Sur Radio France Internationale, l’ancien ambassadeur de France à Kinshasa, Pierre Jacquemot, a affirmé qu’à l’est de la RDC “on a une cohabitation […] entre les autochtones et les allochtones ; les allochtones étant majoritairement d’origine tutsi. Ce sont des populations qui sont venues à partir des années 1930 sous la colonisation allemande et belge”.
Autre déclaration de l’ancien ambassadeur : “Rien que la prise de la mine de Rubaya par le M23, soutenu par le Rwanda, permet de contrôler 20 % de la production mondiale de tantale connu sous le nom de coltan, indispensable pour l’électronique”. Il ajoute que le tantale traverse la frontière, fait l’objet d’une première transformation au Rwanda et ça part vers l’Asie, l’Europe et l’Amérique du Nord, faussement étiqueté et blanchi par différents mécanismes qui sont censés décontaminer les filières.
Sur son compte X, le ministre rwandais des Affaires étrangères et de la coopération nternationale a réagi à ces propos. “Il est extraordinaire de constater qu’un ancien ambassadeur de France à Kinshasa étale, sur un média international grand public (RFI), un tel niveau d’ignorance sur notre région, si ce n’est une désinformation volontaire.”, s’est-t-il indigné.

Le chef du MINAFFET rwandais a d’abord fait une mise au point, précisant qu’il n’y avait plus de colonisation allemande au Rwanda et au Burundi dans les années 1930, avant d’ajouter que cette colonisation avait pris fin après la défaite de l’Allemagne à la Première Guerre mondiale et qu’à cette époque, au début des années 1920, la Société des Nations (SDN) avait placé le Rwanda et le Burundi sous tutelle belge.
En deuxième lieu, “les Tutsi ne sont pas des “allochtones” au Congo, ou des “populations venues à partir des années 1930”. C’est ce genre de déformation historique qui alimente la xénophobie et les discours de haine à l’est de la RDC”, a-t-il fait savoir.
Selon le ministre, et pour cause, les Tutsi congolais sont des autochtones qui ont toujours vécu sur leurs terres ancestrales, qui appartenaient au Royaume du Rwanda jusqu’à la Conférence de Bruxelles du 14 mai 1910. Lors de cette conférence, les pouvoirs coloniaux belge, allemand et britannique avaient décidé de tracer artificiellement des frontières entre leurs colonies respectives, à savoir le Congo, le Rwanda et l’Ouganda, réduisant ainsi le territoire du Royaume du Rwanda et attribuant une partie de sa population et de son territoire au Congo et à l’Ouganda.
Selon le contenu de ce post, la preuve en est que, outre la langue et la culture rwandaises de ces populations, les noms de la grande majorité des localités, des collines et des rivières à l’est de la RDC sont en langue kinyarwanda. Le fait que le pouvoir colonial belge ait, en outre, pratiqué une immigration forcée de travail entre les années 1920 et les années 1950, transférant de la main-d’œuvre rwandaise sur des sites miniers au Congo, n’empêche pas que les “Banyarwanda” à l’est de la RDC soient des populations autochtones vivant sur leurs terres ancestrales.
Quid de la mine de Rubaya ?
Pour le ministre Nduhungirehe, l’ambassadeur français a produit une série de mensonges facilement vérifiables. Citant une chercheuse de la région des Grands Lacs, Coulibaly Bojana, qui s’est rendue sur place, il précise que Rubaya est une petite mine artisanale, sans équipement industriel, où l’extraction se fait manuellement ; une mine qui n’est d’ailleurs connectée à aucune route vers la grande ville voisine de Goma. Il est donc matériellement impossible que ce genre de mine artisanale produise “20% de la production mondiale de coltan”.
L’extraction minière à Rubaya est l’activité économique presque exclusive de la cité de Rubaya, habitée principalement par des Congolais rwandophones. La mine de Rubaya a été occupée pendant plusieurs années par les Wazalendo et d’autres milices gouvernementales, avec leurs exactions et extorsions quotidiennes. Mais aujourd’hui, comme l’a démontré Bojana Coulibaly, il n’y a aucune présence militaire dans cette mine artisanale, qui constitue la principale source d’activité et de revenus pour la population locale.
Le Rwanda est riche en cassiterite, wolframite et le coltan
Le ministre révèle que le Rwanda, qui repose sur le même socle géologique que la RDC, est riche en “3T” (Tin, Tungsten and Tantalum), soit en français l’étain (cassitérite), le tungstène (wolframite) et le tantale (coltan). Il rappelle que ces mines ont été découvertes par le pouvoir colonial allemand, avant que le pouvoir de tutelle belge n’en fasse l’exploration dans les années 1920 et l’exploitation dans les années 1930, à travers ses sociétés minières comme COREM, GEO RWANDA, MINETAIN et SOMUKI.
“Le Rwanda est d’ailleurs le deuxième producteur mondial de coltan, ayant produit 22,4% du coltan mondial en 2024, derrière la RDC (40,2 %) et devant le Brésil (14,7 %). Le coltan, comme les autres 3T, est extrait de plusieurs sites miniers au Rwanda, que tout le monde peut visiter, et dans lesquels plusieurs compagnies minières opèrent, soumises à des règles strictes et à des programmes internationaux de traçabilité.”, a-t-il ainsi conclu son post sur X.