contre l’impunité.

    Le message affiché sur son T-shirt laisse entrevoir une stratégie de défense centrée sur la contestation de la procédure et le sentiment de trahison par les autorités norvégiennes. Il sera prochainement présenté aux juges rwandais.

    Ce transfert relance la question plus large du suivi judiciaire des présumés génocidaires vivant à l’étranger. Selon des observateurs, l’affaire Gasana pourrait faire jurisprudence et renforcer la coopération internationale en matière de poursuites pénales pour le génocide des Tutsis.

  • L’ex-DG de la WASAC arrêté avec deux cadres

    Le Bureau d’Investigation du Rwanda (RIB) a annoncé l’arrestation du professeur Omar Munyaneza, ancien Directeur général de la Société nationale des eaux et de l’assainissement (WASAC), ainsi que de deux cadres de cette institution.

    Dans un communiqué publié sur ses réseaux sociaux, le RIB précise que ces trois responsables sont poursuivis pour corruption, favoritisme et sollicitation de faveurs sexuelles.

    Les suspects sont actuellement détenus dans les stations RIB de Kimihurura et de Kicukiro, en attendant la finalisation de leur dossier qui sera transmis au Parquet.

    En conclusion, le RIB remercie les personnes ayant contribué à la mise au jour de ces faits et rappelle que l’utilisation de fonctions publiques à des fins personnelles constitue une infraction passible de sanctions.

  • Allaitement exclusif en recul: de 87 % en 2015 à 81% en 2020, le Rwanda tire la sonnette d’alarme

    Dans le cadre du lancement officiel de la semaine dédiée à l’allaitement maternel, organisée à Matimba, dans le district de Nyagatare, l’Agence nationale de développement de l’enfant (NCDA) et ses partenaires ont donné le coup d’envoi d’une campagne de sensibilisation qui se déroulera tout au long du mois d’août 2025. Placée sous le thème “Investir dans l’allaitement, investir dans le futur”, cette initiative a pour objectif de rappeler à tous l’importance cruciale de l’allaitement pour un avenir meilleur des enfants.

    La cérémonie, présidée par Mireille Batamuriza, Secrétaire permanent au ministère du Genre et de la Promotion de la Famille et présidente du conseil d’administration de la NCDA, a également réuni la vice‑maire de Nyagatare, Juliette Murekatete, des représentants de World Vision, de l’UNICEF, ainsi que d’autres partenaires engagés.

    Mme Batamuriza a souligné deux constats préoccupants :

    “Au Rwanda, le taux d’allaitement exclusif, qui était de 87 % en 2015, a décliné à environ 81 % en 2020, tandis que le retard de croissance chez les enfants de moins de six mois a augmenté de 6% sur la même période. C’est une situation alarmante. Nous devons tous, et particulièrement les femmes qui allaitent, prendre ce défi très au sérieux pour assurer une croissance optimale dès le plus jeune âge.” Cet appel poignant marque une urgence collective.

    Quant à Innocent Mutabaruka, représentant de World Vision, il a mis en avant la portée civilisationnelle de la démarche : “Ils sont les enfants d’aujourd’hui… mais ce sont eux qui façonneront le destin du pays dans le futur. Chaque enfant mérite le lait maternel pour asseoir une fondation solide pour sa vie.”

    A cette occasion, une démonstration concrète de posture d’allaitement a été réalisée devant le public:

    Il s’agissait d’installer la mère dans un espace calme, assise ou légèrement inclinée, avec un bon maintien, et de positionner le bébé aligné ventre contre ventre. L’accent a été mis sur le contact visuel, invitant l’enfant à regarder sa mère dans les yeux à chaque besoin — un moment empreint d’émotion, favorisant le lien affectif et l’éveil de l’enfant.

    Dans une ambiance participative, la troupe théâtrale Urunana a animé l’événement à travers des scénettes illustrant des messages de changement de comportement adressés aux parents et aux membres de la communauté. Le message central était clair : “Encourager l’allaitement exclusif pendant les six premiers mois, suivi d’une alimentation complémentaire équilibrée jusqu’à deux ans, afin de soutenir un développement sain chez l’enfant.”

    La semaine mondiale de l’allaitement maternel, célébrée chaque année du 1ᵉʳ au 7 août depuis 1991, trouve ici un écho national fort, rappelant l’importance d’un engagement continu en faveur de la santé des mères et des enfants.

    Le programme ENOUGH, porté par World Vision en partenariat avec le gouvernement, notamment la NCDA, a pour ambition de mettre fin à la malnutrition infantile.

    Les hommes ont aussi répondu nombreux
  • “Le Rwanda va accueillir jusqu’à 250 migrants en provenance des Etats-Unis” – Yolande Makolo

    Le Rwanda s’apprête à accueillir jusqu’à 250 migrants en provenance des États-Unis, à la suite d’un accord bilatéral signé entre Kigali et Washington, selon une annonce confirmée par la porte-parole du Gouvernement du Rwanda, Madame Yolande Makolo.

    Dans le cadre de cet accord, les États-Unis ont déjà transmis une première liste des personnes susceptibles d’être transférées au Rwanda, dans le cadre de leur politique visant à limiter l’entrée de migrants sans papiers sur leur territoire. Le Rwanda, de son côté, n’exclut pas la possibilité d’augmenter ce nombre au-delà des 250 initialement prévus, en fonction de l’évolution des discussions entre les deux parties.

    Un accueil basé sur des valeurs de solidarité

    Selon Madame Yolande Makolo :

    “Le Rwanda s’est entendu avec les États-Unis pour accueillir jusqu’à 250 migrants, en partie parce que presque chaque famille rwandaise a connu les difficultés liées au déplacement, et que nos valeurs sociétales sont fondées sur la réintégration et la réhabilitation. En vertu de cet accord, le Rwanda a la capacité d’approuver individuellement chaque personne proposée pour la réinstallation. Les personnes approuvées bénéficieront d’une formation professionnelle, de soins de santé et d’un soutien en matière de logement pour relancer leur vie au Rwanda, leur offrant ainsi la possibilité de contribuer à l’une des économies ayant connu la plus forte croissance au monde au cours de la dernière décennie.”

    Des garanties sur le profil des personnes accueillies

    Les autorités rwandaises ont précisé que seuls les individus ne faisant l’objet d’aucune poursuite judiciaire, n’ayant pas été condamnés pour des infractions graves, notamment celles liées aux abus sur mineurs et ayant déjà purgé leur peine le cas échéant, seront éligibles au transfert.

    Il est également important de noter qu’aucun migrant accueilli ne purgera une peine prononcée aux États-Unis, car aucun accord bilatéral n’autorise le transfert de détenus condamnés d’un pays à l’autre. De plus, les personnes transférées ne seront pas contraintes de rester sur le territoire rwandais si elles ne le souhaitent pas. Elles auront la possibilité, selon les conditions, de poursuivre leur réinstallation dans d’autres pays.

  • Le Sénat du Rwanda ratifie l’accord de paix signé entre Kigali et Kinshasa

    Le Sénat a approuvé la loi portant ratification de l’accord de paix conclu entre la République du Rwanda et la République Démocratique du Congo (RDC), signé à Washington, aux États-Unis, le 27 juin 2025.

    La séance plénière a été marquée par la présentation, par le ministre rwandais des Affaires étrangères, l’ambassadeur Olivier Nduhungirehe, du projet de loi visant à entériner officiellement cet accord bilatéral. Dans son exposé, le ministre a souligné que cet accord vise principalement à rétablir la paix et la stabilité dans la région, en mettant notamment fin à la présence du groupe armé FDLR sur le sol congolais.

    Parmi les éléments clés de l’accord figure le retour volontaire des réfugiés rwandais actuellement en RDC. Le ministre Nduhungirehe a précisé que ce retour ne pourra être envisagé qu’à condition que la paix soit effectivement rétablie dans les zones concernées. « Les réfugiés ne rentreront que si la situation sécuritaire le permet et que les causes de leur exil ont été levées », a-t-il affirmé.

    Les sénateurs, avant de voter, ont soulevé plusieurs interrogations. Ils ont notamment demandé si les conditions ayant conduit les réfugiés à fuir leur pays ont été résolues, et si la RDC montre une réelle volonté politique de restaurer durablement la sécurité, en éradiquant entre autres les groupes armés comme la FDLR.

    En réponse à ces préoccupations, le ministre a rappelé que la signature de l’accord représente une avancée significative, mais que sa mise en œuvre dépendra de l’engagement réel de la partie congolaise. Il a mis en garde contre toute attente excessive si la RDC ne montre pas la volonté d’appliquer les engagements pris.

    Au terme des échanges, les 26 sénateurs présents ont adopté à l’unanimité la loi de ratification de l’accord.

  •  Allaitement exclusif au Rwanda : un mois de mobilisation nationale en août 

    Tout le mois d’août, le Rwanda célèbre une grande campagne nationale dédiée à l’allaitement maternel exclusif. Organisée par l’Agence Rwandaise de Développement de l’Enfant (NCDA), cette initiative porte le slogan « Investir dans l’allaitement, investir dans l’avenir » et mobilise à travers des actions concrètes pour promouvoir cette pratique essentielle.

    Un lancement participatif pendant le Car‑Free Day

    Le dimanche 3 août, des milliers de Kigalois vêtus de t-shirts jaunes arborant le logo NCDA et le slogan imprimé dans le dos, ont répondu présents au “Car‑Free Day”, une initiative conjointe de la Ville de Kigali, de la NCDA et de ses partenaires. Cette journée sans voiture a été l’occasion d’organiser des activités sportives et de bien-être, tout en sensibilisant la population sur les bienfaits de l’allaitement exclusif.

    Des messages de sensibilisation

    Dès le 31 juillet, la NCDA a présenté aux médias les grandes lignes de la campagne du mois d’août. Les messages éducatifs seront diffusés via les réseaux sociaux, à la radio, à la télévision et par des supports de terrain, ciblant particulièrement les parents afin d’encourager des changements de comportement.

    Les messages clés diffusés par la NCDA insistent sur le démarrage immédiat de l’allaitement dès la première heure suivant la naissance, un geste crucial pour le nouveau-né comme pour la mère:

    • Apprendre à téter dès les premières heures facilite l’allaitement par la suite
    • Allaiter immédiatement réduit significativement les risques de saignements post-partum
    • Le colostrum — ce premier lait jaune — protège le nourrisson contre les infections et nettoie son système digestif des impuretés initiales
    • Le contact peau à peau favorise la régulation de la température et de la respiration du nourrisson dès les premiers instants.

     

    Réactions du public

    Sur les réseaux sociaux, Jeannette Umutoniwase a proposé que la campagne devienne un programme permanent et qu’elle s’étende aux lieux de travail pour soutenir les mères salariées. Elle encourage ainsi les employeurs à aménager des espaces de lactation adaptés pour favoriser un allaitement régulier et serein.

    L’OMS et l’UNICEF recommandent un allaitement maternel exclusif jusqu’à six mois, accompagné d’une diversification alimentaire appropriée, puis un allaitement continu jusqu’à deux ans ou plus.

    Au Rwanda, le taux d’allaitement exclusif était de 81 % en 2019‑2020, un taux élevé en comparaison régionale, mais en baisse par rapport à 87 % en 2015, notamment en raison de l’introduction prématurée d’aliments complémentaires avant l’âge de cinq mois.

  • Les parlementaires rwandais adoptent une loi autorisant la contraception dès 15 ans  

    La Chambre des députés a adopté lundi le 4 août 2025 une loi encadrant les services de santé. Cette réforme majeure autorise désormais les adolescentes dès 15 ans à accéder indépendamment à des services de contraception, préservatifs ou contraceptifs modernes, sans consentement parental.

    La loi permet également un encadrement légal de la gestation pour autrui (GPA) en tant que technologie de procréation médicalement assistée. Elle introduit des critères stricts et la mise en place d’un comité de régulation dédié, chargé de veiller aux bonnes pratiques éthiques et à la protection des droits des mères porteuses.

    Ce changement comble une lacune dans l’ancien texte, qui, bien que proclamant le droit universel à l’accès à des services de santé reproductive, réservait la prise de décision aux personnes majeures (18 ans). Les adolescents étaient donc exclus malgré l’esprit des dispositions.

    Débats au parlement

    Pendant les débats parlementaires, certains députés ont défendu l’approche « préservatif uniquement », estimant que les méthodes contraceptives hormonales comportent des risques pour les adolescentes. Toutefois, Veneranda Uwamariya, présidente de la Commission des affaires sociales, a répondu que cette stratégie seule n’a pas permis de réduire efficacement les grossesses précoces. Elle a souligné que « d’autres options devaient être envisagées », tout en affirmant que la réforme ne remplace pas l’autorité parentale mais apporte des solutions légales à un problème persistant.

    Une approche plus complète en santé reproductive

    Selon le Dr Yvan Butera, ministre d’État à la Santé, les campagnes traditionnelles de sensibilisation n’ont pas suffi à endiguer les grossesses chez les jeunes. Il explique qu’il fallait désormais coupler l’éducation avec un accès facilité à la contraception pour obtenir des résultats tangibles. Il a également alerté sur les conséquences sanitaires: les enfants nés de mères adolescentes présentent un risque accru de retard de croissance pouvant atteindre 38 %.

    Comité de régulation pour la GPA

    Enfin, le texte instaure un cadre réglementaire exigeant pour la gestation pour autrui et autres technologies de procréation assistée. Seuls les couples présentant des troubles documentés de fertilité pourront y recourir. Une autorité indépendante sera chargée d’assurer que la GPA se pratique dans un cadre strictement éthique, protégeant les droits de toutes les parties prenantes.

    le Dr Yvan Butera, ministre d’État à la Santé

     

  • Collation de grade à Gako: 81 officiers des RDF reçoivent les diplômes de licence en médecine générale, sciences sociales et militaires

    Les Forces Rwandaises de Défense (RDF) ont célébré à Gako le 4 août 2025 la collation de grade de quatre-vingt-un officiers ayant obtenu leur licence dans deux disciplines universitaires. Vingt d’entre eux ont reçu un diplôme en médecine générale et chirurgie, tandis que les soixante-et-un autres sont désormais titulaires d’une licence en sciences sociales et militaires, à l’issue d’un programme de quatre ans mené en partenariat avec l’Université du Rwanda (UR).

    “A l’ère des transformations technologiques rapides et des défis mondiaux, l’éducation n’est pas simplement un outil. C’est un impératif stratégique”, a affirmé , le Ministre Marizamunda dans son allocution du jour dans lequel il a décrit la cérémonie comme un moment charnière dans la carrière des officiers, saluant des années de dévouement, de discipline et de réussite académique sans faille.

    Le Ministre a souligné que la politique de défense rwandaise donne une grande importance à l’éducation dans les forces armées, afin de leur outiller des compétences nécessaires pour assurer la défense nationale et la sécurité régionale. Cette vision se traduit par l’offre de programmes universitaires formels, des formations spécialisées, et des partenariats stratégiques avec des institutions académiques comme l’UR.

    Le Recteur de l’UR a rendu hommage à la persévérance et au sens du service des diplômés : “Votre réussite aujourd’hui représente bien plus qu’un succès académique ; elle incarne le service à la nation… vous avez choisi des voies plaçant le bien-être des autres au centre de votre vocation professionnelle”. Il les a encouragés à exercer leurs fonctions avec professionnalisme, compassion et leadership, porteurs de l’espoir de la nation.

    L’Académie Militaire du Rwanda, historiquement connue pour ses formations de base des officiers, a enrichi son offre académique depuis plusieurs années, proposant un large éventail de domaines: médecine, sciences sociales et militaires, ingénierie mécanique, informatique, civil, soins infirmiers, mathématiques, chimie, biologie, physique et droit, toujours en partenariat avec l’UR.

    La cérémonie a été présidée par le ministre de la défense, Juvenal Marizamunda, accompagné du Recteur de l’UR, le Prof. Associé Didas Kayihura Muganga. Parmi les autres personnalités présentes figuraient le Ministre de l’Éducation, Joseph Nsengimana, ainsi que le Chef d’Etat-Major des RDF, le Général Mubarakh Muganga, et plusieurs hauts responsables militaires et gouvernementaux.

     

     

  • Le président Kagame a reçu une délégation du clergé de SECAM

    Le samedi 2 août 2025, le président Paul Kagame, a reçu au Village Urugwiro les représentants des participants à la 20ᵉ Assemblée plénière du Symposium des Conférences épiscopales d’Afrique et de Madagascar (SECAM). Le chef de l’État a exhorté les responsables catholiques africains, réunis dans ce cadre à Kigali, à tirer pleinement parti de leurs responsabilités afin de révéler le meilleur de l’humanité, tout en s’inspirant d’une histoire rwandaise qui incarne à la fois le pire et le meilleur.

    Il a déclaré :

    « L’histoire du Rwanda incarne à la fois le pire et le meilleur de l’humanité : un rappel que ceux qui endossent des responsabilités, tant dans l’État que dans l’Église, doivent en extraire le meilleur. Des échecs ont déjà eu lieu, mais les personnes de bien ne se laissent pas dominer par eux. Nous devons apprendre de notre histoire, travailler ensemble, et préparer le terrain pour l’espérance, la réconciliation et la paix — non seulement au Rwanda, mais sur l’ensemble de notre continent. »

    Plus de 250 responsables catholiques venus de toute l’Afrique participent à cette Assemblée, qui se tient à Kigali du 30 juillet au 4 août 2025. Ce rendez-vous, organisé tous les trois ans, rassemble cardinaux, évêques, prêtres, religieuses, laïcs et représentants de la jeunesse afin de réfléchir à la mission continentale de l’Église. Le thème de cette année est : « Christ, source d’espérance, de réconciliation et de paix ».

    Au programme des discussions : responsabilité politique, dialogue interreligieux, lutte contre le changement climatique, et accompagnement pastoral des catholiques vivant dans des contextes culturellement complexes, notamment les unions polygames.

    L’Assemblée a également servi de cadre aux élections du comité directeur de SECAM pour le mandat 2025–2028. Le cardinal Fridolin Ambongo, archevêque de Kinshasa, a été réélu président du Symposium. À cette occasion, il a chaleureusement remercié les évêques pour la confiance renouvelée, ainsi que l’archevêque de Kigali et les autres prélats rwandais pour l’accueil offert.

    Le cardinal Ambongo a tenu à saluer particulièrement le président Kagame :

    « Nous remercions le président Kagame de nous avoir reçus aujourd’hui. Nous avons eu l’occasion de le remercier pour l’accueil qu’il nous a réservé et pour la manière dont le pays nous a reçus. Le plaisir que vous avez pris à notre séjour ici au Rwanda se lit sur les visages de chacun. »

    Le cardinal Fridolin Ambongo, archevêque de Kinshasa, a de nouveau été élu à la présidence du SECAM
  • MUNYAGA DANS LES TENEBRES: Histoire du génocide des Tutsi sur les collines de Nkungu et Munyaga

    Un café littéraire a été organisé le jeudi 31 juillet 2025 au Mémorial de Gisozi à Kigali pour la présentation du livre de Jean-Baptiste Ngabonziza. Son ouvrage est intitulé «MUNYAGA MU ICURABURINDI: Amateka ya Jenoside yakorewe Abatutsi ku misozi ya Nkungu na Munyaga», traduit littéralement par «MUNYAGA DANS LES TENEBRES: Histoire du génocide des Tutsi sur les collines de Nkungu et Munyaga».

    “Le 7 avril 1994, certains habitants de lancien secteur Kaduha, depuis la cellule Kabare, se sont rendus à Nkungu pour demander de la viande de vaches des Tutsi aux miliciens Interahamwe de Nkungu qui venaient de se les approprier. Ceux-ci leur en ont fourni en leur disant que c’était un prêt et quils rembourseraient en retour après lacquisition des vaches des Tutsi de Kabare.”  Peut-on lire dans un passage extrait du livre de Jean-Baptiste Ngabonziza.

    Paru aux éditions Besta, ce livre comprend cinq chapitres:

    1. Les racines de la haine parmi les habitants de Munyaga partageant vies et misères
    2. Le jour où la mort s’installa
    3. Les témoignages relatifs aux tueries perpétrées pendant le génocide
    4. La dernière nuit, où l’auteur recueille les témoignages cellule par cellule sur les massacres
    5. Conclusion

    Ce livre  détaille les faits des atrocités du génocide perpétré contre les Tutsi sur les collines de Nkungu, Rweru et Kaduha, aujourd’hui situées dans le secteur de Munyaga du district de Rwamagana.

    En seulement dix jours, soit du 7 au 17 avril 1994, les massacres des Tutsi de Munyaga faisaient rage. A partir du 7 avril, à Nkungu et Rweru, puis à Kaduha dès le 12, les Tutsi furent traqués, malmenés, contraints de fuir dans la brousse ou vers les secteurs voisins comme celui de Rutonde. Leur résistance ne dura pas: les miliciens Interahamwe, soutenus par les gendarmes et policiers de la commune, armés de fusils et d’armes traditionnelles, les anéantirent et massacrèrent sauvagement, pillant leurs biens, tuant et mangeant leurs vaches, brûlant leurs maisons et s’appropriant leurs patrimoines.

    Les dates les plus cruelles marquant l’exécution du génocide dans cette zone sont principalement le 7 et 8 avril à Nkungu et Rweru, le 16 avril à Rutonde et Rweru, puis les 12 et 17 avril 1994 à Kaduha. Quelques rescapés traumatisés, y compris des femmes torturées et violées, furent enfin libérés par des éléments du FPR-Inkotanyi le 27 avril 1994, qui avaient pris la ville de Rwamagana une semaine plus tôt.

    Selon l’auteur, l’inspiration d’écrire ce livre lui est venue lors de la commémoration du génocide perpétré contre les Tutsi il y a six ans, lorsqu’un survivant a témoigné et, dans sa conclusion, a révélé : “Leurs noms ne seront pas oubliés tant que nous sommes là (…) Ce jour-là, je me suis senti interpellé, et c’est depuis ce moment que j’ai décidé de prendre la plume et d’écrire en commençant par mon village natal (…) J’ai écrit pour la mémoire étant donné que pendant le génocide, les tueurs scandaient un slogan selon lequel « tous les Tutsi devaient être radiés, et que les générations futures demanderaient comment un Tutsi ressemblait.”

    Dans ce livre, il y a des témoignages de rescapés. L’auteur a parlé à plus de 100 témoins dont les plaies sont encore saignantes; d’autres ont pu se relever grâce à l’accompagnement mutuel des uns et des autres et au soutien psychologique et matériel de l’État, ils ont pu se reconstruire.

    Pour l’auteur, autrefois les Hutu et les Tutsi ne représentaient que des classes sociales, et les gens vivaient paisiblement, s’entraidaient mutuellement, partageaient ce qu’ils avaient ; mais le colonisateur, par sa politique de « diviser pour mieux régner », a semé la discorde parmi les Rwandais.

    Dans son livre, Jean-Baptiste Ngabonziza retrace également l’historique des bonnes relations entre voisins avant l’arrivée du colonisateur, mais souligne que la politique de divisionnisme et d’extrémisme semée par le colonisateur belge, et adoptée par les dirigeants de la première et deuxième République au Rwanda, fut la source des conflits ayant conduit au génocide des Tutsi en 1994.

    Quoi qu’il en soit, l’auteur conclut son livre sur une note d’espoir, s’efforçant de trouver une réponse à la question qu’il se posait dès le départ : Comment se fait-il que des voisins ayant cohabité pacifiquement avec nos familles se sont retournés contre elles pour les décimer? Une autre question persiste dans ses pensées et il s’interroge : Pourquoi l’idéologie génocidaire persiste-t-elle encore ?

    Contexte géographique et mémoriel

    Munyaga est l’un des 14 secteurs du district de Rwamagana, dans la Province de l’Est. Il regroupe ce qui était les secteurs Nkungu, Rweru, Kaduha et la cellule Zinga (anciennement dans le secteur Rutonde). Le secteur Munyaga abrite deux sites mémoriels du génocide perpétré contre les Tutsi, ce qui montre combien les tueries dans cette zone ont été perpétrées avec gravité et méchanceté.

    Dans l’histoire du Rwanda, Munyaga est particulièrement connue depuis le règne du roi Kirima II Rujugira (1770 à 1786), car c’est là que reposaient les soldats dits Abakemba, gardiens de la frontière du Rwanda au sud du Buganza jusqu’à l’époque coloniale, et qui ont permis la prise de contrôle et l’annexion du royaume de Gisaka au Rwanda.

    A propos de l’auteur

    Jean-Baptiste Ngabonziza est né à Munyaga le 10 septembre 1952. Il y a grandi, y a fait l’école primaire avant de rejoindre le secondaire, puis s’est rendu à Kigali pour des raisons de travail, où il s’est installé. Il est survivant du génocide, alors qu’il habitait à Kigali, où des éléments du FPR-Inkotanyi ont sauvé sa maison et lui-même.

    Une fois arrivé à Byumba, dans la zone sécurisée, il a reçu la triste nouvelle que plusieurs membres de sa famille avaient été tués, y compris son père, et son frère Musangwa, assassiné avec son épouse et tous leurs enfants. Ngabonziza s’est retrouvé étonné du fait que les membres de sa famille aient été tués, pire encore par des voisins de longue date.